musicologie

20 septembre 2021 —— Jean-Marc Warszawski.

Clara et Robert Schumann : fantômes et variations croisées

Clara Schumann und Zeitgenossen, Andrea Kauten (piano), Südwestdeutsches Kammerorchester Pforzheim, sous la direction de Timo Handschuh. Solo musica 2019 (SM 315).

Enregistré à Niefen-Öschelbronn, 20-23 mars 2019 et à Schopfheim, 3-5 mai 2019.

Pianiste internationale, ayant fait ses classes à l’Académie de musique de Basel et au Conservatoire Franz Liszt de Budapest, directrice musicale des concerts de musique de chambre Klassik im Krafft-Areal en forêt Noire, Andrea Kauten partage son amour pianistique-discographique essentiellement entre Franz Liszt et Robert Schumann avec quelques infidélités passagères en compagnie de Modest Moussorgsky, Ludwig van Beethoven, Frédéric Chopin, Wolfgang Amadeus Mozart, Johannes Brahms, toujours chez Sony, sauf pour ce dixième album « Clara Schumann und Zeitgenossen », « Clara Schumann et ses contemporains ».

En réalité le cœur du programme consiste en variations que Clara et Robert Schumann se sont offertes l’un à l’autre aux derniers moments de vie commune.

Lui, depuis le 10 février 1754, a des hallucinations et croit, selon le journal intime d’elle, que les fantômes ou les anges de Franz Schubert et de Felix Mendelssohn lui dictent, dans son sommeil, des thèmes, dont, le 17 février, celui de ces variations en mi bémol majeur, un des thèmes du deuxième mouvement de son concerto pour violon. Le 27 février au soir, alors qu’il est à la composition de cette œuvre, il quitte sa table de travail, sort de chez lui, se jette dans le Rhin. Sauvé, ramené à la maison, il termine la composition de ces variations, offertes à Clara : son dernier souffle musical. Quelques jours plus tard, le 4 mars, il est interné dans une clinique psychiatrique.

Le 17 mai, Clara Schumann joue ses propres variations, opus 20, devant Johannes Brahms « pour mon cher mari, à l’occasion du 8 juin 1853 », jour anniversaire de ses quarante-trois ans, « encore une fois un timide essai de sa vieille Clara » dit encore la dédicace. Une pièce amoureuse, un peu hypnotique et touchante, par l’insistance obstinée du thème, plus orné que varié.

Pour compléter le programme nous attendrions plutôt une pièce de Brahms, intime de la famille, admiré par l’un, aimé par l’autre, pourquoi pas ses propres variations sur le fameux thème dicté par les anges à Robert Schuman ?

Clara s’est opposée à la publication des « Geistervariationen » (Variations des fantômes), qui seront éditées en 1939. Brahms qui en eut tôt une copie, chargé de l’édition des œuvres de Robert Schumann, ne publia que le thème. Jugeaient-ils ces variations indignes du génie de leur auteur ?

Ces deux œuvres pianistiques croisées sont introduites et conclues par deux concertos. L’opus 7 de Clara Schumann, œuvre d’adolescence dont elle a achevé la composition à l’âge de seize ans (on suppose avec l’aide de son père) et qu’elle a aussitôt créée au Gewandhaus de Leipzig sous la direction de Felix Mendelssohn. Un clin d’œil aux « timides essais de la vieille Clara ».

En introduction, un concerto de Carl Reinecke qui fut trente-cinq ans directeur musical du Gawandhaus et professeur au conservatoire, dont on dit que le conservatisme a bloqué l’évolution musicale de la ville. Il est vrai que malgré Franz Liszt, Richard Wagner, Hector Berlioz qu’il a rencontré à Paris, il s’est fait le gardien de l’héritage de Mendelssohn et surtout de Robert Schumann. Ce pianiste et compositeur très influent a été oublié dès après sa mort. On le redécouvre avec bonheur au point de penser qu’après le trio des classiques viennois (Joseph Haydn, Mozart, Beethoven), on pourrait parler des trois romantiques de Leipzig (Mendelssohn, Schumann, Reinecke).

Clara Schumann, Concerto pour piano et orchestre en Ia mineur, opus 7, Finale (extrait) , plage 8.

1-3. Carl Reinecke, Pièce de concert pour piano et orchestre.

4. Robert Schmann, Thème et variations en mi bémol majeur WoO 24, « Geistervariationen ».

5. Clara Schumann, Variations sur un thème de Robert Schumann, opus 20.

6-8. —, Concerto pour piano et orchestre, en la mineur, opus 7.

 Jean-Marc Warszawski
20 septembre 2021


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Mardi 21 Septembre, 2021 14:52