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Frédéric Léolla, 30 mai 2026.

Ercole Amante : tout ça pour ça ?

Ercole Amante. Photographie © Bernt Uhlig - OnP.

Un opéra de 1707 représenté dans une des plus grandes salles d’Europe (l’Opéra Bastille, 2800 places approximativement). Avec ça on a tout dit. D’autant plus que cet Ercole Amante, sur un livret de Francesco Buti et une musique d’Antonia Bembo, la Vénitienne qui trouva refuge à la cour française, est moins basé sur les grands effets que sur les subtilités psychologiques. De ce fait, l’orchestre démesuré choisi par García Alarcón (chargé de l’instrumentation et de la direction musicale), les grands panneaux vidéo, les costumes colorés, les plateaux inondés de figurants et danseurs qui sont les choix de Netia Jones à la mise en scène, semblent plutôt desservir l’œuvre : on y perd toute intimité, toute possibilité que le spectateur s’identifie aux personnages ou entre dans les méandres de leurs sentiments.

Si on ajoute que cette surcharge visuelle n’aide pas à la compréhension du livret, si on y ajoute que l’orchestre essaie de « faire de l’effet » (avec force interventions du percussionniste, même en se servant d’instruments quelque peu anachroniques comme le xylophone ou les sifflets de carnaval) plutôt que de s’intéresser aux nuances, si on ajoute que les chanteurs se trouvent eux aussi passablement perdus dans ces grands décors, cette grande salle et ce grand orchestre, vous comprendrez l’ennui qui a assailli la plupart des spectateurs. Dommage pour des solistes que nous n’avons pas manqué d’applaudir dans d’autres productions (Julie Fuchs, Sandrine, Piau, Ana Vieira Leite, Théo Imart, Alex Rosen…) qui peinent ici à tirer leur épingle du jeu.

C’est surtout dommage parce que, malgré trois ou quatre jolis moments, bon nombre d’aficionados sortent en disqualifiant directement l’œuvre de Bembo, en la jugeant longue et plate, surtout en comparaison avec le chef-d’œuvre composé par Cavalli sur le même livret en 1662. Comme si García Alarcón et Jones avaient tout fait pour nous faire avaler un opéra indigeste. Peut-être l’œuvre serait-elle bien plus attrayante si elle était représentée dans un petit théâtre, par une petite équipe plus soucieuse de la servir que de faire du Grand Spectacle.

signature de Frédéric Léolla
Frédéric Léolla
30 mai 2026.
Paris, samedi 30 de mai 2026. Opéra National de Paris (salle Bastille). Ercole amante, opéra en cinq actes. Musique d'Antonia Bembo, sur un livret de Francesco Buti. Mise en scène, décors, costumes et vidéo de Netia Jones. Lumières d'ellen Ruger. Chorégraphie de Maud le Pladec. Avec Andreas Wolf (Ercole), Julie Fuchs (Giunone), Sandrine Piau (Venere), Ana Vieira Leite (Iole), Deepa Johnny (Dejanira), Alasdair Kent (Hyllo), Alex Rosen (Nettuno, Ombra di Eutyro), Théo Imart (paggio), Marcel Beekman (Licco), Teona Todua (Pasithea), Danaé Monnié, Giulia Fichu-Sampieri, Dina Husseini (tre grazie), Samuel Desguin (Mercure). Chœur de chambre de Namur. Thibault Lenaerts, chef de chœur. Capella Mediterranea. Direction musicale, Leonardo García Alarcón.
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ISSN 2269-9910.

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