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Musique de chambre à Giverny 2018, 6e concert : Tous les matins du monde

Soeun Kim, Nikita Boriso-Glebsky, Mai Tategami, Luka Ispir, Tanja Sonc, Ryo Kojima, Xavier Jeannequin, Kei Tojo, Wonhae Lee, au musée des impressionnismes de Giverny. Photoghraphie @ Jean-Jacques Moreau.

Giverny, 19 août 2018 —— Jean-Marc Warszawski.

Tous les matins du monde est le titre d’un roman de  Pascal Quignard et d’un film réalisé par Alain Corneau, tous deux de 1991, ayant comme sujet les relations du violiste Jean de Sainte-Colombe (actif en 1658-1687) avec le souvenir de son épouse, son affliction inconsolable, son élève Marin-Marais, la musique, et le pouvoir politique. Le film, est servi par une brochette d’acteurs de premier plan : Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Michel Bouquet, Anne Brochet, et surtout l’actrice principale, la musique interprétée par Jordi Saval. Il a été un formidable tremplin pour la popularisation de la musique ancienne et de la viole de gambe. L’intrigue n’y est pas vraiment optimiste, la passion de la musique évolue entre un professeur hypocondriaque et un élève déloyal. Le livre est encore moins optimiste, où Tous les matins du monde sont sans retour.

Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto pour deux violoncelles et orchestre à cordes, en sol mineur, RV 531 : 1. Allegro, 2. Largo, 3. Allegro. Michel Strauss, Lisa Strauss (violoncelles concertants), Soeun Kim, Luka Ispir, Nikita Boriso-Glebsky (premiers violons), Tanja Sonc, Ryo Kojima, Mai Tategami  (seconds violons) Xavier Jeannequin, Kei Tojo (altos), Joris Van den Berg, Wonhae Lee (violoncelles), Ulysse Vigreux (contrebasse).

Vivaldi c’est le classicisme vénitien. Son œuvre a eu une influence considérable. Prêtre exempté d’officier, il fut compositeur d’église et d’opéras à succès, professeur et maître de musique de l’orchestre virtuose de l’Ospedale della Pietà, un orphelinat de filles, s’est fait impresario et directeur de théâtre, comme son père, il était un virtuose du violon : une vie aussi trépidante que peut l’être sa musique. Il a composé une quarantaine de doubles concertos et vingt-sept concertos pour violon, mais un seul double concerto pour deux violoncelles, sur le modèle courant de trois mouvements : vif, lent, vif. Les deux violoncelles sont à égalité face à l’orchestre. Un débat public en sorte. Des épisodes et le mouvement lent dans son ensemble sont réservés aux seuls violoncelles soutenus par le continuo.

Lisa et Michel Strauss, Joris van den Berg, dans le concerto pour deux violoncelles de Vivaldi. Photoghraphie @ Jean-Jacques Moreau.

Domenico Gabrielli (1659-1690), Sonate pour violoncelle et basse continue en sol majeur (basse continue réalisée pour le piano par Ludwig Landshoff)  : 1. Grave, allegro, grave, presto, adagio, allegro non troppo, 2. Largo, 3. Prestissimo. Zlatomir Fung (violoncelle), Adèle Gornet (clavecin), Wonhae Lee (violoncelle).

Il ne faut pas confondre Domenico Gabrielli, « Mingéin dal viulunzèl » (« Méno » le violoncelle) avec d’autres Gabrielli, comme le réputé Vénitien Giovanni, organiste de Saint-Marc de Venise en 1584. Lui est Bolognais, a composé une quinzaine d’opéras, des oratorios, une cinquantaine d’œuvres liturgiques, en fait assez peu de musique purement instrumentale, notamment pour son instrument dont il est un virtuose.

Marin Marais (1656-1728), La rêveuse, no 82 du 4e livre de pièces pour (1 à 3) violes, 1717 ; Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont-de-Paris », no 3, de La gamme et autres morceaux de symphonie, pour viole de gambe, violon et clavecin, 1723. Valentin Tournet (viole de gambe), Aylen Pritchin (violon) et Adèle Gornet  (clavecin).

Fils de cordonnier, donc mal chaussé, Marin Marais a été placé à la maîtrise de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris en 1667, qu’il quitte cinq ans plus tard en raison de la mue de sa voix. Contrairement à la fiction de Quignard, Marin Marais n’est pas « jeté » de la maîtrise. En général, à la mue, les enfants recevaient le pécule accumulé pour les nombreux services qu’ils accomplissaient (messes, enterrements, processions, etc.), et étaient placés pour apprendre un métier.

Marin Marais a peut-être tenté avec la viole de gambe de retrouver sa voix perdue, une jolie proposition, mais il a surtout fait comme de nombreux maîtrisiens, il a choisi le métier de musicien. Il a été pendant six mois un élève de Jean de Sainte-Colombe qui habitait le même quartier que lui, et entre en 1675 dans l’orchestre de l’Opéra de Paris, une première marche vers un grand succès de violiste à la cour. Dans les premières années du xviiie siècle, une autre étoile de l’instrument l’éclipse peu à peu : Antoine Forqueray.

La rêveuse et la Sonnerie sont deux grands moments musicaux du film d’Alain Corneau. Le premier, un rêve plutôt triste, donne raison à Quignard : c’est une élégie sans paroles qui cherche à être voix. La seconde évoque une volée de cloches, fa, mi, , ou ding dingue, dong pour les réfractaires au solfège, ininterrompue du début à la fin. Cette obstination de la formule des dessous (de l’accompagnement) est une passacaille dont la solide stabilité permet plus de fantaisie dans la partie soliste et les contrechants.

Philippe Hersant (né en 1948), Variations sur la « Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont », de Marin Marais (1998), Trio pour violon, violoncelle et piano, commande de Radio-France, créées par les dédicataires de l’ensemble Ader, Alice Ader, Christophe Poiget et Isabelle Veyrier, le 11 décembre 1998, Salle Olivier Messiaen, Maison de Radio-France, à Paris. Antoine de Grolée (piano), Tanja Sonc  (violon), David Bordeleau (violoncelle).

En 1998, Philippe Hersant, a ajouté une variation à l’œuvre de Marin Marais, avec le même effectif version moderne, mais il distribue la passacaille à toutes les parties, diversifie l’obstination du tempo, et évoque d’autres carillons célèbres comme « La grande porte de Kiev » le no 16 des Tableaux d‘une exposition, de Modest Moussorgski, ou encore le « Carillon », no 4 de la suite l'Arlésienne de Georges Bizet.

Philippe Hersant au musée des impressionnismes de Giverny. Photographie © musicologie.org.

 

Jean-Marc Warszawski
30 août 2018

 

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Mercredi 29 Août, 2018 22:05