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Alfred Caron — Opéra Bastille, 14 juin2026.

Ercole Amante d’Antonia Bembo : la belle utopie de Leonardo Garcia Alarcon

Ercole Amante d’Antonia Bembo. Photographie © Bernd Uhlig, Opéra national de Paris.Ercole Amante d’Antonia Bembo. Photographie © Bernd Uhlig, Opéra national de Paris.

Au final de cette dernière d’une série de représentations (bousculée par les grèves) et accueillie triomphalement, Léonardo Garcia Alarcon s’est adressé au public pour dire son bonheur d’avoir réussi à porter la résurrection — ou plutôt la création — de cet opéra, composé dans l’ombre vers 1707 par Antonia Bembo, compositrice italienne, réfugiée en France sous la protection de Louis XIV et qui n’avait jamais eu les honneurs de la scène. Pour qui connaît l’opéra de Cavalli de 1662, sur le même livret, cette œuvre est une authentique découverte. On y reconnaît à peine le livret de Buti, tant les tonalités choisies par la compositrice en proposent une lecture différente. On y retrouve certes l’ironie, caractéristique de opéras vénitiens du premier baroque, et ses personnage typiques mais on entend ici un étonnant mélange entre les formes italiennes et celles de l’héritage lullyste. Surtout, l’originalité de la compositrice devient très vite évidente et s’exprime largement dans l’abondance des petits ensembles, de chœurs splendides (notamment celui du Sommeil à l’acte II) et d’arias captivants comme ce Lamento de Déjanire et, surtout, dans l’usage d’une vocalité virtuose typiquement italienne qui valorise singulièrement les interprètes. Il est rare d’entendre dans un opéra baroque un soliste se faire applaudir comme l’a été Alasdair Kent à la fin de son air de douleur de l’acte IV qui l’amène dans des aigus proprement stratosphériques, même pour un ténor léger. On peut certes critiquer le choix de donner cette œuvre dans un format de grand opéra, mais il faut bien admettre que les moyens déployés le sont à bon escient. Passé une ouverture où l’acoustique de Bastille nuit quelque peu à la cohérence du grand effectif orchestral choisi par le chef, l’équilibre se fait plutôt bien entre la fosse et le plateau. La distribution est également au dessus de tout éloge et, aux cotés de noms bien connus (Sandrine Piau, Julie Fuchs, Andreas Wolff, Marcel Beekman), elle offre quelques révélations, tels l’extraordinaire Page du contre-ténor Théo Imart, la basse Alex Rosen dans le double rôle de l’ombre d’Eutiro et de Neptune ou la magnifique Déjanire de la mezzo Deepa Johnny. On le comprend, à l’inverse de notre collègue Frédéric Léolla, nous avons été conquis par cette réalisation audacieuse et convaincu par la personnalité musicale de la compositrice. La mise en scène de Netia Jones peut paraître un rien superficielle, elle est surtout ludique et son « féminisme » léger sied parfaitement à cette histoire de chasseur vieillissant qui guigne encore les jeunes gazelles. Ses clins d’œil à une actualité de plus en prégnante sont très réussis. Ainsi des piqures qu’une des petites bonnes vient faire à Iole pour l’endormir lorsque Hercule en désespoir de cause a décidé de se passer de son consentement. Certes, les ballets « gymniques » n’ont pas grand chose à voir avec le propos mais ils dynamisent agréablement une action qui ne languit presque jamais sauf peut-être dans les deux scènes du tombeau de Eutiro et des ombres de Enfers à l’acte V, un peu trop semblables visuellement et musicalement. La retransmission en direct du 9 juin ayant été annulée, c’est celle du 5 juin qu’Arte a mis en ligne. Elle permettra à chacun de se faire sa propre idée sur cette production qui nous a semblé une des meilleures de la saison 2025-2026 de l’Opéra de Paris.

Représentation du 5 juin en accès libre sur Arte Concert jusqu’au 9 juin 2027.

Enregistrement réalisé par France Musique diffusé le 4 juillet.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
14 juin 2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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