Michaël Sebaoun, 20 mai 2026
Guy Sacre : 13 impromptus

Guy Sacre, 13 impromptus, Durand, Paris 2025 [28p. ; DF 01658600 ; niveau de difficulté : 4].
Enregistrés par Billy Eidi pour Le palais des dégustateurs, les Treize impromptus pour piano du compositeur français Guy Sacre (né en 1948) paraissent aux Éditions Durand. Sur le CD, ils faisaient suite aux Dernières chansons enfantines, et comment ne pas penser, à l’écoute de l’impromptu no 1, avec sa brève et délicate mélodie en do majeur (troublée en sa fin par un do dièse) qui émerge dans l’aigu, dans un ambitus restreint, à un air de comptine.
Avec son caractère calme et pensif, on illustrerait bien l’impromptu no 2 du titre schumannien Le poète parle. L’impromptu no 3 en si bémol mineur est comme le fantôme, tant dans l’esprit que dans l’écriture à l’octave des deux mains, du dernier mouvement de la sonate en si bémol mineur de Frédéric Chopin.
Guy Sacre ne dédaigne pas l’utilisation de formes simples, et nous retrouvons à plusieurs reprises une forme tripartite (A B A’), comme dans l’impromptu no 5 aux accents ravéliens, avec dans sa section centrale un rappel mélodique de la « comptine » de l’impromptu no 1.
L’impromptu no 6, sorte d’« invention » essentiellement écrite à deux voix, précède les sonorités de cloches réparties sur les trois registres du clavier de l’impromptu no 7.
Le poète s’amuse, un rien narquois, dans l’impromptu no 8 dont la mélodie oscille entre si majeur et si mineur. Il existe une courte page que les très jeunes pianistes connaissent bien, qui joue sur le même principe : le Clown, de Dmitri Kabalesvski…
L’impromptu no 9 voit ressurgir le motif de comptine, déguisé, des impromptus no 1 et no 5. Dans l’impromptu no 11, un ré note pédale apporte un avant-goût d’apaisement et de stabilité, tandis que la mélodie principale se rétrécit, contenue dans un intervalle de tierce. Une jovialité à la Jean Françaix survole l’impromptu no 11. Enfin, dans le dernier impromptu, un paisible ostinato de croches, pâles, solaires, à la main gauche du piano soutient des bribes de souvenirs à la main droite. Il s’achève sur la tierce majeure do-mi, que l’on se plait à entendre, non comme une fin sereine, mais comme un doux réveil, comme si tout n’avait été que songes.
Dans chacun des Treize impromptus pour piano, Guy Sacre « approfondit l’espace tonal en reculant ses limites » (Anthony Girard, Aux sources de l’enfance, Les mélodies de Guy Sacre, Éditions Symétrie), notamment par l’usage de la polytonalité ; il s’éloigne du « tumulte de la vie musicale », se préserve « de toute emprise du monde environnant ». Faut-il évoquer l’esprit de l’improvisation souvent associé à cette forme libre qu’est l’impromptu ? On peut en tout cas souligner le caractère elliptique de ces pièces, bien loin des impromptus fluides autant qu’imposants de Franz Schubert, ou de la tension et de l’hermétisme de ceux de Gabriel Fauré. Un beau cycle de Guy Sacre à lire, jouer et écouter, dans le reflet de ses mélodies.
Michaël Sebaoun
20 mai 2026



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Mercredi 20 Mai, 2026 1:13