Jean-Marc Warszawski, 3 août 2026.
Lillian Gordis récidive en Bach

Johann Sebastian Bach, Lillian Gordis (clavecin), Partita no 6, Suite anglaise no 6, 6 préludes et fugues, Artalinna 2025.
Enregistré les 8-12 janvier 2024, Doopsgezinde Kerk, Haarlem.
Encore enfant, Lillian Cordis préférait pincer que frapper et a donc, question clavier, choisi le clavecin. À l’âge de seize ans, elle quitta sa Californie natale pour étudier en France avec Pierre Hantaï et Bertrand Cuiller. Elle obtint son prix de basse continue au Conservatoire de Boulogne-Billancourt en 2012, son prix de clavecin avec tous les lauriers l’année suivante. Ella se perfectionna ensuite à la Schola Cantorum Basiliensis. Elle mène une carrière de soliste, de chambriste et joue en duo avec le gambiste Jérôme Hantaï. Devenue française et habitant à Paris, elle occupe toutefois la chaire Eaton de musique baroque à l’Université du Colorado, à Boulder, où elle est également Maître de conférences chargée de l’enseignement du clavecin.
Elle a enregistré un premier cédé consacré à des sonates de Domenico Scarlatti (Paraty 2019), un second, celui-ci double-cédé d’œuvres de Johann Sebastian Bach : suites anglaises (nos 3 et 5), Partitas (nos 1 et 4), un choix de quatre préludes et fugues du second livre du Clavier bien tempéré (Paraty 2022), disque acclamé par la presse spécialisée. Cette fois c’est avec le label Artalinna qu’elle réitère le même concept : six préludes et fugues du second cahier du Cbt, la suite anglaise no 6, la Partita no 6. Symbolisme et magie du nombre 6 considéré parfait par son égalité à la somme de ses diviseurs… Même que Double six fut un sensationnel ensemble vocal de jazz au début des années 1960.
Enregistré à l’église anabaptiste de Haarlem aux Pays-Bas, là nous prévient-on où Pierre Hantaï et Gustav Leonhardt ont également joué dans les micros, la réverbération nous a dans un tout premier temps gêné, mais l’accommodation rapide nous a installé dans un monde sonore confortable, qui attire l’attention et ne la lâche pas. À première oreille Lillian Cordis n’a pas le clavecin fougueux comme peut l’avoir Mahan Esfahani que nous avons entendu récemment à Leipzig (partitas nos 1, 4, 5), mais il est difficile de parler d’intériorité ou d’introversion, son clavecin ayant une belle projection claire, peu intimiste, au service d’une musique puissante par la densité des informations qu’elle nous délivre à flot continu. On pense au choix du lyrisme contre la danse… Mais on est rapidement démenti, comme pour la réverbération qui est en réalité fort seyante. En fait Lillian Cordis a un jeu très incisif et très dansant, la 6e partita est fabuleuse, les gavottes au thème si populaire (il pourrait être français) sont monumentales et remettent notre écoute à l’endroit… Il est vrai que ça chante, mais en dehors des belles volutes mélodiques enroulées dans les préludes, les appuis rythmiques marquent parfaitement la dance ou le balancement, même dans les passages rêveurs, on ressent cette marche inexorable, qui marque aussi les arias les plus lyriques des cantates. Du chantant au dansant, de la délicatesse à la fougue, dans une polyphonie parfaitement discernée (merci aussi à l’instrument et à la prise de son), le récital est magistral en puissance musicale, mais aussi sonore, peut-être la recherche qu’on a pu reprocher à Wanda Landowska.
Nous rêvons d’un concert opposant Mahan Esfahani et Lillian Cordis, comme cela se faisait au temps de Johann Sebastian Bach.
3 août 2026.



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Dimanche 2 Août, 2026 20:31