musicologie

1er février 2021 —— Jean-Luc Vannier.

Des histoires en une Histoire de l’opéra français, du Consulat aux débuts de la IIIe République

Lacombe Hervé (direction), Histoire der l'Opéra français, du Consulat aux débuts de la iiie République. Fayard, Paris 2020 [1200 p. ; ISBN 978-2213709567 ; 35,44 €].

Les mélomanes, critiques et autres spécialistes de l’opéra disposaient jusqu’à maintenant du « Kaminski » et de son incontournable « Mille et un opéras » (Fayard, 2003, 1826 pages). Trônera désormais dans la bibliothèque le « Lacombe » avec, sous sa direction, les contributions de plus de 150 auteurs (musicologues, philosophes, littéraires, spécialistes du théâtre et de la danse) pour une « Histoire de l’opéra français, du Consulat aux débuts de la IIIe République » (Fayard, 2020, 1261 pages). Rappelons qu’Hervé Lacombe est loin d’être un novice en la matière : nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer les réflexions du professeur de musicologie à l’Université Rennes 2 sur  « La Habanera de Carmen » ou bien encore de relever sa contribution à « La création lyrique en France depuis 1900 ». Sans parler de son superbe ouvrage, plus ancien, sur Francis Poulenc.

En l’espèce, et au risque de se contredire, comparaison n’est pas raison. Et pas seulement pour des questions de forme. De l’entreprise — déjà monumentale — d’un seul et des précieuses fiches techniques du « Kaminski », nous passons avec le « Lacombe » à la multi-dimensionnalité et à la pluralité minutieusement croisée — intriquée serait plus exacte — des origines, des causes et des effets qui cheminent, côtoient, surgissent, contrarient ou facilitent un spectacle lyrique, de sa pensée in statu nascendi jusqu’aux prolongements de sa « performance » : taquinons l’anachronisme puisque le livre comporte aussi une étude « genrée » sur Carmen ainsi que celle sur le « merchandising » des produits opératiques dérivés. Hervé Lacombe nous procure fort heureusement les clés de l’ouvrage dès son introduction : « L’histoire de l’opéra s’est trop souvent cantonnée à la capitale et au grand récit des créations » ou bien « On a trop souvent séparé les genres et les pratiques théâtrales pour qu’il ne faille pas insister sur ce continuum ».

D’une richesse littéralement opulente d’anecdotes et de citations dûment référencées, le « Lacombe » perd toutefois en maniement didactique ce qu’il gagne en luxuriance d’éclairages et en profusion de perspectives. Inconvénient de l’avantage : à s’efforcer de lire — patiemment — l’intégralité de l’ouvrage, nous n’évitons pas redites ou redondances. Et au moins une omission : « Die Fledermaus » (p. 1235) renvoie à « Chauve-souris, la » qui est introuvable dans l’index.

Une pédagogie fondée sur la répétition et sur la pulsion épistémophilique : fouiller, trouver, perdre puis redécouvrir au fil des pages. Défaut par surcroît imparable lorsqu’une équipe d’érudits décortique avec intelligence — mais sous la loupe parfois exclusive de leur domaine de compétence — la gestation d’une œuvre, la vie d’un compositeur, le génie ou les déboires d’un librettiste, les bonnes ou mauvaises fortunes d’un directeur d’opéra, les exigences culturelles d’un répertoire, les ambitions inavouables d’un pouvoir politique sur la production artistique, les attentes d’un public ainsi que le miel plus ou moins venimeux des critiques. Sans oublier les délicieuses rivalités entre « grand » opéra et opéra-comique : dans un hommage rendu samedi 30 janvier sur France-Musique à Christiane Eda-Pierre, formée sur les planches de l’opéra-comique et devenue Présidente de l’Académie de l’opéra-comique qu’elle affectionnait tant, la soprano rappelait malicieusement : « quand on allait chanter à Garnier, on disait : nous allons à l’annexe » !

Inutile donc de s’embarquer pour un résumé de l’ouvrage qui serait indubitablement lacunaire et dont les trois grandes parties s’énoncent comme suit : Créations et répertoire, Production et diffusion, Imaginaire et réception. Cette « Histoire de l’opéra français, du Consulat aux débuts de la IIIe République » est le deuxième tome d'une édition en trois volumes. Deux autres sont à paraître, également aux Éditions Fayard : « Du Roi-Soleil à la Révolution » et « De la Belle Époque au monde globalisé ».

Retenons de cette période faste l’habitude prise par le pouvoir politique de ne confier une direction d’opéra, devenue une entreprise guidée par un souci de rentabilité, qu’à une personnalité exceptionnellement fortunée. Et, avec elle, l’organisation millimétrée de « la claque » : une époque – hélas ? – révolue.

 

Nice, le 1er février 2021
Jean-Luc Vannier


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Lundi 1 Février, 2021 4:17