La magnifique Calisto de Cavalli par l’ensemble Correspondances
La Calisto au Festival d'Aix-en-Provence, 2025.Photographie © Monika Ritterhaus.
Il était normal que la création du festival d’Aix l’été passé arrive enfin au théâtre de Caen où l’ensemble Correspondance, conduit par Sébastien Daucé, est en résidence depuis dix ans déjà. Et comme mes collègues chroniqueurs de Musicologie.org, Frédéric Léolla et Alfred Caron, en ont déjà parlé, en bien, lors de la création à Aix et de la date parisienne du début du mois, il va me falloir trouver un autre angle d’approche.
Déjà, Lauranne Oliva, la Calisto en titre, ayant perdu sa voix, le dispositif mis en place, elle jouant en playbach (ou en playcavalli plutôt), c’est sa doublure Suzanne Jerosme qui chante ce soir la partition. Et très bien, sur le bâbord de la scène. D’où un effet d’écho — ou d’Écho, la nymphe répétitive punie par Junon — et de doublage qui ajoute une mise en abîme au propos de la pièce où Jupiter se fait passer pour sa fille Diane, afin de mieux séduire ses proies.
Ensuite, la mise en scène féministe de Jetske Mijnssen, en déplaçant l’action de l’Olympe au xviiie siècle de Marivaux et Pierre Choderlos de Laclos, nous ramène dans un monde où certains mortels se pensent tout puissants et immortels. Que ce soit Jupiter le pervers ou Junon la jalouse, et leurs sous-fifres, Mercure le malin, ou les furies, meurtrières d’Orphée. Et où les femmes blessées peuvent défigurer leur rivale ou tuer leur agresseur. Un final qui ne change pas le livret de Giovanni Faustini, ironique et souvent poignant, déjà très moderne à sa création en 1651, mais l’éclaire d’un jour nouveau.
Pour le reste, tout est parfait, le décor imposant et mobile de Julia Katharina Berndt et les costumes superbes de Hannah Clark contrastant avec la sobriété de la mise en scène et les ébauches de chorégraphie de Dustin Klein, inspirées du siècle des Lumières. La musique vient mettre remarquablement en valeur les voix magnifiques, toutes, choisies judicieusement par le directeur musical. L’orchestre est excellent, chacun des instruments, bien discernable, comme le théorbe, la flûte à bec ou les petites percussions inattendues. Du très grand spectacle !
Pour finir la saison, le 17 juin, The Golden Vanity, un opéra miniature de Benjamin Britten augmenté par Vincent Manac'h pour les chants traditionnels de marins normands et turcs. Et chanté par la Maîtrise et la Scuola de Caen.
Alain Lambert
21 mai 2026
© musicologie.org.



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Samedi 23 Mai, 2026 0:35