Actualité . Biographies . Encyclopédie . Études . Documents . Livres . Cédés . Petites annonces . Agenda . Abonnement au bulletin . Analyses musicales . Recherche + annuaire . Contacts . Soutenir

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Boissier-Butini Caroline
1786-1836

Née à Genève, 2 mai 1786, morte à  Genève, 17 mars 1836.

Caroline Butini est née dans le milieu protestant fortuné de Genève. Sa mère est Jeanne-Pernette Bardin. Son père, Pierre Butini (1759-1838), après quelques travaux de sciences naturelles, a comme son propre père, effectué des études de médecine à la faculté de de Montpellier, avant de devenir un médecin de grande renommée, consulté par l’aristocratie européenne, il soigne notamment la famille Bonaparte.

Caroline Butini reçoit une éducation de bonne famille, dont certainement l’apprentissage du piano (elle avait un instrument à disposition), mais on ne sait rien de sa formation, qui semble être avant tout autodidacte. Dans ses papiers, elle ne cite que [François-Charles] Mansui (1785-1847), qui fut maître de musique du duc d’Angoulême et qui a séjourné à Genève de 1807 à 1812. Si on se fie à son journal intime, elle aurait toutefois pratiqué intensivement son instrument.

Malgré l’austérité des protestants genevois, il semblerait qu’il y ait un regain d’intérêt pour la musique. En 1791, on compte dans la ville 21 maîtres de musique. Le Conservatoire sera ouvert en 1835.

Elle se marie en 1808 avec un important propriétaire foncier, Auguste-Jacques Boissier (1784-1857). Ils reçoivent le manoir de Valleyres-sous-Rances, acquis en 1792 par Jean-François Boissier (1736-1811), père d’Auguste -Jacques, où ils s’installent.

Caroline Butini, Sonate no 1 pour piano, par Babette Dorn.

Dans une lettre à son père, elle décrit son arrivée au manoir :

À l’instant, je montai dans ma chambre, où je ne vis que le piano, qui est très grand, d’un bois de Mahagoni remarquablement beau ; je tremblai de l’ouvrir ; enfin je me décide, je pose mes doigts sur les touches, et mon oreille est délicieusement sur­prise par un son flûté, net, fort ; le son se rapproche de ceux d’Érard, en tirant un peu sur les Anglais...

Ils auront deux enfants, Edmond (1810-1885) et Valérie (1813-1894).

Fait exceptionnel, le mariage n’interrompt pas l’étude et l’activité pianistique de Caroline Butini. En 2002, on a découvert une quarantaine de ses compositions à la bibliothèque de Genève. Son mari, violoniste amateur, collectionne les violons et joue le second violon au Conservatoire (selon les souvenirs de sa fille).

Mais il est évident que son statut social et le fait d'être une femme, ne lui permettent pas de se donner en spectacle ni ne pratiquer la musique professionnellement. Elle joue donc à quelques exceptions près, dans les salons privés et pour ses invités de passage.

À Valleyres-sous-Rances, elle se sent un peu exilée, loin de sa famille et de la ville. Elle y a appris les chansons villageoises auprès d’une simple d’esprit du nom de Magdelon (Caroline Barbey-Boissier, p. 28). De fait, ses compositions ont la caractéristique d'inclure ou de citer des chants populaires ou nationaux.

Caroline Butini, Caprice et variations sur un air bohémien, par Edoardo Torbianelli, VDE-Gallo 2014.

On fait souvent état d’un article de l’Allgemeine Musikalische Zeitung de Leipzig  (no 9, 1er mars 1815, col 151-154), qui serait à l’origine d’une notoriété internationale. En réalité, cet article non signé, d’un mélomane allemand voyageant en France et rendant compte d’une soirée de concert à Genève, n’est pas spécialement élogieux. S’il rend grâce à la grande virtuosité « Elle a surmonté cela [la richesse des difficultés] avec une énergie et une précision certainement rares chez les femmes, et qui ne peuvent être obtenues qu'au prix d'un effort persistant », il note qu’en dehors de cette virtuosité, son concerto a peu de musique et de mélodie, que son jeu est sans réflexion sur le contenu de la composition. Dans le mouvement adagio « il n'y avait pas la moindre trace de sentiment, ou seulement le désir de suggérer au cœur ce qui était joué » lorsqu’elle parcourt le répertoire français ou allemand, on ne le reconnaît pas « car elle ne saisit pas les âmes qu'elles contiennent, en effet elle semble à peine chercher une âme dans une telle musique. Ce soir-là, elle a également joué un certain nombre de romances variées, vides de pensées et de sentiments ». L’une d’elles est sauvée par les qualités musicales du corniste. Le duo qu’elle accompagne et chante avec « le meilleur ténor de la ville » ? « … on ne fait pas grand-chose si on se contente de chanter avec entrain ».

Il ne faut pas porter trop de crédit à cette critique dans laquelle on identifie facilement les préjugés d’époque concernant le manque de capacités intellectuelles des femmes pour la composition. On ne peut toutefois pas prétendre que cet article participe à la gloire internationale de Caroline Butini.

En 1817 Auguste-Jacques Boissier rachète aux comtes de Budé le domaine « Le Rivage », à Pregny-Chambésy sur les rives du Petit Lac de Genève, où la famille séjournera en hiver.

En 1818, Caroline Butini séjourne à Paris avec son mari. Selon son journal de voyage, il s’agit pour elle d’acheter un piano à queue pour son usage et un piano carré pour celui de son père, de se mesurer aux pianistes renommés, et de trouver un éditeur. Elle achète un piano Charles Lemmé, un facteur allemand installé à Paris depuis une vingtaine d’années, rencontre Marie Bigot, Ferdinand Paer, Friedrich Kalkbrenner, Johann Baptist Cramer. Après un refus des éditions Pleyel, elle conclut une collaboration avec les éditions Leduc, mais aucune de ses compositions n’a été publiée. En conclusion de ce voyage, elle se juge « meilleure que les clavecinistes de Paris. »

Le couple se rend à Londres, assiste à des concerts et achète un piano à queue Broadwood.

Caroline Butini, Divertissement avec rondo à la polacca pour piano, clarinette et basson: I. Allegretto, par Didier Puntos, Michel Westphal, Catherine Pépin, VDE-Gallo 2009.

En 1725-1726, elle se produit des concerts semi-publics de la Société de musique de Genève.

Au cours de l’hiver 1831-1832, elle est à nouveau à Paris où sa fille bénéficie des cours de Franz Listz . Elle consigne ses observations que ses descendants éditent en 1923 avec le titre Liszt pédagogue, sous le nom de « Madame Auguste Boissier ». Ce livre a un certain succès, il est réédité et traduit en plusieurs langues.

Hier, à une heure, la porte de mon salon s’ouvrit, et nous vîmes entrer un jeune homme, blond, mince, taille élégante, figure très distinguée: c’était Liszt. Il me fit la visite la plus polie, la plus obli­geante, et causa presque une heure avec nous. C’est un original plein d’esprit ; il ne dit rien comme un autre, et ses idées sont très-piquantes ; elles sont bien à lui. 11 a le meilleur ton, de la noblesse, du soutenu, du concentré, et une modestie qui va jus­qu’à l’humilité, presque trop loin, selon moi, pour être tout à fait de bon aloi. D’abord, il nous dit qu’il refusait beaucoup de leçons, qu’il aimait sa liberté, qu'il avait des occupations impérieuses ; il nous con­seilla Herz, Bertini, Kalkbrenner qui, dit-il, valaient mieux que lui ! Il s’effaçait entière­ment devant le talent de ces messieurs. Mais nous lui répondîmes que nous voulions ses conseils et pas d’autres ; il s’attendrit un peu. Valérie se mit au piano et lui joua mes exercices et un solo du con­certo d’Hummel. Il l’écouta avec attention, il répéta plusieurs fois qu’elle avait le sentiment inné de la musique et beaucoup d'individualité dans sa déclamation musicale. Il la trouva nette et rapide, alors il fut très entrain de lui donner leçon. Nous fixâmes deux heures par semaine, et samedi nous commen­cerons. Il lui indiqua cinq ou six exercices de Bertini les plus beaux, afin qu’elle les revît un peu d’avance. « Mais, dit-il, je fais beaucoup approfondir les morceaux, et souvent une leçon est employée à étudier deux pages. » Nous irons chez lui, et j’écouterai avec une attention muette ces leçons qui sûrement seront parfaites, du moins j’aime à le croire (Caroline Barbey-Boissier, 136-137).

Chez Liszt, 7 janvier 1832.

Il était si pâle, ce pauvre jeune homme, que cela m’attristait. Il se consume, il sent trop vivement, la lame use le fourreau. Quel dommage ! Sa mère le regarde avec amour et inquiétude ; elle est toujours occupée de lui, et quand il s’anime, elle lève les yeux au ciel. Rien n’est plus disparate que ces deux êtres, l’un tout émotion, l’autre tout intelligence ; cette grosse et grande femme, colorée, rougeaude, réjouie, n’a pas l’air d’avoir donné la vie à ce jeune homme élancé, maigre, pâle, tout âme, tout esprit, tout feu. Il donne, comme toujours, une admirable leçon, une leçon dramatique. Il impose à Valérie, elle est comme écrasée par cette hauteur musicale, elle mesure la distance et se décourage. Cependant, je trouve déjà dans son jeu des progrès sensibles, une déclamation beaucoup plus large et plus animée. Ah ! que n’ai-je sa jeunesse, son courage, et, comme elle, tout un avenir ; comme je mettrais Liszt à profit ! Il veut jouer à quatre mains avec elle pour activer ses progrès, mais vous comprenez comme il sera difficile de le suivre, lui qui joue à prima vista les œuvres les plus difficiles en virtuose. Il nous a fait acheter une barre en acajou qui sévisse au piano, et qui soutient l'avant-bras ; c'est une invention de Kalkbrenner, et Liszt l’adopte et s’en sert lui-même pour étudier ; il fait jouer les passages là-dessus, et prétend qu’on perd l’habitude de remuer l’avant-bras ; cela coûte quinze francs. (Caroline Barbey-Boissier).



Catalogue des œuvres

Bibliographie

Liszt pédagogue : leçons de piano données par Liszt à mademoiselle Valérie Boissier à Paris en 1832 : notes de Madame Auguste Boissier [Caroline Boissier-Butini]. Champion, 1927 (On a joint un compte-rendu d'Henry Bidou évoquant Marie Jaell) ; H. Champion, Paris, 1928 ; H. Champion, Paris ; Slatkine, Genève 1976 ; H. Champion, Paris, v. 1993 etc.

Barbey-Boissier Caroline, La comtesse Agénor de Gasparin et sa famille : correspondance et souvenirs, 1813-1894 (préface de M. Augustin Filon Barbey-Boissier) [2 v.]. Plon, Paris 1902 [Tome 1] [tome 2]

Minder-Jeanneret Irène., Caroline Boissier-Butini (1786-1836). Dans Deuber-Ziegler E. et Tikhonov N. (éditeurs). Les Femmes dans la mémoire de Genève. S. Hurler,Genève 2005.

—, Caroline Boissier-Butini in Paris und London. Dans Freia Hoffmann (éditrice), « Reiseberichte von Musikerinnen des 19. Jahrhunderts. Quellentexte, Biographien, Kommentare », Hildesheim, 2011, p. 37-96.

—, Musikpraxis in Genf im frühen 19. Jahrhundert am Beispiel von Caroline Boissier-Butini (1786-1836). Epos, Osnabrück 2012.

Discographie

Caroline Boissier-Butini, Concertos no 5 et 6, pour piano, divertissement en trio, Adalberto Laria Riva (piano), Sarah van Cornewal (traverso), Pierre-André Taillard (clarinette), Rogério Gonçalvez (basson), ensemble Le moment baroque, sous la direction de Jonathan Nubel. VDE-Gallo 2020 (GALLO CD 1627).

Enregistré les 16-17 mars 2019 à la Société de lecture de Genève, et le 24 juin 2019 au Moulin en Clarens à Vich (Suisse).

[+...] Lire une présentation détaillée

 

 Jean-Marc Warszawski
1er décembre 2020

© Musicologie.org


À propos - contact |  S'abonner au bulletinBiographies de musiciens Encyclopédie musicaleArticles et études | La petite bibliothèque | Analyses musicales | Nouveaux livres | Nouveaux disques | Agenda | Petites annonces | Téléchargements | Presse internationale | Colloques & conférences | Universités françaises | Collaborations éditoriales | Soutenir musicologie.org.

Musicologie.org,
56 rue de la Fédération,
93100 Montreuil.
06 06 61 73 41.
ISNN 2269-9910.

 

Mercredi 2 Décembre, 2020