Sexe et Opéra (xxii. 9) : Lady Macbeth de Mtsensk
Lady Macbeth du district de Mtsensk, Hildegard Behrens (Katerina), Kurt Schreibmayer (Serge), Bayerische Staatsoper München, 1993.
Opéra en quatre actes de Dimitri Shostakovitch, sur un livret de lui-même et d'Aleksandr Preis d’après la nouvelle de Nikolai Leskov, créé le 22 janvier 1934 au théâtre Maly de Léningrad.
Katerina est mariée à Zinovi, fils du riche Boris. Or, elle se morfond, délaissée par son mari. Le beau Serguei, travailleur chez Boris, la séduit. Surpris l’adultère : elle tuera son beau-père, puis son mari. Découverts les crimes : Katerina et Serguei seront condamnés à la déportation en Sibérie. Mais là-bas Serguei méprisera Katerina qui, épuisée et meurtrie, mourra noyée.
Cela pourrait être l’argument d’un opéra vériste, mais Shostakovitch et Preis, préoccupés aussi de faire un opéra « esoviétique » qui raconte les misères du peuple russe « avant » la révolution soviétique, présentent aussi une galerie de personnages hauts en couleur censés représenter les problèmes du peuple russe du temps des tsars : le riche exploitant, le pope, le commissaire, tous traités avec sarcasme (et une musique pleine d’humour).
Dimitri Chostakovich, Lady Macbeth du district de Mtsensk, acte I, scène 1, « Gribkí segódnya búdut? », Günther Groissböck, Kristine Opolais, Boston Symphony Orchestra, sous la direction d'Andris Nelsons, 2024.Le beau Serge, arrivé avec une excuse bidon dans la chambre de Katerina pendant l’absence du mari, après s’être insinué en tant qu’amant : il finit par la forcer dans une scène de viol d’une belle violence orchestrale et à la suite de laquelle Katerina fera de Serguei son amant, lui déclarant son amour.
Oui, le viol suivi de la déclaration d’amour peut nous choquer, mais à l’époque où la femme devait se montrer « inexpugnable », où le désir féminin était très mal vu et où la « femme facile » était vite méprisée, le viol pouvait correspondre, dans l'imaginaire, au plus profond désir de la femme. Ce n’est pas le cas, bien sûr, dans Die Soldaten (Zimmermann), par exemple. Mais c’est bien le cas dans Lady Macbeth de Mtsensk.
Dans tout état de cause, ce morceau orchestral qui correspond au viol de Katarina par Serguei est une pure merveille : de l’adrénaline concentrée.
1er avril 2026.
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ISSN 2269-9910.

Mardi 31 Mars, 2026 23:15