Sexe et opéra (xx. 3) : Norma
Décor d'Alessandro Sanquirico, pour la première de Norma, au Teatro alla Scala, Milan, le 26 décembre 1831.
Tragédie lyrique en deux actes de de Vincenzo Bellini, sur un livret de Felice Romani d'après Norma ou l'infanticide, une tragédie d'Alexandre Soumet, créée le 26 décembre 1831 au Teatro alla de Milan.
Dans une Gaule en guerre larvée contre les Romains, Norma, prêtresse gauloise, aime Pollione, officier romain avec qui elle a eu deux enfants. Or Pollione la délaisse pour Adalgisa, jeune Gauloise qui a aussi prononcé des vœux religieux et avec laquelle il voudrait partir pour Rome. Lorsque Pollione est fait prisonnier par les Gaulois, Norma se dénonce elle-même comme sacrilège. Ainsi, elle montera au bûcher avec Pollione enfin réconciliés au moment de mourir.
Bon, on ne peut pas considérer que Norma et Pollione soient mariés. Nous ne pouvons pas dire qu’il y ait adultère. Et pourtant pour le public de l’époque il n’est pas improbable que maintes femmes mariées se soient identifiées avec l’aimante Norma, mère de deux gamins avec Pollione, elle qui a trahi sa religion et sa patrie pour lui et qui tout à coup se voit délaissée. Un peu comme l’héroïne de Senso de Camillo Boito (écrivain) puis Luchino Visconti (réalisateur).
Mademoiselle Grisi (Giulia Grisi, 1811-1869) dans le rôle de Norma, Opéra de Paris. Gravure de Louis Maleuvre (1785-....)
D’ailleurs, dans la musique de Bellini, il est plus aisé de sentir les émotions de Norma par rapport à l’infidélité que par rapport au sacrilège qu’en principe elle a commis. Quand elle invoque la déesse lunaire dans son air d’entrée (l’archi-connu « Casta diva »), il y a de la sensualité, mais pas le moindre remords pour sa relation sacrilège. Le remords religieux n’entre pas en ligne de mire pour le personnage. Cela n’est pas un atout musical majeur pour Norma.
Vincenzo Bellini, Norma, « Casta Diva », Sonya Yoncheva (Norma), Royal Opera Chorus and Orchestra, sous la direction d'Antonio Pappano, septembre 2016.Adalgisa par contre, entre en scène en se débattant : doit-elle ou pas rompre ses vœux ? Mais son récitatif n’atteint pas les sommets de tragique ni de déchirement d’autres fragments du répertoire. Chez Adalgisa le débat serait presque pareil sans le sacrilège. Est-ce qu’une jeune gauloise peut se permettre de partir avec un officier romain sachant que les deux peuples sont en guerre ? — Cela suffit pour atteindre le niveau d’hésitation et de fragilité de la tendre Adalgisa.
Dans cet opéra le sacrilège a pour seul but de transformer un drame bourgeois — qui pouvait, j’insiste, résonner chez les spectateurs de 1831 — en tragédie.
Ce n’est pas que Pollione va partir avec une nouvelle petite amie plus jeune, en laissant Norma avec deux gosses sur les bras, c’est que, en partant, le monde de la sacrilège Norma s’effondre — de là sa rage —, c’est que le sacrilège implique la mort, et que mort veut dire Tragédie.
En fin de compte, si Norma est le grand opéra tragique que l’on connaît, proche parent de la Médée de Cherubini et de la Vestale de Spontini, c’est parce que la mort, châtiment prévu par la loi au sacrilège, plane sur toute la particella de Norma, et particulièrement sur le superbe finale.
Vincenzo Bellini, Norma, « finale », Marina Rebeka (Norma), Dmitry Korchak (Pollione), Maria Barakova ( Adalgisa), Riccardo Fassi (Oroveso), Massimiliano Chiarolla ( Flavio), Elisabetta Zizzo ( Clotilde), Orchestra e Coro del Teatro Massimo, sous la direction de Lorenzo Passerini, Teatro Massimo de Palerme, avreil 2023.20 janvier 2026
[suite] [sexe et opéra : index]


À propos - contact |
S'abonner au bulletin
| Biographies de musiciens | Encyclopédie musicale | Articles et études | La petite bibliothèque | Analyses musicales | Nouveaux livres | Nouveaux disques | Agenda | Petites annonces | Téléchargements | Presse internationale| Colloques & conférences | Collaborations éditoriales | Soutenir musicologie.org.
Musicologie.org, 56 rue de la Fédération, 93100 Montreuil. ☎ 06 06 61 73 41.
ISSN 2269-9910.

Mardi 20 Janvier, 2026 5:47