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Nice, le 28 mars 2013, par Jean-Luc Vannier

Une « Amica » de Pietro Mascagni à redécouvrir à l'Opéra de Monte-Carlo

amica opéra de monte carlo« Amica » de Mascagni, Photographie @ Opéra de Rome. 

Poème dramatique en deux actes du compositeur italien Pietro Mascagni, « Amica », donnée mercredi 27 mars 2013 à l'Opéra de Monte-Carlo où l'œuvre avait été créée le 16 mars 1905, conte une histoire piémontaise : l'amour tragique d'une femme aimée par deux frères. La mort de l'héroïne, vaincue finalement par un inaltérable pacte de fraternité, clôt cette singulière triangulation affective.

Opéra de monte carloAmarilli Nizza (Amica) et Enrique Ferrer (Giorgio). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Celle-ci aurait pu donner lieu de la part du librettiste Paul de Choudens à l'élaboration d'une dramaturgie plus complexe et à l'intensité mieux étoffée des personnages. Mais l'œuvre souffre de deux faiblesses. La première est sa courte durée —– une heure et quart — conduisant presque automatiquement à un forçage parfois orchestral mais surtout vocal des affects tant il faut promptement emporter le spectateur dans la tourmente de l'intrigue. Une remarque à rapprocher de celle que nous avions en son temps déjà formulée pour « La Navarraise », épisode lyrique de Jules Massenet donné en deuxième partie d'une une représentation à l'Opéra de Monte-Carlo en janvier 2012. La seconde tient probablement aux hésitations intérieures du compositeur coincé entre une tradition purement belcantiste d'un Puccini dont l'auteur, de cinq années le cadet, cherche à se démarquer et les influences debussystes d'un « parlando » délicat mais néanmoins profond qu'il ne parviendra jamais à égaler. Malgré sa mort en 1945, Pietro Mascagni ne rattrapera pas cette marche révolutionnaire musicale d'avant guerre initiée en France par Claude Debussy, Maurice Ravel, Igor Stravinsky ou Francis Poulenc.

amica de mascagniAmarilli Nizza (Amica) et Lucio Gallo (Rinaldo). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Coproduite avec l'Opéra de Rome, le Teatro Carlo Goldoni de Livourne et le Teatro Sociale de Rovigo, cette « Amica » monégasque ne manquait pourtant pas d'atouts : en témoignent les décors « véristes » de Rudy Sabounghi, certes plus soignés à l'acte I qu'au suivant, ainsi que la mise en scène exigeante, sinon sportive au second acte pour la soprano, de Jean-Louis Grinda. Et ce, malgré son erreur de rompre la dynamique scénique initiale en positionnant symétriquement les chœurs de l'opéra comme dans un concert. La direction musicale de Gianluigi Gelmetti impulse une énergie dès l'ouverture, moins signifiante que l'intermezzo, authentique poème symphonique magnifiquement exécuté par l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo. Une exécution qui ne requerrait pas une interminable vidéo en fond d'écran sur les sommets alpins !

amica Opéra de Mointe-CarloEnrique Ferrer (Giorgio). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

La distribution vocale s'annonçait également de qualité. Dans le rôle titre, la soprano italienne Amarilli Nizza ne trouve pourtant pas ici son meilleur répertoire. La dimension intimiste du personnage le cède trop souvent aux rafales de notes aigues surpuissantes et marquées par un timbre strident. Nous regretterons sa diction étonnamment défaillante et son jeu scénique peu convaincant : un second reproche récurrent susceptible d'être adressé à cette interprète d'une « Manon Lescaut » en septembre 2009 à l'Opéra de Nice sous la baguette d'Alberto Veronesi et d'une Mimi dans « La Bohème » niçoise dirigée en mars 2012 par le maestro canadien Derrick Inouye.

amica de mascagniLucio Gallo (Rinaldo) et Amarilli Nizza (Amica). Photographie © Opéra de Monte-carlo.

Le ténor espagnol Enrique Ferrer multiplie en revanche les efforts pour articuler et chanter convenablement les paroles en français de Giorgio : voix puissante, sinon chaleureuse mais, encore une conséquence de la brièveté de l'œuvre, un registre monolithe au risque d'enfermer le personnage dans son seul mal-être. Le baryton Lucio Gallo campe un Rinaldo fier mais écrasé par le poids de sa responsabilité envers son jeune frère. La courte apparition de la mezzo-soprano Annie Vavrille n'empêche pas d'incarner la noirceur des intentions de Magdelone tout en donnant la réplique au baryton André Heyboer dans le rôle de Maître Camoine. Une mise en exergue de l'épaisseur des personnages ne nuirait sans doute pas à la redécouverte de cette pièce musicale injustement oubliée.

Nice, le 28 mars 2013
Jean-Luc Vannier
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