Waku Doki, création du chorégraphe Eric Oberdorff à Monte-Carlo
Waku Doki. Photographie © Eric Oberdorff.
Don’t judge a book by its cover énonce un dicton britannique. Cette expression valait aussi, vendredi 10 juillet salle Garnier, pour le titre de la création signée Eric Oberdorff et La Compagnie Humaine : Waku Doki. Et le chorégraphe de nous expliquer dans une note d’intention la signification de cette locution d’origine japonaise : le « Waku-Doki est le sentiment d’anticipation et la montée d’adrénaline que l’on ressent lorsqu’on est sur le point de faire quelque chose d’excitant ». Waku signifierait « trembler » et Doki traduirait le son des battements rapides du cœur. Sur des images de cadres psychédéliques dynamiques et projetées sur un rideau transparent de scène (vidéo Etienne Guiol, lumières Jean-Pierre Michel), quatre danseurs (Valérie Igolnikov, Jeanne Stuart, Luc Bénard et Léonard Vo Tan) entament des mouvements corporels d’avant en arrière et dont les bras semblent tantôt puiser dans les profondeurs, tantôt s’élever dans une forme d’imploration : autant de gestuelles qui font irrémédiablement penser à la procession chiite d’Achoura (Téhéran et banlieue sud de Beyrouth), journée de deuil commémorant le martyr de Hussein, petit-fils du prophète Mahomet lors de la bataille de Kerbala en 680.
L’audience est plongée dans cette ritualisation gymnique d’autant plus obsédante que cette dernière s’étaie sur la musique hypnotique de Terry Riley extraite de In C, l’œuvre fondatrice en 1964 du courant minimaliste et où les « artistes chorégraphiques », comme aime à les appeler le directeur des Ballets de Monte-Carlo — Eric Oberdorff, ancien élève du Conservatoire de Nice, y fut lui-même danseur avant de fonder en 2002 sa propre compagnie —, suent « sang et eau » en quête incessante d’une transe extatique. S’agirait-il là du lien avec le titre de cette étude ?
Waku Doki. Photographie © Eric Oberdorff.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Nonobstant l’impressionnante performance sportive des quatre danseurs qui multiplient cavalcades, manèges, portages acrobatiques et haute voltige, le tout certes entrecoupé de deux belles évolutions solistes dont celle, saisissante, d’une ivresse intimiste marquée par des contorsions dorsales tout en retenue de Léonard Vo Tan, Waku Doki qui dure le temps d’une séance de psychanalyse, parvient difficilement à exemplifier cette excitation pulsionnelle intérieure, énigmatique. Le chorégraphe paraît la confondre avec les effets spectaculaires, extériorisés et physiques de l’exaltation : dans la culture japonaise où le mode de pensée privilégie la pondération, nous rappelait encore tout récemment Mimosa Koike dans son travail pour les Miniatures des Ballets de Monte-Carlo, l’essentiel n’est-il pas « la puissance du geste minimaliste » ?
Jean-Luc Vannier
Monaco, le 11 juillet 2026.


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Lundi 13 Juillet, 2026 1:06