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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— La musique instrumentale de Beethoven à Schubert.

Ludwig van Beethoven - Les symphonies

Ouvertures et fantaisie orchestrale de Ludwig van Beethoven

Leonore I, II, III et Fidelio ;  Coriolan, opus 62 et Egmont, opus 84 ; Ruines d’Athènes, opus 113 ; Créatures de Prométhée, opus 43 ; La Bataille de Vittoria (ou de Wellington), opus 91.

Sauf à évoquer quelques modestes pièces (menuets, allemandes, contredanses, écossaises ou marches) écrites pour orchestre ou ensembles d’instruments à vent, les autres œuvres orchestrales de Beethoven se résument pour l’essentiel à des ouvertures, parmi lesquelles quelques partitions qui se sont fait une belle place dans les programmes de concerts.

Leonore I, II, III et Fidelio

« Cet opéra me vaudra la couronne de martyr », dit un jour Beethoven de son Fidelio, et, de fait, entre 1803 et 1814, il en livra trois versions successives. De même, il élabora successivement quatre ouvertures pour cet opéra qui lui tenait tant à cœur. Celle dite Leonore I (opus 138), composée en 1807, ne fut publiée qu’en 1832 (d’où son numéro d’opus) et ne fut jamais jouée de son vivant. Écrite dans un style de libre improvisation, Beethoven n’en était pas satisfait, et en effet, malgré une certaine vaillance conquérante, elle fait pâle figure à côté des suivantes. Leonore II (opus 72 b), la plus développée des quatre, fut jouée lors de la création de l’opéra en 1805. Elle a rarement les honneurs du concert, ce que l’on peut regretter car il s’agit d’une belle construction qui annonce et concentre dans sa totalité le drame à venir. Plus concise, mieux équilibrée surtout que Leonore II, Leonore III (opus 72 c), composée en 1806 pour une reprise de l’opéra, est celle qui s’est imposée dans les salles de concert. Son matériel thématique emprunte à divers passages de l’opéra, mais son ampleur et son style symphonique lui conférent les vertus d’une œuvre autonome dont on ne peut qu’admirer la puissante architecture et le dynamisme. Quant à la dernière version, la plus brève des quatre, qui a eu droit à l’appellation d’Ouverture de Fidelio (opus 72), elle date de 1814, lors du dernier remaniement de l’opéra. « Aucun des thèmes de l’opéra ne s’y retrouve : ce n’est pas une ouverture dans le sens classique du terme, mais bien une pure introduction symphonique, à travers laquelle le compositeur prend possession du monde sonore de l’œuvre. »235

Ludwig van Beethoven, Leonore III, opus 72 c, par le Wiener Philharmoniker, sous la direcion de Karl Böhm (1975).

Coriolan (opus 62) et Egmont (opus 84)

Tout autant sinon plus que les précédentes, et ce n’est que justice, ces deux ouvertures bénéficient d’une grande popularité auprès du public des concerts. Malgré sa brièveté, celle de Coriolan, qui date de 1807 et n’a rien à voir avec Shakespeare (elle fut conçue pour servir d’introduction musicale à une tragédie d’un certain von Collin), préfigure de façon étonnante les poèmes symphoniques à trame psychologique qui seront longtemps à l’honneur au xixe siècle. Tout aussi concise, la puissante Ouverture d’Egmont, que Beethoven écrivit en 1810 en vue d’une reprise du drame du même nom de Goethe, constitue l’introduction d’une musique de scène d’une belle éloquence, comprenant neuf épisodes dont le dernier s’intitule « Symphonie de victoire ». D’un héroïsme conquérant, elle offre un condensé saisissant de l’œuvre de Goethe dans ses dimensions dramatique et psychologique.

Ludwig van Beethoven, Ouverture de Coriolan, opus 62, par le Berliner Philharmoniker, sous la direction d'Herbert von Karajan (DG 1986)

 

Ludwig van Beethoven, Ouverture d'Egmont, opus 84, par le Berliner Philharmoniker, sous la direction de Claudio Abbado.

Autres ouvertures

Parmi les autres ouvertures, deux sont éventuellement à distinguer. Il s’agit d’une part de celle des Créatures de Prométhée (opus 43), musique de ballet en seize numéros composée en 1800-1801 ; cette courte pièce d’une belle ardeur prélude à une œuvre assez peu propice à la danse, dans laquelle le mythe prométhéen a été « rationalisé dans le sens des Lumières » (Marc Vignal) et conduit à une conclusion optimiste célébrant l’harmonie universelle (on ne s’étonnera pas que Beethoven en ait repris un thème dans le finale de la symphonie « Héroïque »). Il s’agit d’autre part de celle des Ruines d’Athènes (opus 113), tirée d’une musique de scène écrite en 1811 pour une pièce de Kotzebue.

Ludwig van Beethoven, Ouverture de Prométhée, opus 43, par le ou Philharmonia Orchestra, sous la direction d'Otto Klemperer (1959).

Bien qu’elle soit du tout dernier Beethoven, on sera sans doute plus réservé sur La Consécration de la maison (opus 124), ouverture d’un éclat un peu trop extérieur dont on retiendra avant tout l’allegro fugué. De même, malgré son titre de « grande ouverture », on ne sera guère subjugué par Zur Namensfeier ( « Pour un Jour de fête », opus 115), même si cette pièce utilise une idée que Beethoven avait envisagé de retenir pour l’Ode à la joie. Enfin, même si elle se veut riche en couleurs, on ne fera pas grand cas de König Stephan (« Le Roi Etienne », opus 117), autre contribution du musicien à l’œuvre de Kotzebue, écrite comme Les Ruines d’Athènes en vue de l’inauguration du théâtre impérial de Pest.

La Bataille de Vittoria (opus 91)

Il s’agit ici d’une fantaisie pour orchestre, et Beethoven l’écrivit sur commande, après les premières défaites subies par Napoléon, pour célébrer la victoire de Wellington sur l’armée française (d’où son titre alternatif de Victoire de Wellington). On sait que cette pièce en deux parties (« La Bataille » et « La Victoire ») eut un retentissant succès à sa  création en décembre 1813, et contribua significativement à la gloire de Beethoven, mais ses débordements triomphalistes ont fait long feu : « Beaucoup de bruit pour rien, sera-t-on tenté de dire : car l’œuvre — typiquement « pièce de circonstance » — ne mérite plus l’écoute qu’à titre de curiosité. »236

Ludwig van Beethoven, La Bataille de Vittoria, par le Berliner Philharmonker, sous la direction d'Herbert von Karajan.

 

plumeMichel Rusquet
2 janvier 2020

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Notes

235. Boucourechliev André, Beethoven,  « Solfèges », Éditions du Seuil, Paris 1963, p. 57.

Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique » (270), novembre 2002.


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