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Des fleurs pour la mariée : « Myrthen », opus 25 de Schumann

Athénée-Théâtre Louis Jouvet, 13 octobre 2014, par Frédéric Norac ——

Programme très original pour ce premier concert d'une série de quatre qui marque le retour des lundis musicaux de l'Athénée, dans un registre plus modeste que dans les années glorieuses où ils étaient programmés par Pierre Bergé mais non moins prometteur. Placés par Alphonse Cemin leur directeur artistique sous le signe de la mélodie et du Lied, ils permettront d'entendre tout au long de la saison de jeunes interprètes français ou formés en France, dans des programmes de grande qualité.

Il est rare d'entendre ces Myrthen, bouquet de Lieder pour deux voix, d'inspiration très variée, composés par Schumann en 1840, l'année de son idylle avec Clara Wieck, dans leur intégralité. Quelques uns, célèbres, surtout ceux destinés à la voix masculine, sont passés dans le répertoire mais les Lieder féminins  de ce curieux cycle, à part le « Nussbaum » ou le « Lied der Suleika », sont un peu tombés dans l'oubli. La variété des climats poétiques — on passe de Rückert à Goethe et de Burns à Byron en passant par Heine et Moore — crée d'étonnantes ruptures de ton et les résonances d'un groupe de Lieder à l'autre laissent  l'impression d'un dialogue où l'étonnement domine entre la femme et l'homme qu'ils mettent en scène et qui semblent s'observer sans tout à fait se comprendre.

Damien PassDamien Pass. Photographie © DR.

Passé un « Du bist die Ruh (Widmung) », en ouverture de cycle, précautionneux et un peu tendu, et un « Freisinn » encore un rien timide, Damien Pass, retrouve tout l'aplomb et la projection de sa voix de baryton basse superbement timbrée dans les deux Lieder « Aus dem Schenkenbuch im Divan » de Goethe où son humour fait merveille. Les pièces de caractère — un rien martiales — comme le « Hochländers Abschied » ou la « Hauptmanns Weib » ou plus franchement ironiques comme  le  « Niemand » (toutes sur des textes de Robert Burns) lui vont comme un gant mais il sait approfondir jusqu'au tragique son expression dans « Aus den hebräischen Gesängen » (Byron) ou jouer la désinvolture du séducteur dans les Venezianische Lieder. L'élégie ne lui est pas étrangère non plus comme il le prouve un très inspiré « Du bist wie eine Blume » ou son  « Aus den östlichen Rosen » de grande classe. D'évidence le chanteur est mûr pour les grands cycles schumanniens, Dichterliebe et les deux Liederkreis.

Lea TrommenschlaherLea Trommenschlager. Photographie © DR.

On retrouve avec plaisir Lea Trommenschlager qui nous avait tant séduit dans Ariane à Naxos l'année dernière ici même.  Si la voix possède toute le fraîcheur nécessaire pour contraster subtilement avec celle de son partenaire, l'aigu paraît toujours un peu fragile surtout dans la nuance piano. Certes le répertoire est souvent moins profond, plus anecdotique que celui dévolu au baryton mais ces limites sont rattrapées par une grande délicatesse d'expression et une authentique spontanéité de  l'interprète qui toutefois doit encore mûrir pour un répertoire aussi exigeant. Alphonse Cemin se révèle un accompagnateur de tout premier plan, présent sans jamais envahir l'espace sonore, laissant la première place au chant. En bis « Waldgespräch »  du Liederkreis d'Eichendorff, chanté en duo, est la

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seule erreur du programme. C'est justement la capacité d'un interprète unique à faire entendre les deux voix de ce dialogue fantomatique qui doit captiver l'auditeur et non une double personnification.

 

plume Frédéric Norac
13 octobre 2014

 


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