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Franbçois Buhler, 22 septembre, 2026.

Zinaïda Volkonskaïa : figure incontournable de la culture russe au début du xixe siècle

Zinaïda Volkonskaïa, par Oreste Kiprenski, vers 1830, 40.5 cm x 32 cm. Musée de l’Ermitage.Zinaïda Volkonskaïa, par Oreste Kiprenski, vers 1830, 40.5 cm x 32 cm. Musée de l’Ermitage.

La princesse Zinaïda Alexandrovna Volkonskaïa (Dresde, 3/14 décembre 17891 - Rome, 24 janvier/5 février 1862) est une salonnière, dame d’honneur, contralto, compositrice, poétesse, femme de lettres et mécène russe née dans la très ancienne famille Belosselski Belozerski, laquelle tire son nom de son fief moyenâgeux de Beloïé Selo près de la ville de Belozersk (actuellement située dans l’oblast de Vologda). La famille gouverne son fief de manière indépendante jusqu’au XVe siècle, mais l’endroit porte jusqu’en 1777 le nom de Beloozero (Lac blanc) puisqu’il est situé sur la rive méridionale du lac Beloïé, une étymologie qui explique du même coup le nom de Beloïé Selo (Village blanc). Même si le premier prince connu de cette lignée à gouverner Belozersk est Gleb Vassilkovitch (1238-1278) qui épouse une arrière-arrière-petite-fille de Gengis Khan, ce n’est cependant que le 27 février/10 mars 1799 qu’Alexandre Mikhaïlovitch Belosselski, le père de Zinaïda, est autorisé par oukase impérial de Paul 1er à porter le double nom Belosselski Belozerski en reconnaissance de son origine des anciens princes de Beloozero ; il est inscrit à cette occasion avec le titre de prince au 33e rang de préséance princière dans le « Livre de velours » (Barkhatnaïa kniga), c’est-à-dire dans l’Armorial général de la noblesse de l’Empire russe. Ce retard, qui semble presque invraisemblable pour une des familles princières les plus illustres de Russie et de souche aussi ancienne, s’explique par les graves mécomptes qu’elle subit au cours du temps, un exil de plusieurs siècles et le fait que la famille ne rentre au pays qu’en 1787.

La photographie ci-dessous fait voir une des façades du Palais Belosselski-Belozerski dont la construction est commencée en 1747 par le Prince Mikhaïl Andreevitch Belosselski (1702–1755) pendant le règne d’Elizabeth ; le palais, beaucoup plus petit que de nos jours, est érigé à l’intersection de la rivière Fontanka et de la Perspective Nevski, dont c’est aujourd’hui le no 41, et modifié par la suite dans le style français néo-baroque. C’est Alexandre Mikhaïlovitch qui, en achetant un terrain en 1800, six ans après avoir acquis l’île de Krestovski (1784) et y avoir fait bâtir une résidence, permet l’extension du bâtiment qui sert aujourd’hui de salle de concert.

Palais Belosselski-Belozerski .Palais Belosselski-Belozerski .

Le rôle culturel du père

Alexandre Mikhaïlovitch Belosselski (Saint-Pétersbourg, 1752 - Saint-Pétersbourg, 26 décembre 1809), le père de Zinaïda, est un homme très cultivé : diplomate, philosophe, homme de lettres, mécène qui laisse le souvenir d’un grand philanthrope, collectionneur d’art, membre de l’Académie russe de littérature, de l’Académie impériale des sciences, de l’Académie impériale des beaux-arts et de diverses académies étrangères (Bologne, Nancy et Cassel). Il est en correspondance avec tout ce qui compte dans l’élite culturelle littéraire de son temps, Voltaire, Rousseau, Beaumarchais, Marmontel, Casanova, Kant et Goethe entre autres. Certains de ses correspondants séjournent d’ailleurs quelque temps dans sa propriété. En même temps il occupe diverses fonctions politiques et effectue d’importantes missions diplomatiques à l’étranger. Ayant débuté par un long séjour à Berlin, il est, par exemple ministre plénipotentiaire (ambassadeur) à Dresde avec le grade de chambellan en 1779, remplaçant ainsi Andreï Mikhaïlovitch, son frère récemment décédé. Dès 1789 il est nommé à un poste similaire à Turin, qui fait alors partie du royaume de Sardaigne, mais retourne en Russie à l’automne 1790 avant de s’y rendre en septembre 1791. Il n’y arrive qu’en avril après une longue escale à Vienne. Il reste à Turin jusqu’en 1793. Il écrit en français, la langue de la Cour impériale, mais maîtrise également l’anglais (il vit à Londres dès 1768 chez son oncle, qui était ambassadeur de Russie alors qu’il n’était encore qu’un adolescent), l’allemand (il a aussi vécu à Berlin et à Vienne) et l’italien grâce à son éducation en Europe, à ses voyages et aux diverses fonctions qu’il occupe à l’étranger. Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici est qu’il se pique aussi de musique, même si ce sont souvent plutôt les jugements critiques exprimés de façon très catégorique qu’il émet qui paraissent aujourd’hui le plus critiquables. Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé De la musique en Italie et de trois3 Dialogues sur la musique (le premier est perdu, les suivants datent très vraisemblablement de 1790, ou 1791 au plus tard) où il manifeste une grande admiration pour André Grétry, dénigre les livrets d’opéras italiens (« la plupart des drames italiens pour être mis en musique sont d’une bêtise à me suffoquer ») et vante exagérément des compositeurs allemands mineurs comme Franz Seydelman tout en exprimant de fortes réticences envers Christoph Willibald Gluck et Wolfgang Amadeus Mozart. Il est aussi l’auteur du texte d’une cantate, Circé, et, en 1796, d’une opérette, Olinka ou le premier amour, dont le texte, jugé indécent par Paul 1er, est revu avec l’aide de Karamzine. Enfin, selon le général d’infanterie Evgraf Fedotovitch Komarovski dans ses mémoires sur la vie russe de la période 1786-1833, « il aimait jouer des comédies et, pourrait-on dire, était passé maître dans ce domaine ; il joua particulièrement à la perfection le rôle du comédien dans la comédie de [Jean-François] Regnard ». Il est donc assez fâcheux que sa contribution à la diffusion de la culture musicale occidentale en Russie ait été occultée au profit de ses démêlés avec Giovanni Paisiello quelques années avant la naissance de Zinaïda. Bien que ceci ressorte de la petite histoire plus que de l’histoire proprement dite, l’affaire mérite cependant d’être contée car elle contribue à abréger le séjour du célèbre compositeur italien à la Cour de Saint-Pétersbourg, à l’époque de Catherine II, où, ayant succédé à Tommaso Traetta, il cumule avec grand succès les fonctions de maître de chapelle, compositeur de la Cour et directeur du Théâtre italien. Appréciant grandement à la fois l’homme et le compositeur, l’impératrice le garde à son service durant huit ans entre 1776 et 1884. La faveur constante dont jouit cet étranger suscite des jalousies parmi les courtisans. Un jour, pour des raisons restées inexpliquées, le maréchal Alexandre Mikhaïlovitch Belosselski (1752-1809) frappe Paisiello au visage ; celui-ci réplique et malmène l’aristocrate qui se plaint à Catherine II en rappelant que l’attaque d’un officier est passible de mort. L’impératrice prend le parti du musicien et lui adresse la réponse cinglante suivante, citée par April Fitzlyon dans son livre sur Lorenzo da Ponte et Mozart :

 Vous avez oublié votre dignité en frappant un civil et un grand artiste ; et quant à votre rang, il est en mon pouvoir de faire cinquante maréchaux, mais pas un seul Paisiello.

Petite histoire, assurément, mais avec un effet notable sur l’Histoire car c’est l’une des affaires qui entrainent la décision de Paisiello, fatigué de la jalousie de ses collègues et des intrigues de cour, de rechercher un poste en Italie et, une fois trouvé, de solliciter un congé d’un an à sa généreuse admiratrice, qui le lui accorde avec confiance, et d’en profiter pour filer à l’anglaise le 5 février 1784, deux à trois ans plus tard, sous un prétexte fallacieux.

Au-delà de l’affront subi par le père de Zinaïda et sans réduire en aucune façon l’importance du rôle de celle-ci dans le développement de la culture russe, en particulier dans celui qui lui est propre, la stimulation des femmes à participer à des activités artistiques, on peut donc affirmer qu’elle n’a fait que poursuivre celles de son père dans le développement des arts au tournant de siècle. Nous exprimons donc notre désaccord avec les écrivains et les musiciens qui, pour magnifier consciemment ou inconsciemment l’objet de leur étude, la présentent comme une figure tombée de nulle part.

Alexandre Mikhaïlovitch Belosselski, par Anton Graff4, La société moscovite lui avait décerné un surnom : l’«Apollon russe ». 

La famille et les débuts

La mère de Zinaïda, la première épouse d’Alexandre Mikhaïlovitch, née princesse Varvara Iakovlevna Tatichtcheva (27 mars 1764 — Turin, 25 novembre 1792) (elle est donc comme la famille de son mari, d’ascendance riourikide4), décède très jeune après avoir pourtant eu quatre enfants de lui dont deux meurent très jeunes, Hippolyte (1788-1789) et Natalia (Lapteva de son nom de femme mariée, Moscou, 28 mars 1791 - 29 décembre 1813), et deux survivent, Zinaïda et Maria, son aînée (25 mai 1787-1857). Zinaïda a toutefois deux demi-sœurs, Ekaterina et Elizaveta, et un demi-frère, le général de division Esper (Saint-Pétersbourg, 27 décembre 1802 - Saint-Pétersbourg, 15 juin 1846), tous trois enfants du mariage du prince en 1795 avec une femme immensément riche et d’une vingtaine d’années plus jeune que lui, la comtesse Anna Grigorievna née Kozitskaïa (1773-1846) qui permet ainsi à son mari de vivre encore davantage dans le luxe, d’acquérir une remarquable collection de tableaux et de développer encore sa philanthropie.

Zinaïda étant la favorite de ses enfants, il lui fait donner une éducation éclairée et cosmopolite, incluant histoire, littérature, musique, latin, grec, anglais, italien, français, bref, ce que Tosi, citant Pouchkareva, appelle, de façon soigneusement nuancée, « une éducation généralement (mais pas exclusivement) réservée à de jeunes hommes ». Il faut bien entendu entendre par là un accès privilégié à tout ce dont ne pouvaient que rarement profiter en ce temps les femmes dont l’instruction était dans les faits encore assurée dans le souvenir des principes éducatifs du fameux Domostroï, le ménagier russe de l’époque d’Ivan le Terrible au XVIe siècle. S’il n’est pas rare en effet, que les femmes reçoivent une éducation musicale dans les riches familles de la noblesse (c’est même la règle pour tous ceux qui peuvent se le permettre), celle-ci est presque toujours limitée à la pratique d’un instrument, en général à clavier, et non à l’enseignement de la théorie et de la composition. Zinaïda remerciera plus tard son père de l’éducation privilégiée qu’il prend en charge et surveille personnellement par une inscription, « mon ami et professeur », dans l’« Allée des Mémoires » de sa villa romaine (ces inscriptions, qui sont désormais en ruines, comprenaient aussi Lord Byron, Goethe et Joukovski).

Volkonskaïa commence sa vie dans la haute aristocratie comme dame d’honneur (dame de compagnie) de la reine Louise de Prusse en 1808. Elle l’accompagne à la Cour de Saint-Pétersbourg, ce qui la met en contact avec l’empereur Alexandre Ier qui monte sur le trône le 24 mars 1801 à la suite de l’assassinat de son père Paul 1er. Tous deux commencent une correspondance qui dure jusqu’à la mort de l’empereur le 19 novembre/1er décembre 1825. Selon une hypothèse relayée par plusieurs sources il est possible qu’elle ait une aventure avec lui (elle donne à son fils le même prénom, mais qui est aussi celui de son père), et que c’est donc pour faire taire les cancans qu’elle épouse5 le 3 février 1811 un de ses aides de camp, le prince Nikita Grigorievitch Volkonski (Moscou 9 juillet 1781 - Assisi, 6 décembre 1844) qui sera, au cours des guerres napoléoniennes, l’un des commandants de l’Armée impériale. Bien que le sujet de notre attention dans cet article ne soit pas Volkonski, mais Volkonskaïa, il est intéressant de noter en passant, puisqu’il n’est pas étranger aux activités salonnières de sa femme et que tous deux partagent un grand intérêt non seulement pour la musique,6 mais aussi pour la littérature, une filiation qui nous conduit à l’un des plus grands écrivains russes, Lev Nikolaevitch Tolstoï : en effet Iasnaïa Poliana (litt. « la Lumineuse clairière ») où Tolstoï naît et dont il hérite à la mort de sa mère, Maria Nikolaïevna Volkonskaïa, c’est-à-dire la propriété où il vit toute sa vie et où il est enterré, n’est à l’origine que l’aile d’un des châteaux construit en 1763 par son grand-père maternel, Nikolaï Sergueevitch Volkonski (1753-1821) qui apparaît dans Guerre et paix sous les traits de Nikolaï Bolkonski.

Zinaïda Volkonskaïa en 1814.Zinaïda Volkonskaïa en 1814.

Zinaïda Volkonskaïa vit une bonne partie de sa vie à l’étranger, notamment entre 1812 et 1817, l’année où elle s’installe en Russie. Elle repart trois ans après pour un court voyage en Italie, avant de s’établir à Moscou en 1824 dans la luxueuse maison rue Tverskaïa no 14 de sa belle-mère, la princesse Anna Grigorievna Belosselskaïa, née Kozitskaïa, pour étudier l’histoire ancienne, l’archéologie et l’ethnographie de la Russie ; elle devient membre de la Société moscovite d’histoire et d’antiquités russes en 1825. À la mort d’Alexandre Ier un mois avant la fin de cette année-là, Nikolaï Ier lui succède, mais son accession au trône est immédiatement troublée par l’insurrection des décembristes, une vaste conjuration militaire organisée le 26 décembre à Saint-Pétersbourg par Sergueï Volkonski, le beau-frère de Zinaïda, pour l’obtention d’une constitution. Elle s’attire la froideur du nouvel empereur qui la place sous surveillance secrète pour son amitié avec ceux-ci, notamment parce que le principal traître est son beau-frère et qu’elle organise une soirée d’adieu pour les femmes des révoltés condamnés à l’exil en Sibérie qui ont décidé de suivre leurs maris. Ceci la place, elle et les personnes qui fréquentent son salon, dans une position très inconfortable vis-vis du nouveau gouvernement de Nikolaï Ier. En août 1826, le directeur de la chancellerie von Fock rapporte ceci au chef des gendarmes :

Parmi les dames, les deux plus irréconciliables et toujours prêtes à déchirer le gouvernement sont la princesse Volkonskaïa et la générale [épouse du général] Konovnitsyna. Leurs cercles privés rassemblent tous les mécontents ; et il n’est pas d’insultes plus cruelles que celles qu’elles prononcent contre le gouvernement et ses serviteurs.

Il faut cependant aussi tenir compte de diverses autres considérations dans sa future décision de quitter la Russie, les ragots suscités par son voyage à Odessa tout d’abord (certains disent que c’est pour aller à la mer, d’autres pour rejoindre un comédien italien dont elle s’est éprise), la déception de constater que ses travaux qu’elle croit scientifiques sont mal accueillis et le fait qu’elle s’est déjà montrée lasse de la Cour en quittant Saint-Pétersbourg pour Moscou. Enfin, il est peut-être aussi envisageable, mais ce n’est là qu’une hypothèse, que la décision de Nikolaï Ier prise peu après son accession au trône de ne plus tolérer le français à la cour et qu’en conséquence la gallomanie commence à céder peu à peu ses positions en faveur des valeurs nationales, traditionnelles et patriotiques ait joué un rôle dans sa décision. Une source prétend en effet qu’elle maîtrisait mieux le français que le russe. Quoi qu’il en soit, sentant le vent tourner clairement en sa défaveur, attirée aussi par l’Italie dont elle n’aurait certainement pas partagé l’opinion restée fameuse de Felix Mendelssohn, qui prétendra quelques années plus tard, en 1832, que « tout l’art de l’Italie s’est réfugié dans son ciel bleu », elle part pour Rome en février 1829. Les préoccupations religieuses dont elle fait part dans son premier album7, sorte de journal intime qu’elle tient de 1806 et 1810 et où elle note ses réflexions et des citations d’œuvres littéraires françaises mènent alors à une apostasie qui fait grand bruit en Russie au début des années 1830 : en abandonnant, comme son mari, l’orthodoxie pour le catholicisme, elle s’y fait des ennemis. Ce projet s’ajoute aux principales raisons qu’elle a de fuir le pays car, comme en témoigne son album, elle doute déjà de l’orthodoxie à cette époque et pense à une conversion. Deux autres faits d’importance ont certainement pesé lourd dans la balance : d’une part, selon un autre décret de Nikolaï Ier, tous les biens des néophytes catholiques sont susceptibles d’être confisqués. Le fait étant enregistré officiellement, une enquête rapide nous a permis de découvrir qu’elle se hâte d’enregistrer ses vastes possessions au nom de son fils afin de préserver sa seule source de revenus. La religion (comme on le verra dans la suite de cet article elle tombera à la fin de sa vie dans la bigoterie) et le risque de perdre son immense fortune doivent donc être considérés comme des facteurs essentiels de sa décision de s’expatrier même s’ils n’apparaissent guère dans la plupart des articles qui lui sont consacrés. D’autre part elle a à cette époque une liaison extra-conjugale avec le comte Miniato Ricci8 qui a de larges répercussions, ce qui induit celui-ci à quitter la Russie un an avant Zinaïda, en 1828, pour l’Italie, abandonnant sa femme enceinte. C’est donc essentiellement dans une fraction des années 1820 seulement qu’elle tient son salon moscovite, lequel est pourtant vite très réputé.

Мицкевич в салоне Зинаиды Волконской импровизирует Пушкину / Mickiewicz improvise devant Pouchkine dans le salon de Zinaïda VolkonskaïaМицкевич в салоне Зинаиды Волконской импровизирует Пушкину / Mickiewicz improvise devant Pouchkine dans le salon de Zinaïda Volkonskaïa, peint par Grigori Miassoïedov9, (reconstitution historique) tableau définitif de 1907, conservé au Musée Pouchkine de Saint-Pétersbourg. Zinaïda Volkonskaïa en blanc est assise à la table avec Pouchkine.

Grande esquisse du tableau précédent (1906-1917), conservée au Musée des beaux-arts d'Oriol/Orel. Il existe une première esquisse à la plume (1897), deux esquisses sur papier ( 1905–1906) .Grande esquisse du tableau précédent (1906-1917), conservée au Musée des beaux-arts d'Oriol/Orel. Il existe une première esquisse à la plume (1897), deux esquisses sur papier ( 1905–1906) .

Il faut toutefois s’imaginer son salon russe quelque différemment des tableaux de Miassoïedov ci-dessus. Il arrivait que le nombre de personnes invitées atteigne la soixantaine, mais chacun avait sa place réservée et les sièges étaient attribués en conséquence même si, bien entendu, elles ne restaient pas immobiles toute la soirée. Volkonskaïa avait tout prévu dans les moindres détails, ceci autant pour la conversation que pour les divertissements et les rafraichissements. Selon Julia Mannherz, chaque meuble était choisi de façon à favoriser la communication entre les personnes et les groupes et à créer de l’intimité — des niches, des canapés Récamier, des causeuses, des canapés d’angle, des canapés à deux places ou à trois places, les premiers « secrets », les seconds « discrets », et puis des canapés ronds, des  chaises à dossier unique pour deux sièges, etc. — et leur emplacement était stratégiquement pensé : des fauteuils très confortables au milieu pour ceux qui étaient le centre de l’attention générale, des sièges plus légers pour les autres. Même la composition des groupes de conversation était soigneusement étudiée.

Volkonskaïa y réunit les principales personnalités intellectuelles de l’époque, notamment de grands poètes comme Adam Mickiewicz, peut-être le plus important poète de l’histoire de la littérature polonaise, en exil en Russie et qui rencontre là la poétesse et traductrice Karolina Pavlova ; le prince Evgueni Baratynski, porté aux nues par Pouchkine, connu pour ses idées décembristes et, comme lui, Mickiewicz et Volkonskaïa, un mal-aimé du gouvernement, resté aussi célèbre pour avoir réalisé le dicton popularisé par Goethe « voir Naples et mourir »10 ; le jeune Dmitri Vladimirovitch Venevitinov, passionnément épris d’elle ; Nikolaï Devitte, également harpiste, pianiste et compositeur ; Stepan Netchaev, aussi historien, archéologue et grand mécène, lui aussi proche des décembristes ; l’écrivain et historien Mikhaïl Pogodine et l’écrivain Xavier de Maistre, le frère cadet de Joseph qui vécut comme lui à Saint-Pétersbourg ; le philosophe et critique littéraire Ivan Kireevski, d’abord occidentaliste convaincu, mais qui suit ensuite le mouvement essentiel de cette époque de développement progressif de la culture russe en s’approchant du groupe des slavophiles, ainsi que quantité d’autres. Parmi les compositeurs qui en sont des habitués figurent aussi de grands noms, Mikhaïl Ivanovitch Glinka, (peut-être Alexeï Nikolaevitch Verstovski) et Iossif Iossifovitch Genichta qui met ses vers en musique, mais aussi une grande personnalité de l’époque, le comte Mikhaïl Iourievitch Vielgorski, un compositeur et excellent violoncelliste amateur, grand mécène, ainsi que son frère Matveï. Centre de la vie intellectuelle de Saint-Pétersbourg, Mikhaïl Vielgorski reçoit lui aussi des artistes étrangers et de Russie ; c’est chez lui que sont accueillis Hector Berlioz, Franz Liszt et Giam-Battista Rubini. Dans le salon de Tverskaïa apparaissent aussi des interprètes connus, comme la chanteuse Elizaveta Okoulova-Diakova, surnommée « Le rossignol ». Le prince Piotr Andreevitch Viazemski, poète, traducteur et critique littéraire ami de Pouchkine qui fréquente aussi son salon, déclare dans une lettre à Tourguenev que celui-ci est « le château magique d’une fée musicale, où les pensées, les sentiments, les conversations et les mouvements sont en eux-mêmes des chants », ce que confirme Pouchkine dont on sait par une lettre de 1829 de Jikharev à Tourguenev qu’il est lui aussi très sensible à son charme. Elle l’impressionne déjà à sa première apparition dans son salon lorsqu’elle chante pour lui son élégie « Погасло дневное светило » (« Le jour s’est éteint »), mise en musique par Genichta ; selon le témoignage tardif de Viazemski, « il fut vivement touché par cette séduction, cette coquetterie subtile et artistique […] et son visage s’embrasa ». Il séjourne ensuite longtemps chez elle, se mêlant à « la coterie littéraire qui s’y réunissait tous les dimanches » et lui consacre un poème dans lequel il l’appelle « l’impératrice des Muses et de la Beauté ».

l’impératrice des Muses et de la Beauté 

Cependant, ce que les hôtes de Volkonskaïa sont le plus nombreux, et presque unanimes à louer, est sa belle voix de contralto dont elle ne manque pas de les régaler lorsqu’elle donne des concerts chez elle. Elle s’est du reste aussi produite avec succès hors de Russie et d’Italie, en particulier à Paris et à Londres, a ensuite brillé au Congrès de Vienne (1814-1815) et à celui de Vérone (20 octobre-14 décembre 1822), mais il faut rappeler ici que, comme c’est le cas de son père, la musique n’est qu’une partie de son activité artistique : elle est également femme de lettres et écrit des nouvelles et des poèmes en français, en russe et en italien. Elle est surnommée la « Corinne du Nord », peut-être en référence à la poétesse grecque antique originaire de Tanagra, mais surtout à cause du roman de 1807 Corinne ou l’Italie de Germaine de Staël qui partage l’amour de la princesse pour ce pays et y effectue un long voyage à partir de décembre 1804. Ce roman, lu partout, détermine la création de quelques œuvres d’art. Il existe par exemple un Portrait de Madame de Staël en Corinne par Elisabeth Vigée Le Brun datant de 1808 ou 1809 conservé au Musée d’art et d’histoire de Genève, un autre de François Gérard, Corinne au Cap Misène, peint entre 1819 et 1821 et un opéra bouffe, créé le 10 juin 1825 au Théâtre-italien de Paris, dont l’intrigue est tirée du roman, Il viaggio a Reims de Rossini, le compositeur préféré de Volkonskaïa. Mme de Staël entre en contact épistolaire avec Volkonskaïa dès 1812. Or la princesse s’intéresse aussi beaucoup aux beaux-arts, même si dans ce domaine elle se fait surtout remarquer, comme son père avant elle, par son mécénat. Dans les années 1830, elle retourne en Italie, d’abord sans son mari, mais en compagnie de son fils Alexandre Nikititch (1811-1878) et de celui qu’elle choisit pour être son tuteur, le slavophile Stepan Petrovitch Chevyriov (Saratov, 30 octobre 1806 - Paris, 20 mai 1864), un hôte habituel de son salon qui est poète, critique et historien littéraire, professeur de littérature russe à l’université de Moscou, membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et conseiller d’État. Elle réside à de nombreuses adresses à Rome, parfois à la fois dans l’une et l’autre : de l’automne 1829 à l’automne 1832, au 20, Via Monte Brianzo, de l’automne 1832 à l’été 1834 à l’hôtel Minerva sur la Piazza Minerva ; de l’automne 1834 au printemps 1845 au 88 de la Piazza Poli, puis à partir de l’automne 1845 pendant de nombreuses années au 5 de la Via degli Avignonesi où elle fonde le premier refuge de type familial de l’histoire ; ainsi que, à diverses époques, sur la Via dei Lucchesi, la Via Aracoeli et la Via Maroniti. Elle tient salon tout d’abord, surtout au palazzo Poli dont elle occupe tout le deuxième étage puis, dès 1831, dans la villa Wolkonski (voir infra). Ses célèbres salons romains sont fréquentés entre autres par les peintres Karl Brioullov, qui y rencontre son modèle Ioulia Samoïlova, Emile Vernet ; Alexandre Ivanov ; Fiodor Bruni et Vincenzo Camuccini ; le sculpteur Bertel Thorvaldsen et les écrivains Stendhal ; Sir Walter Scott et Gogol, qu’elle héberge dans sa villa.

Elle passe le reste de sa vie à Rome, ne retournant en Russie que brièvement en 1836, 1838 et 1840 et se consacrant au mécénat et à la charité, se refermant sur elle-même et devenant même presque mystique sur le tard (à Rome, les pauvres l’appelaient « La Pieuse »). Décédée d’une pneumonie, elle est enterrée à Rome en l’église Saint Vincent et Anastase de Trevi sise en face de la célèbre fontaine, comme son mari et sa sœur Marie. Cependant, au milieu du xxe siècle, ses restes sont transférés au cimetière de Campo Verano et, « pour des raisons sanitaires », enterrés dans l’une des fosses communes.

Œuvres et activité musicale

Avant d’en venir à la musique, il faut dire quelques mots de son activité littéraire. Son roman Tableau slave du cinquième siècle, imprimé à Paris en 1824 (sans nom d’auteur) puis à Moscou et à Varsovie les années suivantes, nous paraît aujourd’hui assez pauvre. C’est une romance amoureuse de niveau assez faible très typique de la littérature sentimentale appréciée des femmes de son époque. Nous laissons le lecteur intéressé en juger par lui-même, le texte entier étant facile à trouver sur Internet en fac-similé.

Ses Quatre nouvelles, qu’elle appelle des bluettes, nous paraissent meilleures, en tout cas « passables », comme les juge Stendhal qui faisait cependant plutôt allusion au niveau de langue de Zinaïda dans une langue apprise. Il en existe une de chaque continent, dans l’ordre Europe, Amérique du Sud, Afrique de l’Ouest et Asie (« Laure, nouvelle européenne » ; « Deux tribus du Brésil ou Nabuya et Zioié » : « Les maris mandingues » ; « L’enfant de Kachmyr », nouvelle asiatique), le tout dédié à sa belle-sœur Sofia Volkonskaïa.

Ces deux œuvres se ressentent de son intérêt pour l’histoire ancienne et l’ethnographie que nous avons mentionné à propos de son accession à la Société moscovite d’histoire et d’antiquités russes à la même époque, en 1825, des efforts qui n’ont pas obtenu le succès attendu et qui, compte tenu de leur caractère plus romanesque que scientifique, ne le méritaient pas dans ce cadre.

Dans ses salons rue Tverskaïa à Moscou qui n’ont qu’une existence très brève, de la fin de 1824 au début de 1829, qui ont lieu le soir, mais durent parfois jusqu’au matin, Volkonskaïa monte des opéras de compositeurs italiens qui ont travaillé à la Cour à Saint-Pétersbourg et elle s’y produit en personne. Elle choisit à cet effet un des plus beaux opéras de Paisiello, La Molinara, composé en 1778, quatre ans après sa fuite de Russie, dont Beethoven tirera ses six magnifiques variations en 1795, cinq ans après sa création à Vienne. Elle monte aussi Gli Orazi e gli Curiazi de Domenica Cimarosa11, un opéra seria créé à La Fenice de Venise le 26 décembre 1796 puis, vraisemblablement en Italie, deux opéras de Rossini tous les deux créés à Venise en 1813, le premier, Tancredi, à La Fenice le 6 février et le second, L’Italiana in Algeri, au Teatro San Benedetto le 22 mai. Ces choix témoignent de son grand sens artistique. Cette avance sur les premiers opéras russes, Le Tombeau d’Askold de Verstovski en 1835 et Ivan Soussanine (qui portera plus tard le titre de La vie pour le tsar) de Glinka de 1836 permet aussi au profane de placer assez exactement dans le temps la période de russification progressive de la culture dans cette période de transition qu’est le début du xixe siècle sous l’influence du mouvement slavophile qui vient s’opposer à la domination exclusive d’artistes étrangers invités à la Cour à la fin du xviiie siècle. Elle permet surtout de comprendre que Volkonskaïa n’était pas en reste dans ce domaine puisque sa réalisation la plus méritoire dans le domaine scénique est son propre opéra, Giovanna d’Arco, écrit en italien d’après un poème de Friedrich von Schiller, qui date de 1821 déjà et où elle intègre des motifs folkloriques russes. Parmi ses autres compositions les plus connues figurent également quelques poèmes et une cantate en l’honneur d’Alexandre Ier, des nocturnes vocaux et des romances qui mettent sa voix en valeur. L’une de ses premières romances, sur un texte de Vassili Joukovski, connu surtout pour son adaptation des ballades romantiques allemandes et anglaises12, est « Дубрава чумит » (« Le bruit de la chênaie »). Trois autres ont survécu, peut-être toutes composées sur un texte de Mme Favart même si son nom n’est mentionné que sur l’une d’entre elles. Ce n’est toutefois qu’une hypothèse fondée sur un argument assez léger, le fait qu’elles ont été réunies dans le même recueil.

Une romance de Zinaïda Volkonskaïa, par la soprano Natalia Pavlova

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La villa Wolkonski à Rome et les salons romains

La princesse achète en 1830 à des membres de la famille Massimo un terrain situé dans l’Esquilino, un espace de cinq hectares au sud-est de la ville sur la plus haute des sept collines de Rome et composé de parcs, de jardins, de maisonnettes de campagne et de vignes. Alors que ce quartier est de nos jours un des plus populaires et les moins riches du centre de Rome, où vit une population immigrée importante et néanmoins un des plus visités par les touristes grâce au nombre et à la beauté de ses monuments, il comprenait à cette époque de très grandes propriétés appartenant à la noblesse romaine qui y possédaient des villas où aller passer les chaudes heures de l’été hors de la touffeur du centre-ville. Il importe de préciser qu’il héberge aussi à cette époque une importante colonie de Russes émigrés. Volkonskaïa charge l’architecte Giovanni Azzuri d’y construire une petite maison pour faire de même et se retirer, en été, de ses appartements romains situés dans le palais Poli à la façade sud duquel est adossée la fontaine de Trevi. Azzuri lui construit  una piccola cassetta (sic), davanti alla quale allestì un bellissimo giardino decorato da un milione di rose. Elle en fait un bijou entouré d’un grand jardin romantique agrémenté des trente-six arches de l’aqueduc et décoré d’antiquités romaines (statues, grandes amphores, urnes et divers objets provenant pour la plupart des tombes qui bordent l’aqueduc), avec des perspectives et des surprises alors à la mode, des haies et de nombreuses espèces d’arbres. Elle y invite les plus fameuses personnalités du monde musical, littéraire et artistique d’Europe des années 1830 et 1840, dont certaines ont déjà été citées : Alexandre Ivanov, Vincenzo Camuccini, Bertel Thorvaldsen, Gaetano Donizetti, Stendhal, James Fenimore Cooper, Walter Scott… C’est dans cette villa que Gogol écrit une grande partie des  Âmes mortes et aussi dans son jardin qu’est érigée en 1837 la première stèle à la mémoire de Pouchkine, mort en duel le 29 janvier 1837. Le visiteur d’aujourd’hui n’y reconnaîtra pas grand-chose car une grande et fastueuse villa a été construite en 1890 par la famille Campanari sur le terrain restant avec l’argent provenant de la vente d’une partie du domaine. La villa est d’abord achetée par le gouvernement allemand en 1920 pour servir de résidence à l’ambassadeur (jusqu’en 1943) puis, les biens du Reich ayant été confisqués en 1945, la villa est mise à disposition en 1947 de la Grande-Bretagne qui l’achète en 1951. Reconstruite, elle est aujourd’hui aussi utilisée comme résidence par l’ambassadeur. Cependant, le jardin, totalement rénové en 2011, l’a été en respectant sa conception d’origine.

La Villa Wollonski à Rome, de nos jours.La Villa Wollonski à Rome, de nos jours.

C’est vraisemblablement à Milan que Zinaïda fait la connaissance du peintre Fiodor Bruni13, alors en route pour Rome, et de Stendhal. Ce dernier la décrit ainsi dans une lettre au baron de Mareste datée du 3 mars 1820 :

 3 au soir. Nous avons eu des bals masqués, dont quatre charmants ; toute la bonne société y était ; entre autres, une princesse russe, Mme Volkonski, femme bien remarquable, point affectée, chantant comme un ange, une voix de contralto […] écrivant passablement en français, elle fait imprimer des nouvelles. Elle a trente-deux ans , laide, mais d’une laideur aimable et composant de la jolie musique, et folle et charmante sous le masque. (Stendhal, Correspondance, vol. V, 1816-1820, Le Divan, Paris, 1934, pp. 298-299.)

Une autre lettre, écrite par le sculpteur Semen Ivanovitch Gal`berg le 30 mai 1821, nous informe que Volkonskaïa possédait au palazzo Poli un théâtre privé dans lequel elle s’impliquait comme auteure, metteuse en scène et comédienne :

Lorsque nous, pensionnaires russes, sommes devenus ses familiers, elle a commencé à nous inviter à ses soirées musicales, ce que l’on qualifie ici, à Rome, [d’]être invité à l’académie. Peu à peu ces soirées musicales sont devenues opéras, et peu à peu, de spectateurs, nous-mêmes sommes devenus acteurs. Nos rôles, à dire vrai, sont mineurs et simples.

Bruni, que Volkonskaïa aide financièrement, participe à ces soirées. C’est sur la scène de son théâtre privé qu’il conçoit son premier grand tableau historique, La mort de Camille, sœur d’Horace. Il bénéficie aussi de son hospitalité et vit chez elle lors de son second séjour à Rome en 1821, en même temps que Gogol. Il laisse un portrait de sa mécène. C’est ce portrait qui orne la page de couverture du recueil Trois romances avec accompagnement de piano de Volkonskaïa dédié à Vlassova et mentionné sopra.

Il existe beaucoup d’autres représentations picturales de Volkonskaïa par des peintres célèbres. Une des plus intéressantes est cependant anonyme, peinte, dit-on, d’après le tableau de Bruni ; elle représente Zinaïda dans le costume qu’elle porte pour sa représentation de Tancrède dans l’opéra éponyme de Rossini mis en scène dans son salon romain.

Fiodor Antonovitch Bruni, Zinaïda Volkonskaïa en costume de Tancrède, 1820, Palais Mikhaïlovski.Fiodor Antonovitch Bruni, Zinaïda Volkonskaïa en costume de Tancrède, 1820, Palais Mikhaïlovski.

Conclusion

Zinaïda Volkonskaïa est une figure incontournable de la culture russe du début de xixe siècle. Elle l’est tout d’abord parce que son œuvre propre, surtout dans le domaine de la musique, a de la valeur : c’était une brillante interprète et une habile compositrice. Mais aussi, elle a servi d’exemple aux femmes pour se libérer de la pression masculine et oser jouer un rôle culturel. Et surtout, elle a mis en relation tous les principaux acteurs culturels de son époque et ainsi favorisé leurs échanges d’idées et d’influences et joué un rôle de pivot entre les courants occidentaliste et slavophile, permettant ainsi de réaliser ce que Pierre le Grand avait entrepris dès les premières années de son règne au tout début du xviiie siècle, un rôle continué par tous les empereurs et impératrices qui lui ont succédé : sortir la Russie de la barbarie par l’ouverture d’une « fenêtre sur l’Occident », afin de pouvoir, cette période de transition menée à terme, développer une culture propre.

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Notes

1. Oreste Adamovitch Kiprenski (près de Koporié, 13 mars 1782 — Rome, 5 octobre 1836) est un enfant illégitime qui a pris le nom du village où il est né, Koporié, modifié en Koporski puis en Kiprenski. C’est l’un des plus célèbres portraitistes russes, auteur notamment du plus célèbre portrait, partout reproduit, de Pouchkine en 1827 et conservé à la Galerie Tretiakov

2. Voir note 14.

3. Selon Chailley, qui en a fait la critique, il a peut-être existé un quatrième dialogue, dans ce cas perdu comme le premier.

4. Les Riourikides, du nom de leur fondateur, Riourik, qui selon la tradition s’établit à Novgorod (Nouvelle-ville) en 862, sont la dynastie régnante de la Rus’ de Kiev puis de la Moscovie jusqu’en 1598. Celle des Romanov prend la relève à partir de 1613. Les familles Belosselski-Belozerski de Beloozero, Tatichtchev, Volkonski et Viazemski dont il est question dans cet article sont toutes des branches cadettes des Riourikides.

5. Ce mariage a lieu après deux propositions rejetées, la première en 1807 avec Piotr Ivanovitch Saltykov (1784-1812), et la seconde en 1810 avec le prince compositeur Sergueï Sergueevitch Golitsyne (1783-1833).

6. On trouve, assez tardivement, des musiciens et des littérateurs issus de différentes branches de la dynastie Volkonski, mais encore souvent dans la tradition de la double activité artistique de Zinaïda soutenue par son mari. Parmi les plus renommés, on peut citer tout d’abord la figure notable de Sergueï Mikhaïlovitch Volkonski (1860-1937), directeur des théâtres impériaux (notamment du Bolchoï et de l’Alexandra), metteur en scène, critique de théâtre et critique littéraire, écrivain, mémorialiste, professeur de musique et ami de Diaghilev ; Mikhaïl Petrovitch Volkonski (1891-1961, neveu du précédent, chanteur d’opéra (baryton), acteur et traducteur et, encore plus tard, Andreï Mikhaïlovitch Volkonski (1933- 2008), un élève de Dinu Lipatti devenu compositeur, claveciniste, organiste et chef d’orchestre. Il est significatif qu’ils reçoivent encore une éducation bilingue en français et en russe, passent une partie de leur vie en France et se font appeler toute leur vie par leurs prénoms francisés, Serge pour le premier, Michel pour le deuxième et André pour le troisième.

7. Un second suit, rédigé entre 1819 à 1850 qui contient des brouillons de ses propres œuvres.

8. Miniato Ricci (1792-1860 ou 1877) était un poète et chanteur amateur marié à Ekaterina Petrovna Lounina.

9. Grigori Miassoïedov (Pankov, 7 / 19 avril 1834 — Poltava, 18 décembre 1911), l’un des fondateurs du groupe d’artistes des Ambulants, est un peintre parmi les plus représentatifs du réalisme russe dont les sujets préférés étaient les scènes de la vie paysanne et non de la noblesse. Il n’hésite pas à exprimer ses idées libérales dans son œuvre et l’un de ses tableaux les plus connus est d’ailleurs La lecture du manifeste du 19 février 1861 [l’abolition du servage](1873), qui est conservé à la Galerie Tretiakov.

10. Ayant rêvé toute sa vie de voir l’Italie, Baratynski, à peine arrivé à Naples, meurt d’une crise cardiaque au bord du golfe célèbre à l’âge de 44 ans après avoir composé sur le bateau qui l’y emmène ce qui est peut-être son plus beau poème, « Le Bateau à vapeur ».

11. Cimarosa, lui aussi invité par Catherine II en 1788, était le principal successeur de Paisiello à la Cour de Saint-Pétersbourg. Il eut lui aussi à souffrir de ses intrigues au cours de sa vie, Paisiello ayant laissé non seulement le souvenir d’un remarquable compositeur, mais aussi celui d’un personnage envieux et parfois désagréable.

12. Vassili Andreevitch Joukovski (Michenskoïe, 29 janvier 1783 — Baden-Baden, 12 avril 1852), surnommé balladnik et qui se définissait lui-même comme « père en Russie du romantisme allemand et domestique poétique des diables et sorcières allemands et anglais » a écrit trente-neuf ballades. La première, Lioudmila, écrite le 14 avril 1808 et publiée la même année, est une simple adaptation en russe de la Lenore de Gottfried August Bürger de 1773.

13. Fiodor Antonovitch Bruni, né Fidelio Bruni (Milano, 10 juin 1799 — Saint-Pétersbourg 30 août 1875), peintre, graphiste, professeur titulaire à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg à partir de 1836, conservateur de la galerie de peinture de l’Ermitage dès 1849 et recteur de l’Académie de 1855 à 1871.

14. Il subsiste un flou quant à la date de naissance de Zinaïda qui n’a pourtant pas lieu d’être. De nombreuses personnes qui ne vérifient pas leurs sources affirment qu’elle est née le 3 décembre 1792 à Dresde. Cependant, à cette date son père a quitté Dresde et est en fonction à Turin. D’autre part, la mort de sa mère le 25 novembre 1792 rend sa naissance le 3 décembre de la même année également impossible. D’autres spécialistes, plus compétents, avancent les dates de 1787 et de 1789. 1787 ne convient pas non plus car c’est l’année de la naissance de sa sœur Maria le 25 mai. La date la plus crédible est donc le 3 décembre 1789 à Dresde, ce qui donne raison à Stendhal.

 

signature de françois Buhler
François Buhler
22 septembre 2026.

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