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Julian Rachlin et son divin « Concerto pour violon » de Tchaïkovski à l'Opéra de Nice

 

Julian Rachlin. Photogaphie — @ D. Jaussein.Julian Rachlin. Photographie @ D. Jaussein.

 

1er mars 2014, par Jean-Luc Vannier ——

L'Opéra Nice Côte d'Azur affichait complet, vendredi 28 février, afin d'entendre l'Orchestre philharmonique de Nice sous la direction de Philippe Auguin dans deux œuvres célèbres : le concerto pour violon  en majeur, opus 35, de Piotr Illich Tchaïkovski puis, après l'entracte, la symphonie no 4 en sol majeur de Gustav Mahler. Une seconde partie du programme demeurée un peu dans l'ombre de l'exceptionnelle performance concertiste du violoniste Julian Rachlin. Malgré la lumière exaltée par les accents fortissimos à la fin du premier et du troisième mouvement de la symphonie mahlérienne, nonobstant la tonicité étincelante du violon solo dans le scherzo (Vera Novakova), la soprano Lydia Rathkolb, deuxième dame dans une « Flûte enchantée » niçoise de février 2013, manque son Lied du quatrième mouvement : en retard sur l'orchestre, elle ne semblait pas non plus « sehr behaglich » (très à l'aise) comme le requiert une annotation originale de l'auteur pour la partition musicale. Mais est-on en mesure d'apprécier le sucre après avoir goûté du miel ?

Julian Rachlin, Philippe Auguin et l'Orchestre philharmonique de l'Opéra Nice-Côte d'Azur. Photographie © D. Jaussein.

Créé le 4 décembre 1881 à Vienne, le concerto pour violon en majeur opus 35 de Tchaïkovski suggère, contrairement à d'autres pièces nettement plus sombres et tourmentées du compositeur russe, une atmosphère rassérénée sans toutefois ne rien céder à la complexité technique : au point que le violoniste hongrois Leopold Auer à qui Tchaïkovski souhait confier la première exécution, s'en effraya et récusa la proposition. Des trois mouvements qui le composent, c'est sans doute dans  le Allegro moderato et la Canzonetta que s'exprime avec le plus d'ardeur, l'époustouflante virtuosité du lituanien : l'ancien élève de Boris Kuschnir au Conservatoire de Vienne nous méduse par des aigus précis, ciselés et pourtant d'une irréprochable fraîcheur avant de nous entraîner avec délice vers de soudaines et vertigineuses plongées de notes. Tandis qu'il se tourne physiquement vers les pupitres concernés par son dialogue concertant, esquissant ici un sourire de satisfaction à l'égard de la flûte traversière (Isabelle Demourioux), là un regard plus soutenu, Julian Rachlin nous restitue avec une puissance étonnamment maitrisée, l'infinie beauté poétique, évanescente des « sons voilés ». Sons effleurés, soupirés un peu à l'image de ces notes doucement tenues par un chanteur lyrique et tels que Tchaïkovski pouvait s'en émouvoir dans une lettre à Nadejda von Meck.

La direction magistrale de Philippe Auguin, empreinte d'une lente majesté dans les mesures introductives, impulse ensuite une énergie à laquelle l'Orchestre philharmonique de Nice répond en soutenant d'autant mieux cette exigence qu'elle se double d'une part ostensible de plaisir. Signe de cette magnifique osmose, les musiciens applaudiront chaudement le soliste à l'issue de sa prestation.

Julian Rachlin et Philippe Auguin. Photographie © D. Jaussein.Julian Rachlin et Philippe Auguin. Photographie © D. Jaussein.

La générosité de Julian Rachlin s'est manifestée par deux « bis » dont un extrait d'une Sonate d'Eugène Ysaÿe montrant ainsi l'étendue et la modernité de son répertoire. Celui qui avait déjà enthousiasmé les Azuréens en 1995 avec un Concerto pour violon de Prokofiev – l'artiste avait 20 ans ! —  a exprimé son souhait de revenir l'année prochaine. L'opéra de Nice pourra-t-il refuser cette heureuse perspective à ses mélomanes ?

 

Nice, le 1er mars 2014
Jean-Luc Vannier

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ISSN 2269-9910

© musicologie.org 2014

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Dimanche 2 Mars, 2014 13:27

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