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Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, 25 janvier 2019 —— Frédéric Norac.

Petits moyens pour un grand opéra : Amadigi de Händel

Photographie © Michel Bunel.

L’intrigue d’Amadigi se résume assez vite : la magicienne Mélissa est amoureuse du chevalier Amadis qui lui-même est amoureux de la belle Oriana dont il est aimé en retour. Elle les retient tous deux dans son royaume d’illusions et tente par ses artifices de les séparer et de s’approprier le cœur du héros, se servant au passage du rival d’Amadis, le Prince Dardano, amoureux d’Oriana, pour faire croire à son infidélité. Sur cette donnée — recyclée du livret de Quinault pour l’opéra homonyme de LullyHändel a composé une de ses plus belles partitions, traversée de tous les affects possibles liés à l'amour : tendresse, désir, passion, jalousie, fureurs, désespoir, prière. Cette partition de 1715 est rarement entendue, et encore moins montée, sans doute à cause de l’austérité du propos et du peu d’action dans le livret susceptible d’animer le plateau, sinon dans la dimension magique et le jeu des machines.

Pour cette production itinérante, Bernard Lévy a imaginé un dispositif léger, une simple boîte presque sans accessoires (un banc et une chaise) qu’animent les projections vidéo de Patrick Garbit, réalisant un décor qui change au fil des scènes et varie subtilement les ambiances de cet opéra entièrement basé sur l’élément psychologique, mais introduisant juste ce qu’il faut de spectaculaire pour les scènes où se déploie la magie. Il a en revanche tout investi dans un travail d’acteurs approfondi qui, associé à un traitement vraiment théâtral des récitatifs, suffit à caractériser les personnages et à leur donner épaisseur et crédibilité, tout en se permettant ça et là un rien d’ironie à l’égard des poncifs et des clichés de l’opéra séria. 

Amagidi. Photographie © Michel Bunel.

Le résultat est très réussi et d’une grande force d’évocation. Si le plateau n’est pas absolument exceptionnel au plan vocal, au moins adhère-t-il entièrement au propos. La moins convaincante reste la mezzo Sophie Pondjiclis dans le rôle-titre à qui on saura gré d’avoir remplacé dans un très court délai le contre-ténor Rodrigo Ferreira, mais à qui manque la liberté dans la vocalise et la bravoure qui feraient oublier un timbre assez ordinaire. Aurélia Legay (Melissa) compense par une présence théâtrale qui ne cesse de gagner en force et en présence ce que l’émission peut avoir d’un peu brut. Il en va de même de l’Oriana d’Amel Brahim-Djelloul qui s’affirme progressivement comme une authentique prima donna et atteint vraiment au sublime dans ses derniers airs. Dans le rôle assez réduit de Dardano, Séraphine Cotrez fait valoir un timbre d’authentique contralto, séduisant dans son âpreté et son androgynie. Le plateau et la réussite globale du spectacle doivent beaucoup à la direction précise, engagée et expressive de Jérôme Correas qui, à la tête de son ensemble des Paladins, d’une grande richesse de couleurs, révèle toute la variété et la richesse de l’écriture de Haendel. À en croire les critiques — plutôt négatives — des premières représentations, le spectacle s’est considérablement bonifié depuis et a d’évidence trouvé dans la bonbonnière de l’Athénée, un théâtre à sa dimension où il peut déployer toute sa séduction certes subtile, mais parfaitement efficiente. 

Prochaines représentations à l'Athénée 29 et 30 janvier.

Spectacle en tournée : Maisons-Alfort (2 février), St Quentin en Yvelines (6 et 7 février), Massy (16 et 17 février), Compiègne (8 mars).

 

 

 

Frédéric Norac
25 janvier 2019

 

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