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Ouverture du 15e Musique de chambre à Giverny

Premier concert 2018 de musique de chambre à Giverny, à la mémoire de Macha Belooussova. Comme d'habitude, le nombreux public a été ravi, entre l'extraordinaire virtuosité de mise en place du quatuor de Cherubini, et la virtuosité acclamée du premier violon dans celui de Paganini. Quant au beau mouvement de quatuor « Crisantemi » de Puccini, il fut l'occasion d'une pensée en souvenir de Macha Belooussova, qui de longues années durant a co-dirigé le festival.

Le thème de cette cession 2018 est l'Italie.

Soeun KimSoeun Kim, auditorium du musée des impressionnistes, 16 août 2018.

Dès le 17e siècle, les musiciens italiens ont envahi l’Europe, mais la France résiste, avec en tête de manif un italien, Giovanni Battista Lulli et s'offre une joyeuse polémique au début des années 1750. La fin de l’Ancien-Régime tout en bouleversant le métier de musicien, infléchit les goûts esthétiques. Le style cosmopolite des cours princières laisse peu à peu place à des rapprochements avec les pratiques populaires locales et les récits nationaux qu’on commence à élaborer. Mis à part les interprètes-compositeurs, comme le claveciniste Domenico Scarlatti, les violonistes Antonio Vivaldi, Nicolo Paganini, ou le pianiste Muzio Clementi, les Italiens sont surtout les maîtres de l’art lyrique, de l'opéra-bouffe à la grande messe des morts, comme le célèbre ancêtre Claudio Monteverdi, maître de chapelle de Saint-Marc de Venise d’une main, ayant porté de l’autre, sur les fonts baptismaux profanes en 1607, ce que l’on considère être le prototype de l’opéra.

Même si l’italianisme, le goût mélodique du belcanto, de l’ornement, ont imprégné toute la musique dite savante occidentale, Bach, Mozart, ou Beethoven compri, on n’attend pas particulièrement les Italiens dans la musique de chambre, et pourtant…

Ulysse Vigrieux Ulysse Vigrieux, auditorium du musée des impressionnistes, 16 août 2018.

Gioachino Rossini (1792-1868), Sonate pour cordes no 1 en sol majeur.

Nikita Boriso-Glebsky, Mai Tategami (premiers violons), Luka Ispir, Soeun Kim (seconds violons), David Bordeleau, Joris Van den Berg (violoncelle), Ulysse Vigreux (contrebasse).

Quand on parle de restauration à propos de Rossini, il ne s’agit ni de Louis XVIII ni de Charles X, pour lesquels Luigi Cherubini composa messes de couronnement et de Requiem, mais d’affaires hôtelières. Rossini, dont le père était républicain, trompette, et inspecteur des boucheries à Logo, en Italie, a donné son nom à la préparation ornementée d’un tournedos.

Affairé à ses Péchés de vieillesse, des oeuvres de musique de chambre souvent humoristiques, voire potaches aux titres désopilants, préparant sa postérité, Rossini écrivit dans ses mémoires avoir composé les six « terribles » sonates encore enfant et sans éducation musicale chez son ami Agostino Triossi (1781-1822) près de Ravennes, et les avoir joué avec les moyens du bord comme des chiens (lui-même second violon).  Avait-il quelques années de plus ? A-t-il révisé ces pièces plus tard ? En tout cas, l’opéra n’est pas encore passé par là, n’a pas encore inversit son atelier.

Dans l’esprit divertimento au goût italien, voici un merveilleux hommage aux aînés Vivaldi, Haydn et Mozart.

Le thème guilleret plongeant de sa branche en valeurs pointées donne le ton. De chants joyeux en pas de danse, se prépare un extraordinaire troisième mouvement virtuose de fête frénétique de village, où la tarentelle n’est pas bien loin.

Ryo KojimaRyo Kojima et Soeun Kim, auditorium du musée des impressionnistes, 16 août 2018.

Luigi Cherubini (1760-1842), Quatuor à cordes no 1 en mi bémol majeur (1814)

Ryo Kojima (violon), Soeun Kim (violon), Xavier Jeannequin (alto), Joris Van den Berg (violoncelle).

En conséquence d’une rumeur, Joseph Haydn décède une première fois en 1805, quatre ans avant une seconde fois qui semble jusqu’à aujourd’hui être définitive. Luigi Cherubini eut donc l’honneur de composer un magnifique Chant sur la mort de Haydn, puis de le rencontrer à Vienne au moment de l’entrée des troupes napoléoniennes dans la ville. Une rencontre musicalement symbolique entre le père reconnu du style classique viennois traversé d’italianisme et cet italien gagné au classicisme viennois. Lassé des pizzas, Cherubini avait cherché son bonheur dans les hamburgers de Londres pour le trouver entre deux dépressions à Paris. Il est un des inspecteurs créateurs  du Conservatoire national de musique de Paris en 1795 (directeur 27 ans plus tard), a bien sûr composé des opéras, aussi de somptueux hymnes, cantates, messes, pour la Révolution, la République, l’empereur, les deux rois restaurateurs. Surtout, il a su franciser son style italiano-viennois, en redressant les arabesques mélodiques, en rabattant sur les ornementations et les divers habillages digressifs, pour aboutir à un style incisif, à forte émotivité et influent.

Il n’a composé qu’une symphonie commanditée par la Société royale de Londres, ne voulant pas en composer une seconde pour éviter la comparaison avec Beethoven, et s’est mis sur la tard à la musique de chambre. Si elle n’occupe pas une grande place dans son catalogue, on y retrouve la solidité formelle classique, le goût des effets théâtraux, un véritable échange à égalité entre les instruments, et des tutti très orchestraux. Scènes lyriques sans paroles ?  En tout cas, ici tout le monde est au boulot.

Joris Joris van en Berg, auditorium du musée des impressionnistes, 16 août 2018.

Giacomo Puccini (1858-1924), Quatuor à cordes « Crisantemi » (1890)

Tanja Sonc (violon), Luka Ispir (violon), Vladimir Bukac (alto), Lisa Strauss  (violoncelle).

Giacomo Puccini appartient à la cinquième génération d’une dynastie de musiciens. Destiné à poursuivre la tradition musicale dans la charge de maître de chapelle à la cathédrale de Luca, il est tout d’abord organiste, puis se tourne vers le théâtre, compose son premier opéra en 1884, il a 26 ans. Parmi ses treize œuvres lyriques, Manon Lescaut, La bohème, Tosca, Madama Butterfly, Turandot, n’ont jamais quitté l’affiche, et lui valent la réputation d’être le plus important des compositeurs Italiens après Giuseppe Verdi. Ce maître de l’art lyrique et de l’orchestre, a peu composé de musique instrumentale, son quatuor « Crisentemi » (les chrysanthèmes), dans un arrangement pour orchestre à cordes est souvent joué.

C'est un court mouvement de quatuor, composé selon Puccini en une nuit, après la mort, le 18 janvier 1890, et à la mémoire d’Amedeo Ferdinando Maria di Savoia, qui fut un temps roi d’Espagne. Scène lyrique sans paroles ? Sans aucun doute : un chef d’œuvre au souffle poignant.

Nikita Nikita Boriso-Gelbsky, auditorium du musée des impressionnistes, 16 août 2018.

Niccolò Paganini (1782-1840), Quatuor à cordes no 1 en mineur opus 1a

Nikita Boriso-Glebsky (violon), Mai Tategami (violon), Kei Tojo (alto), Wonhae Lee (violoncelle).

Fils d’un docker génois, on a pensé, sans qu’on puisse vraiment le prouver,  que Paganini, était une incarnation du diable. Fin août 1835, quatre ans après ses triomphes parisiens, on annonce sa mort suite au choléra, la presse parisienne publie de nombreux articles nécrologiques. Il ressuscite aussitôt pour être nommé surintendant de la musique à la cour de la duchesse de Parme, Maria Luigia, la veuve de Napoléon. À sa mort, la dernière en date, le 27 mai 1840, l’évêque de Nice qui s’y connaît en ces choses, refuse l’extrême onction à ce personnage sans Dieu. Il ne peut être inhumé dans un cimetière. Son corps embaumé sera baladé en divers endroits pendant 36 ans, avant qu’on lui fasse place au cimetière de Parme.

Malgré un catalogue conséquent, où violon et guitare sont à l’honneur, ses talents de compositeur n’ont pas grande postérité. Pour sa gloire, il compose à l’âge de 12 ou 13 ans, on est en 1794, 14 variations sur la Carmagnole.

Plus tard, il compose une grande sonate « Napoleone », pour l’anniversaire de l’empereur. Mais en 1815, La République de Gènes est dissoute. Quand le roi Vittorio Emanuele est de passage à Gênes, Paganini qui veut peut-être faire oublier sa réputation de jacobin, dirige un concert en son honneur et lui dédie trois quatuors à cordes, dont celui-ci, où le premier violon, sagement accompagné fait tout le boulot de bout en bout, ce qui justifie l’inégalité des cachets.

 

Musiqe de chambre à Giverny

Jean-Marc Warszawski
16 août 2018

 

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bouquetin

Vendredi 24 Août, 2018 15:16