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Paris, Opéra-Comique, 23 avril 2017 —— Frédéric Norac.

Soirée des Mille et une nuits : Mârouf, savetier du Caire

Mârouf. Photographie © Vincent Pontet.

Cinq ans après sa création in loco, la production de Mârouf, savetier du Caire d’Henri Rabaud fait retour à l’Opéra-Comique via Bordeaux où elle a été reprise en février dernier. Le livret de Lucien Nepoty, inspiré de l'univers poétique des Mille et une nuits, émaillé d'invocations au nom d'Allah, le Très-Haut, le Miséricordieux, qui évoque un Islam fataliste et léger, et exalte l'image d'un dieu bienveillant et providentiel aux pauvres, a pris un poids qu'il n'avait pas en 2013 et résonne singulièrement aujourd'hui, nous rappelant, avec une pointe de nostalgie, que le monde musulman évoquait en 1914 une culture raffinée, dont la sensualité n'était pas bannie et le goût de la vie une valeur essentielle.

On retrouve avec plaisir la mise en scène poétique de Jérôme Deschamps et son humour décalé qui transpose dans un univers de livre d'images le conte du savetier misérable balloté par le destin qui, abusant de la crédulité générale, épouse une princesse qui tombe amoureuse de lui et à qui Dieu envoie la caravane fantasmée qui doit le rendre richissime.

Mârouf. Photographie © Vincent Pontet.

Le spectacle n'a rien perdu de sa fraîcheur et doit beaucoup aux costumes farfelus et aux coiffures extravagantes de Vanessa Sannino, à la scénographie simple et judicieuse d'Olivia Fercioni et aux chorégraphies de Franck Chartier qui animent le plateau avec une fantaisie sans prétention.

Malgré quelques cheveux gris supplémentaires à l'approche de la cinquantaine, Jean-Sébastien Bou a gardé toute son agilité scénique, son ardeur quasi juvénile, la souplesse de son baryton-Martin et son sens des demies teintes qui viennent nous rappeler qu'à l'instar de Jean Périer, le créateur du rôle-titre, il a été (et reste ?) un grand Pelléas. La tessiture de la Princesse Saamcheddine convient idéalement à la jeune Vannina Santoni qui se révèle en outre une actrice d'une grande finesse, en passe de s'affirmer comme un des grands sopranos lyriques de sa génération. Succédant à Nicolas Courjal, Jean Teitgen parfait de rondeur vocale et de bonhomie s'impose sans esbroufe dans le rôle du Sultan tandis que Franck Leguérinel endosse pour la seconde fois avec bonheur les oripeaux du perfide Vizir qu'il incarne de façon irrésistible. Citons encore l'excellente Fattoumah, la première femme acariâtre de Marouf, joué avec délectation par Aurelia Legay et le Fellah de Valerio Contaldo dont la tessiture stratosphérique se déploie merveilleusement dans air d'un érotisme subtil au dernier acte.

La partition de Rabaud est assez déconcertante dans son éclectisme, largement ancrée dans la tradition orientaliste et l'héritage de Massenet, mais flirtant avec la modernité, non tant dans son usage de la modalité ou d'harmonies détonantes que dans cette façon de faire porter l'expressivité par la texture orchestrale qui semble se dérouler comme un tapis flottant sous le chant plutôt que le soutenir à proprement parler. Si parfois notamment dans la scène du dévoilement de l'acte III, le compositeur semble rejoindre Debussy, hormis dans les passages les plus lyriques comme les airs du rôle-titre, c'est plutôt du côté de Wagner que semble regarder par moment sa partition.

Mârouf. Photographie © Vincent Pontet.

À la tête de l'Orchestre national de Bordeaux Aquitaine et des chœurs de l'Opéra de Bordeaux dont il est désormais le patron, Marc Minkowski offre une lecture de haut vol de cette partition oubliée qui donne envie d'en entendre un peu plus d'un compositeur largement méconnu.

Prochaines représentations les 25, 27 et 29 avril.

Frédéric Norac
23 avril 2018

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Les régents de la musique française : Musique pour la duchesse du Maine Le retour d'Auber : Le Domino noir à l'Opéra-ComiqueRépertoire erroné ? Stanislas de Barbeyrac aux « Lundis de l'Athénée »Opérette soviétique : Moscou Paradis d'après ChostakovitchPasticcio postmoderne : Et in Arcadia ego : création sur des musiques de Jean-Philippe RameauVaudeville Charles X : le comte Ory a l'Opéra-ComiqueTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

 

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bouquetin

Mercredi 25 Avril, 2018 0:51