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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte.

III. Le temps de Bach : France - Italie - Allemagne - Autres nation

La musique instrumentale de Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755)

On a fait de lui « le Telemann français », et il est vrai que, si l'importance d'un musicien devait se mesurer au volume de sa production, avec ses cent deux numéros d'opus, Boismortier se situerait en bonne place dans les classements.

De son vivant déjà, il fut brocardé pour avoir abusé de ses facilités d'écriture, ce à quoi il répondait : « Je gagne de l'argent ». « Ce qui voulait dire : moi, je gagne ma vie avec ma musique sans courir les protections et les postes officiels. »1  Il fallait bien vivre, et d'ailleurs, avant de s'établir à Paris en 1724 et de commencer à vivre de l'édition de ses œuvres, notre musicien, qui était né à Thionville, vécut dans plusieurs villes de province en y exerçant notamment la profession de receveur de la Régie royale des tabacs.

On ne lui en voudra donc pas trop d'avoir été avant tout soucieux de plaire dans ses innombrables compositions ; on lui saura gré au contraire d'avoir œuvré avec cœur et talent au profit de la flûte traversière, qui occupe une place d'honneur dans sa production ; enfin on fera crédit aux propos suivants qu'il aurait tenus au sujet de ses œuvres : « quelqu'un qui voudrait se donner la peine de fouiller cette mine abandonnée pourrait y trouver assez de paillettes pour former un lingot. »

Pièces de clavecin

Cette part du catalogue de Boismortier se limite à ses quatre Suites de pièces de clavecin op.59 publiées en 1736. Quatre suites relativement courtes d'ailleurs, avec de nombreuses pièces utilisant la forme du rondeau, et des titres on ne peut plus évocateurs ou aguicheurs (La Rustique, La Choquante, La Brunette, La Belliqueuse, La Flagorneuse, La Frénétique…).

Elégance et séduction sont les caractéristiques dominantes de ces pièces où, tout en restant simple, le musicien sait aussi se montrer infiniment spirituel.

La Brunette (Suite IV), La Sérénissime (Suite II), Béatrice Martin.

La Gauloise, La Rustique, La Choquante (Suite II), Béatrice Martin.

Autres œuvres instrumentales

On retient avant tout la contribution aussi précieuse que considérable de Boismortier au répertoire de la flûte, mais « il s'intéressa également au violon, au violoncelle, au basson, à la viole, à la vielle et à la musette, deux instruments rustiques très en faveur en France au milieu du siècle et auxquels il a destiné quelques pièces joliment sous-titrées, comme les six Gentillesses en trois parties op.33 [et six autres op. 45, N.D.L.R.] pour musette, vielle et basse (1731), les deux Divertissements de campagne op. 49 pour musette, vielle, flûte, violon ou hautbois et basse (1734), ou les quatre Ballets de village en trio op. 52 pour musettes, vielles, violons, hautbois ou flûtes (1734). »2 

Cinquième Gentillesse, opus 45, Le Concert Spirituel (Hervé Niquet).

 

Ballet de village, opus 52, no 4, Le Concert Spirituel (Hervé Niquet).

Autres petits bijoux à connaître dans les œuvres de chambre non dédiées à la flûte : les Suites pour viole avec la basse chiffrée op. 31 (1730) et les Sonates à deux violes op. 10 (1725), dont certains moments, comme les préludes (ainsi que le rondeau Le Suppliant) des suites pour viole seule, ou encore le Lentement de la sixième sonate à deux violes, n'auraient sans doute pas été désavoués par un Marin Marais.

Rondeau, Modérément, des suites opus 31, par Ernst Stolz.

Allemande, Gravement, de la 3e sonate à 2 violes, opus 10, par Ernst Stolz.

Et puis, bien sûr, avec l'embarras du choix, il y a tout ce que Boismortier a confié à la flûte, dans les formes et les configurations instrumentales les plus diverses, en s'adressant aussi bien aux bons amateurs qu'aux instrumentistes les plus exercés. Dans ce vaste réservoir, nous distinguerons, pour l'originalité de leur distribution mais tout autant pour leur caractère délectable, les Six Concertos pour 5 flûtes traversières sans basse op. 15 ; et tout autant, pour l'ensemble de leurs qualités qui en font un des fleurons incontestés du compositeur, les Six Sonates pour flûte et clavecin obligé op. 91, « des pages d'un classicisme versaillais, si l'on peut dire, en trois ou quatre mouvements, à l'orée de l'ère galante, d'une gracieuse vélocité estompée d'adagios plus langoureux, et non dénuée d'influences italiennes. »3

Concerto pour 5 flûtes, opus 15, no 6, Les solistes du Concert Spirituel.

 

Sonate pour flûte et clavecin, en sol mineur, opus 91, no 2, Stephen Schultz et Byron Schenkman.

 

Suite pour flûte seule, opus 35, no 5, Barthold Kuijken.

 

Sonate a quatre pour 3 flûtes et basse continue en la mineur, Les Musiciens de Saint-Julien (François Lazarévitch).

En fait, il faudrait aller beaucoup plus loin dans l'inventaire des « pépites » (ou « paillettes »…) que comporte l'œuvre de Boismortier. Une œuvre qui est par excellence une invitation à la flânerie, comme le suggère le commentaire ci-après qui, s'il visait le programme d'un enregistrement consacré à des sonates pour basses du musicien, pourrait sûrement être étendu à la plus grande part de son catalogue : « une plume prolixe, vive, inventive, jamais guettée par la lassitude, soucieuse de plaire certes, mais attentive au travail bien fait, qui s'égare parfois à croquer un mouvement d'une réelle profondeur expressive propre à toucher les vrais musiciens tout en distrayant les dilettantes. »4

Sonate pour basses, opus 34, no 3, par Le concert spirituel.

 

Sonate en trio en mi mineur, opus 37, n° 2, pour hautbois, basson et basse continue, par l'ensemble Amarillis.

 

Concerto pour basson, I. Allegro, Laurent Le Chenadec et Le Concert Spirituel, sous la direction d'Hervé Niquet.

 

Deuxième sérénade ou simphonie Françoise, par Le concert spirituel, sous la direction d'Hervé Niquet.

Biographie de Boismortiers dans musicologie.org

Notes

1. Olivier Bellamy, Le Monde de la musique (212), juillet-août 1997

2. Adelaïde de Place, dans Fr. R. TRANCHEFORT (dir.), Le guide de la musique de chambre, Fayard, 1998, p.140

3. Jean-Luc Macia, Diapason (425), avril 1996

4. Serge Gregory, Classica Répertoire, avril 2005

Michel Rusquet
2012



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Dimanche 17 Janvier, 2021