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Monaco, 19 novembre 2018 —— Jean-Luc Vannier

Le programme secret de Denis Matsuev au Monte-Carlo Jazz Festival

Photographie © Berin Iglesias Art.

« Projet spécial et surprise musicale » pouvions-nous lire sur le programme distribué, dimanche 18 novembre salle Garnier, pour la venue du célèbre pianiste russe Denis Matsuev au Monte-Carlo Jazz Festival. Une soirée organisée conjointement par la SBM et par la société Berin Iglesias Art : celle-là même qui avait mis sur pied en février 2018 le récital de la soprano Anna Netrebko et de son compagnon azéri, à la ville comme à la scène, Yusif Eyvasov. La communauté russe de Monaco se pressait donc pour assister au spectacle après avoir observé celui d’un somptueux feu d’artifice tiré en l’honneur de la Fête nationale monégasque.

Il était vain, en revanche, de chercher à s’enquérir du programme : tout au plus apprenions-nous par une égérie de cette société russe du Rocher qu’il s’agirait « d’un mix de musique classique et jazz susceptible d’osciller entre le répertoire de Sergueï Rachmaninov, des extraits du Peer Gynt d’Edvard Grieg et… Hava Nagila » !

Après une très brève introduction classique, littéralement expédiée (« Now that the classical part has been done » a expliqué, visiblement soulagé, le musicien), Denis Matsuev a présenté ce qui devait être le fil rouge de son spectacle : une série ininterrompue d’improvisions mêlant pièces classiques et jazz.

Une série débutant par un extrait de Rhapsodie in Blue de George Gershwin en compagnie d’Andreï Ivanov, Artiste honoraire de la Russie, à la contrebasse et d’Alexandre Zinger, diplômé de l’École de musique de Rostov, à la batterie. Nous avons immédiatement noté le changement d’attitude physique du pianiste après son mini récital classique : de la posture plutôt inflexible, essentiellement frontale et céphalique vis-à-vis du piano, le corps du virtuose s’est comme libéré, se mouvant sans entrave dans un espace désormais élargi, vibrant aux rythmes et aux sons des autres instrumentistes. Relevons en outre dans ce morceau : un Swing audacieux de la contrebasse puisant dans tout ou partie de l’instrument des sonorités inhabituelles, un emballement frénétique du piano à même, s’il en était besoin, de rappeler la virtuosité de celui qui a triomphé en 1998 lors du 11e Concours International Tchaïkovski, puis, comme en écho, d’impressionnantes acrobaties percussives de la batterie.

Changé en maître de cérémonie, Denis Matsuev a ensuite présenté au public ébahi une très jeune saxophoniste: âgée d’à peine 11 ans, encore en études à l’École de Musique Frédérique Chopin de Moscou, Sofia Tiourina n’en est pas moins — déjà— lauréate du 17e Concours international télévisé de musique « Casse-Noisette » dans la catégorie « Instruments à vent et percussions » et lauréate du Grand Prix des jeunes talents de la Russie. Elle était accompagnée par Aïdar Gaïnoullin, joueur d’accordéon, vocaliste et compositeur, membre de l’Académie de cinématographie. De ce dernier, mentionnons les habiles glissandos, notamment dans son interprétation très incarnée du Libertango d’Astor Piazzolla (1921-1992) entre échos très mélodiques, respiration haletante, si incroyablement proche du souffle humain, et rythme à mains nues sur l’instrument. Un grand moment de créativité. La jeune prodige exécutera, quant à elle, un très aérien et néanmoins très maitrisé Vol du bourdon de Rimski-Korsakov.

Sofia Tiourina. Photographie © Berin Iglesias Art.

Deux « mix », aussi effrontés qu’intrépides, ont permis d’entendre une nouvelle version, par l’ensemble des musiciens, des « Danses polovtsiennes » extraites de l’opéra Prince Igor d’Alexandre Borodineavec, en fond rythmique et sonore, les battements du Take Five, composition du saxophoniste Paul Desmond pour l’album Time Out du Quartet de Dave Brubeck. Le plus surprenant pour les puristes était encore à venir : après une exécution d’une création personnelle « Samba of Baïkal», puis celle d’une ballade aux accents très intimistes, Denis Matsuev a proposé une détonante version jazzy du 24e Caprice de Nicolo Paganini où la preuve d’une nécessaire et talentueuse dextérité pianistique nous fut copieusement administrée. Ovation garantie.

Finalement, dans son introduction, Denis Matsuev avait déclaré que l’on « assimilait parfois son répertoire classique à son épouse et le jazz à sa maitresse ». Hier soir, à l’évidence, sa maitresse avait la préférence.

 

Monaco, le 19 novembre 2018
Jean-Luc Vannier

 

 

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