Frédéric Léolla, 30 janvier 2026.
Sexe et opéra (XX. 8) : Margarita la tornera
Marguerite la tourière
Décor pour Margarita la Tornera (Théâtre royal de Madrid), acte I., tableau 1, le couvent, aquarelle sur carton d'Amalio Fernández García (1859-1928), 1908.
Opéra en trois actes de Ruperto Chapí, sur un livret de Carlos Fernández Shaw d’après un poème dramatique de José Zorrilla, lui même inspiré par un récite d'Alphonse x le sage, créé le 24 février 1919, à Madrid, Teatro Real.
Sœur Margarita est tourière au couvent, mais elle est tombée amoureuse du séducteur don Juan. Malgré les remords qui l’assaillent, suppliante devant la statue de la vierge Marie, lors d’une nuit orageuse, Margarita fuit le couvent avec son séducteur. Mais celui-ci se révèle bientôt volage, il délaisse Margarita pour essayer de reconquérir la célèbre danseuse Sirena. Don Juan finira par se rendre compte que Margarita est la seule qui l’a vraiment aimé. Trop tard. Margarita à son tour s’est rendu compte que l’amour dans le siècle est vain et que seul compte l’amour de Dieu. Quand elle retourne contrite au couvent, elle réalise néanmoins que pendant toute son absence, miraculeusement, la vierge Marie avait pris son aspect et sa fonction de tourière au couvent, de sorte que personne n’avait remarqué son absence.
Côté sexe interdit pour cause de religion, le répertoire lyrique espagnol à la côte. De la bonne sœur au moine, en passant par les séminaristes, l’Église est bien représentée.
Une des œuvres les plus curieuses en ce sens est Margarita la tornera, de Ruperto Chapí, compositeur qui, malheureusement, malgré son charme, son intelligence et parfois son génie, n’a jamais dépassé les frontières hispaniques.

Cet opéra s’inspire d’une vieille légende castillane, présente déjà dans les Cantigas de Santa Maria, d’Alphonse X le sage, et qui a aussi servi à des poèmes (Unamuno), des romans (le « faux » Don Quichotte d’Alonso Fernández de Avellaneda) et des pièces de théâtre (Sœur Béatrice de Maurice Maeterlinck).
Curieuse, étonnante, en effet, puisque, malgré un côté saint-sulpicien indéniable, à aucun moment il n’est émis un commentaire dégradant ou négatif sur la nonne défroquée. Elle est perçue dans toute son humanité, et si la scène où elle abandonne le couvent est orageuse, spectateur, librettiste et compositeur, tous semblent comprendre Margarita quand elle décide de rejoindre son amant.
Ruperto Chapí, Margarita la tornera, « ¡Margarita!... ¿Me abandonas? », Placido Domingo et Elisabete Matos, Orchestre symphonique de Madrid, Chœur de l'Orchestre symphonique de Madrid, sous la direction dEnrique García Asensio, enregistrement public 46-49 décembre 1999.Ruperto Chapí, Margarita la tornera, Zarabanda, ac(teII. scène 2.
Certes, elle finira par se sentir « trahie » et « déçue » par le monde, elle rejoindra librement son couvent où son absence aura été cachée à tous par la vierge même en prenant l’apparence de la nonne en fuite. Mais il ne reste pas moins que cette jeune femme, qui vit dans le double péché du concubinat et d’avoir brisé ses vœux, aura été regardée avec humanité, sans violence, par les artistes et leur public. Pour l’Espagne de 1909, c’est vraiment énorme.
Musicalement, la partition est irrégulière. Au service d’un livret qui a de nombreuses faiblesses, elle peut être, comme son compositeur, tout à tour charmante (légende du fantôme), intelligente et belle (dernier duo, scène de l’orage) ou tout à fait géniale et inimitable (Zarabanda).
30 janvier 2026.



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ISSN 2269-9910

Vendredi 30 Janvier, 2026 3:59
