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11 mars 2012, par Jean-Luc Vannier

Émouvante Bohème de Puccini à l'Opéra de Nice

On ne tarira pas d'éloges sur la première, dimanche 11 mars à l'Opéra de Nice, de cette version niçoise de La Bohème produite par le Festival Torre Del Lago. Créée au Teatro Regio à Turin le 1er février 1896, cette œuvre dépasse l'apparente description vériste s'inspirant des « scènes de la vie de Bohême » de Murger, pour exprimer d'une émouvante et subtile musicalité le plus poignant des drames sentimentaux : le compositeur admit avoir « sangloté comme un gosse » comme s'il « avait vu mourir son enfant » après avoir écrit la scène finale où Mimi expire.

La Bohème de PucciniDe gauche à droite: Zoltan Nágy (Schaunard), Lorenzo Decaro (Rodolfo), Jean-Luc Ballestra (Marcello) et Thomas Dear (Colline)
(photographie © D. Jaussein).

Rien n'a manqué à cette Bohême proche de la perfection et résultat d'un travail d'équipe réussi : ingénieux, simples, convaincants, les décors de Jean-Michel Folon — une palette géante de peintre en guise de plateau et un immense chevalet pour toile de fond où défilent de magnifiques illustrations — offrent à la mise en scène de Maurizio Scaparro la capacité de concentrer la dramaturgie — pour le tableau i et iv — autant que celle de déployer une dynamique scénique — pour le tableau ii — et ce, sans altérer l'attention portée aux artistes.

Nice, La bohèmeLorenzo Decaro (Rodolfo) et Amarilli Nizza (Mimi). (photographie © D. Jaussein).

Saluons la magistrale direction musicale du chef Derrick Inouye qui insuffle à l'Orchestre philharmonique de Nice une inspiration passionnée dans l'exécution de la partition : toujours précis avec les instrumentistes qui, expliquaient certains d'entre eux à l'issue du spectacle, ont vivement apprécié ses conseils « toujours à bon escient » lors des répétitions, le maestro canadien double ses gestes nerveux ou amples selon les mesures, d'une conduite attentive à l'égard des chanteurs. En témoignent les quatre pizzicati séparés du violon qui ponctuent, avec la précision millimétrée d'une horloge suisse, le moment où Rodolfo éponge le front en sueur de Mimi dans la deuxième scène du premier tableau.

La Bohème, Opéra de NicePaula Almerares (Musetta) et Jean-Luc Ballestra (Marcello). (photographie © D. Jaussein)

La distribution équilibrée et harmonieuse des voix, sélectionnées en outre parmi des artistes relativement jeunes, donne un authentique coup de fouet vocal à cette Bohème azuréenne. Les plaisanteries de ces potaches dans la mansarde au tableau i ou iv renforcent, par contraste, la tragédie finale. Peut-être convient-il d'y déceler une part du message puccinien. Superbes prestations vocales et scéniques du baryton-basse roumain Zoltan Nágy très à l'aise dans le rôle de Schaunard. Dans sa prise de rôle de Marcello, le baryton Jean-Luc Ballestra, apprécié pour un Lescaut de haute tenue dans le Manon niçois de Massenet en mars 2008, impressionne par la stabilité et la puissance accentuée de ses graves. Nul doute que les évolutions perceptibles de sa voix, consacrée « Révélation lyrique de l'année » aux Victoires de la musique classique en 2007, augurent d'une brillante carrière. Dans celui de Colline, la jeune basse Thomas Dear, certes prometteuse, doit encore développer la souplesse de ses harmonies vocales dans son « Vecchia zimarra » de l'ultime tableau. Après les nécessaires minutes d'échauffement de sa voix, un peu couverte au tout début par l'orchestre, le ténor italien Lorenzo Decaro investit avec toute l'amplitude affective sa déclaration amoureuse du tableau I « Che gelida manina ». Son registre vocal lui permet aussi de passer du magnifique duo avec Mimi « O soave fanciulla » à l'éprouvé du malheur dans la dernière scène.

La Bohème, Opéra de NiceAu cabaret du Quartier Latin. (photographie © D. Jaussein).

Pour les caractères féminins, la soprano argentine Paula Almerares emporte la conviction du public malgré des notes aiguës un peu sèches dans son air « Quando me'n vo » chargé, dans le second tableau, de vampiriser Marcello. Dans le rôle-titre de Mimi, Amarilli Nizza domine vocalement l'œuvre. De son interprétation de Manon Lescaut de Puccini en ouverture de la saison lyrique de Nice en septembre 2009, la soprano milanaise a conservé la clarté cristalline de son timbre, son étonnante capacité à tenir sans effort les notes les plus hautes et celle de jongler sur de bouleversantes intonations : un vrai régal de lyrisme aussi bien dans son grand air « Mi chiamano Mimì » que dans son « Donde lieta uscì al tuo grido d'amore » du tableau iii. Elle a aussi, quoiqu'imparfaitement, amélioré l'adéquation de ses expressions faciales avec la nature de la scène jouée. Défaut qui empêche parfois l'auditeur de succomber aux charmes incontestables de sa voix. Elle n'a malheureusement pas abandonné — désolé de l'écrire si abruptement — l'inélégance de sa démarche corporelle : ses enjambées aussi raides que celles d'un grenadier de La Garde et le bruit sec de ses pas sur le plateau finissent par casser l'atmosphère intimiste.

La bihème, chronique de Jean-Luc VannierScène finale (Tableau iv) (photographie © D. Jaussein).

Les chœurs d'enfants très présents dans le second tableau et les chœurs de l'Opéra de Nice ont été tour à tour salués par un public dont les applaudissements nourris ont, par surcroît, consacré les qualités de cette performance lyrique. Voilà une Bohème dont on se souviendra longtemps.

Nice, le 12 mars 2012
Jean-Luc Vannier


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