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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte

I. De la Renaissance au premier xviie siècle

Espagne et Portugal

Sebastián Aguilera de Heredia (1561-1627)

À Saragosse, où il fut organiste de la cathédrale à partir de 1603, il a été le pilier fondateur d'une grande école d'orgue dite aragonaise dont le rayonnement devait se poursuivre jusqu'au début du xviiie siècle. Si en son temps il fut surtout reconnu et célébré pour ses œuvres vocales, en particulier pour son recueil Canticum Beatissimae Virginis Deiparae Mariae, avec le temps son œuvre d'orgue, elle-même totalement dédiée à l'église,  se révèle tout aussi importante.

Œuvres pour orgue

Assumant une sorte de descendance par rapport à Cabezon, mais en apportant son lot de nouveautés, Heredia nous a laissé à son tour une série de tientos, qui séduisent par leur diversité en terme de conception et de construction comme par leur écriture riche et déliée, à l'exemple du Tiento grande, « remarquable par l'enchaînement de ses quatre sections contrastantes, ses audaces rythmiques et ses changements de mesure. »1

On y trouve à l'occasion une forme de parenté avec les Toccatas pour l'élévation de Frescobaldi, notamment dans tel ou tel de ses trois Tientos de falsas qui sont des « œuvres polyphoniques denses et relativement lentes, faisant intervenir de fortes et nombreuses dissonances, des progressions harmoniques inattendues, des intervalles inusités, de fausses relations, etc. »2

De plus, comme chez Correa de Arauxo, quatre de ces tientos, les tientos de medio registro, retiennent l'intérêt sous l'angle technique en même temps qu'historique : « l'innovation technique, capitale dans l'histoire de l'orgue ibérique, de la partition du clavier (souvent unique) de l'instrument, apparue dans les années 1560-1570, permettait d'opposer, sur le même clavier et avec des registrations différentes, une partie soliste — chez Aguilera de Heredia, toujours la main gauche — à un accompagnement. »3

Parmi les autres œuvres du compositeur, on relève des pièces composées sur des hymnes religieuses, et surtout —  car c'est l'une des plus jouées de son catalogue — une œuvre d'un genre particulier proche du quodlibet, son Obra de 8. Tono : Ensalada.

Sebastián Aguilera de Heredia, Obra de octavo tono : Ensalada, José Jesus Ciero Polvillo, orgue Joseph Corchado, 1735, Real Colegiata de San Hipolito, Cordoba.

 

Sebastián Aguilera de Heredia, Tiento de falsas de quarto tono.

 

Sebastián Aguilera de Heredia, Tiento grande de quarto tono, Raul Prieto Ramirez, orgue Rieger, Konzertsaal im Turm, Stuttgart.

 

Sebastián Aguilera de Heredia, Tiento de batalla de 8 tono, Les Sacqueboutiers de Toulouse.

Notes

1. Michel Roubinet, dans Gilles Cantagrel (dir.), « Le guide de la musique d'orgue », Fayard, Paris 2003 , p. 9.

2. Ibid., p. 9.

3. Ibid., p. 10.

Michel Rusquet 2012

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Lundi 9 Décembre, 2019