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Alfred Caron — Théâtre des Champs-Élysées, 4 mai 2026.

La Calisto : un cruel marivaudage chez les Olympiens

Calisto à Aix-en-Provence en 2025. Photographie © Monika Ritterhaus.Calisto à Aix-en-Provence en 2025. Photographie © Monika Ritterhaus.

De tous les opéras de Francesco Cavalli redécouverts depuis les années 1970, La Calisto reste le plus aimé et le plus souvent monté. Encore que Paris ne l’ait pas vue (ni entendue ?) depuis la production de Macha Makeieff et Christophe Rousset déjà au Théâtre des Champs-Élysées en 2010. Ce succès est sans aucun doute dû autant qu’à la richesse et à la beauté de la partition, à un livret étonnant qui mêle subtilement mythologie et satire sociale, grivoiserie et lyrisme et dont la construction dramatique et le propos sont restés d’une incroyable modernité. Là où la production précédente jouait à fond la carte de l’ironie, dans celle que présente le TCE, venue d’Aix-en-Provence où elle a rencontré un grand succès l’été dernier, Jetske Mijnssen a choisi une approche nettement plus « grave » qui met en avant la cruauté de cette histoire où les humains paient de nombreuses souffrances, voire de leur vie, l’amour que leur portent les Dieux. La transposition dans un univers de lambris xviiie siècle et son aspect policé renforce l’impact de la violence à laquelle sont soumis l’héroïne, punie d’avoir été aimée de Jupiter, et Endymion d’avoir été désiré par Diane. Du reste, la metteuse en scène a choisi de modifier la fin, car ni l’une ni l’autre n’accepte, au final, la réconciliation et la rétribution que leur offrent leurs puissants amants : la première poignarde le roi des Dieux et le second claque la porte au nez de la déesse. La tonalité « féministe » qui se dégage de l’ensemble est en parfait accord avec le livret de Giovanni Faustini et se concrétise singulièrement dans le superbe monologue de Junon qui, après s’être montrée horriblement cruelle envers sa rivale, entonne la plainte des femmes trompées et de leur douloureux destin. La fin brutale de Jupiter explique sans doute le prologue traité comme une cérémonie funèbre dont on déduit rétrospectivement que le cercueil est celui du Roi des Dieux, signant une sorte de crépuscule, sinon des Dieux, au moins du machisme.

Calisto à Aix-en-Provence en 2025. Photographie © Monika Ritterhaus.Calisto à Aix-en-Provence en 2025. Photographie © Monika Ritterhaus.

La production est défendue par un plateau de premier plan entièrement identifié aux personnages. Citons d’abord la délicate et candide Calisto de Lauranne Oliva, le langoureux et mélancolique Endymion de Paul-Antoine Benos-Djian et la puissante Junon de la mezzo Anna Bonitatibus. Au second rang viennent l’excellent Zachary Wilder en Lymphée la suivante de Diane qui s’offre un numéro chorégraphique virtuose dans son air du deuxième acte, l’élégante Diane de Sun-Ly Pierce et le solide Jupiter de Milan Siljanov qui chante la moitié de son rôle en voix de tête et en travesti, puisqu’il a usurpé l’identité de Diane pour séduire sa victime. Il est secondé par l’efficace Mercure de Dominic Sedgwick. Le trio de Furies de la scène de punition de Calisto fournit également les petits rôles : Le Pan de Petr Nekoranec, le Sylvain de José Cura Loza et le délicieux Petit Satyre de Paul Figuier.

Dans la fosse, l’Ensemble Correspondances offre à ce plateau de choix un écrin musical de toute beauté dont l’instrumentation, réalisée par son chef, Sébastien Daucé, dépasse largement les exigences de la partition d’origine. Elle enrichit de chatoyantes couleurs un discours dont les modulations et la rhétorique vivante captivent sans la moindre baisse de tension pendant les trois heures que dure la représentation. À coup sûr cette nouvelle Calisto est une des plus belles réalisations baroques de l’année et l’on espère que quelque enregistrement audio ou vidéo en gardera le souvenir, permettant à ceux qui ne pourront pas la voir sur scène et à ceux qui l’ont appréciée de la découvrir ou de la retrouver.

Prochaine représentation le 6 mais. Spectacle repris à Caen les 20 et 21 mai prochain, au Théâtre de la Ville de Luxembourg en octobre 2027 et à Avignon les 13 et 14 novembre 2027.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
4 mai 2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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Mercredi 6 Mai, 2026 17:46