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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte

I. De la Renaissance au premier xviie siècle

Italie

Giovanni Gabrieli (1557-1612)

Ce nom de Gabrieli est invariablement associé à Venise, et plus précisément aux fastes musicaux de San Marco, à une époque où la Sérénissime République brillait encore de tous ses feux et affichait un goût très prononcé pour la fête et toutes formes de célébrations publiques.

En fait de Gabrieli, on se doit de citer les deux : l'aîné Andrea (v.1520-1586) et son neveu et élève Giovanni. Nés l'un comme l'autre à Venise, tous deux organistes et compositeurs, ils jouèrent tour à tour le rôle de grand ordonnateur de ces festivités musicales, passant le plus clair de leur existence dans la cité des doges après des séjours en Allemagne au contact du grand Roland de Lassus.

Les deux Gabrieli nous ont laissé une riche production vocale, tant profane que sacrée, mais très peu d'œuvres spécialement dédiées à l'orgue, un manque d'ambition que l'on est tenté d'expliquer par les possibilités limitées qu'offraient les deux modestes instruments nichés dans les tribunes latérales de San Marco. Ils ont toutefois beaucoup fait pour l'éclosion d'un répertoire spécifiquement instrumental, Andrea montrant la voie à son cadet avec ses Ricercari, Canzoni et autre Toccatas , des œuvres destinées tantôt au clavier, tantôt à un ensemble instrumental non spécifié, qui mériteraient sans doute une plus juste considération.

Gabrieli, Intonazione e Ricercar del V Tono, par Liuwe Tamminga (orgue).

 

Gabrieli, Toccata ; Pass'e mezzo ; Canzona, Rinaldo Alessandrini (orgue).

 

Gabrieli, Ricercar per sonar a 8

Giovanni, lui, est largement reconnu pour ses compositions instrumentales, une chance qu'il doit avant tout à ses célèbres Sacrae Symphoniae et au superbe recueil de Canzoni e sonate, toutes œuvres qui constituent de vrais joyaux dans la production de la grande école vénitienne.

Sacrae Symphoniae (1597)

Outre quatre Toccatas, nous intéressent ici les quatorze canzoni et deux sonates purement instrumentales incluses dans ce recueil qui par ailleurs fait une très large place aux motets polychoraux. Dans ces éclatantes musiques de fêtes, Giovanni se fait un plaisir d'utiliser des effectifs riches et contrastés, comportant cornets à bouquin, sacqueboutes (ou trombones), bassons et cordes, en les dispersant consciencieusement dans les célèbres tribunes de San Marco.

A l'écoute, « on se délecte de cet incessant dialogue entre groupes hétérogènes, vivement colorés et spatialisés, de ces effets de nuances tour à tour abrupts ou raffinés, de ces diminutions flamboyantes qui illuminent subitement le discours, bref de tout ce qui vient souligner la splendide architecture de ces édifices sonores »1.

Gabrieli,Canzon per sonar primi toni a 8 in due cori, La Fenice (dir. Jean Tubéry)

 

Gabrieli, Canzon primi toni a 10, par Hespérion XXI (dir. Jordi Savall).

 

Gabrieli, Sonata Pian e forte, Festival des Cathédrales en Picardie, ensemble dirigé par Bernard Fabre-Garrus.

Canzoni e sonate (1615)

Ce recueil posthume comprend une vingtaine de pièces – seize canzoni et cinq sonates - pour ensembles allant de trois à vingt deux instruments, souvent répartis en groupes différents. Giovanni Gabrieli y atteint des sommets par l'éclat des couleurs, le mordant des timbres et surtout par des trésors d'imagination.

Comment par exemple ne pas rendre les armes devant la sonate no 19 à quinze instruments en trois groupes égaux, avec le riche contrepoint de la partie confiée aux trombones, ou devant la somptueuse Canzon n° 14 à dix en deux groupes, ou encore devant la grandeur de la Canzone n° 16 à douze ? Et que dire des somptueux effets d'écho de la Sonate n°18 à quatorze instruments (quatre cornets et dix trombones), à l'écriture richement ornementée, ou de la sombre gravité de la n° 20 à vingt deux instruments ? En fait il faudrait tout citer dans ce magnifique recueil, à commencer par les canzoni à huit instruments, et surtout ne pas oublier la Sonate XXI con tre violoni, qui pour certains spécialistes fut sans doute la première composition à exploiter à ce point les qualités vocales du violon, ouvrant toutes grandes les portes d'une concurrence qui, en l'espace de quelques décennies, allait se révéler fatale pour les grands virtuoses vénitiens du cornet.

Gabrieli, Sonata xxi con tre violoni, John Holloway, Stanley Ritchie & Andrew Manze.

 

Gabrieli, Canzon viii a 8, London cornett and sackbut ensemble (dir. Andrew Parrott).

 

Gabrieli, Canzon xvi a 12, Concerto Palatino.

 

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Notes

1. Morrier Denis, Dans « Diapason » (442), novembre 1997.

 

Michel Rusquet 12012

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Samedi 14 Décembre, 2019