Alfred Caron — Théâtre des Champs-Élysées, 19 avril 2026.
Siegfried : le livre d’images sonores de Yannick Nézet Seguin
Siegfried, Théâtre des Champs-Élysées, 19 avril 2026. Photographie © musicologie.org.
Avec ce Siegfried, troisième volet de sa Tétralogie commencée en 2022, Yannick Nézet-Séguin renouvelait le petit miracle que nous avait semblé alors son Or du Rhin. Sa direction diligente et inspirée transforme l’orchestre sur le plateau en un somptueux décor sonore qu’une esquisse de « jeu scénique » des chanteurs, familiers de leurs rôles, contribue à animer, l’ensemble réussissant une fois de plus le tour de force de faire exister l’œuvre dans cette version de concert de façon aussi vivante, sinon plus, qu’une mise en scène sophistiquée. Le Philharmonique de Rotterdam n’est peut-être pas le meilleur orchestre du monde, comme on l’entend beaucoup dire autour de nous avec une nuance de regret, mais sa complicité avec le chef est patente et lui permet de le faire briller dans toutes ses parties et singulièrement du côté des vents, avec des cuivres et des bois particulièrement affutés. Le chef canadien toujours aussi engagé et attentif en fait le moteur et le narrateur d’une exécution singulièrement prenante, mêlant avec virtuosité le flux dramatique et le jeu des Leitmotive. Puissance, couleur, finesse, humour même, ce Wagner est incroyablement vivant et moderne. Il parle à l’auditeur et compense largement les quelques limites d’une distribution qui, sans être uniformément de tout premier plan, se montre très homogène et tout à fait efficiente.
Dans le rôle-titre, le ténor américain Clay Hilley a un peu tendance à forcer son émission, déclamant souvent son rôle plus qu’il ne le chante. D’évidence, il se fait piéger par une caractérisation excessive de son rôle de garçon brutal et naïf au premier acte, et s’il réussit singulièrement bien le deuxième, on lui souhaiterait parfois plus de nuances et de musicalité, particulièrement pour la scène finale qui manque un peu de lyrisme. Le Wanderer de Brian Mulligan reste dans la foulée de son Wotan de La Walkyrie de 2024, certes bien chantant, mais manquant un rien de présence, ce dont il faut sans doute accuser une voix un peu légère pour un rôle de baryton-basse de grande stature. Le Mime de Ya-Chung Hang a toutes les qualités que l’on attend de ce rôle de demi-caractère, nasillard juste ce qu’il faut et remarquable diseur. Samuel Youn endosse de nouveau son costume d’Alberich avec un baryton clair et efficace. L’Erda de Wiebke Lehmkuhl reste au même niveau d’excellence qu’en 2022 avec son authentique contralto d’une profondeur jamais forcée et Julie Roset offre son soprano plein de fraicheur à la Voix de l’Oiseau. Enfin Solomon Howard incarne de nouveau Fafner avec sa somptueuse basse et une présence scénique qui compense la brièveté du rôle. Remplaçant Tamara Wilson initialement prévue, Rebecca Nash a fort à faire pour la faire oublier. Certes la voix n’est pas d’un métal aussi tranchant que celui de la soprano américaine, mais passé un démarrage où se fait sentir dans un vibrato large où se sent le passage du temps, vite contrôlé, elle parvient à donner une belle intensité au réveil de Brûnnhilde et à son débat avec Siegfried. Au final, l’ensemble se taille un succès sans réserve auprès d’un public justement conquis par la proximité et l’évidence de ce Wagner naturel et vivant dont on est impatient de retrouver la richesse musicale dans le dernier volet, ce pour quoi il faudra encore attendre deux ans.
Concert enregistré et diffusé par France Musique le 27 juin, puis disponible en réécoute sur la plate-forme et l’appli Radio-France.


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ISSN 2269-9910.

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