Rave-L Party : Les Apaches ! en folie !
Les apaches ! Photographie © D. R.
Changement de directeur au théâtre de Caen [voir notre chronique], dans la continuité sans doute comme le montre le nouveau programme, mais avec des nuances. À commencer par cette soirée d’ouverture très électro, car l’orchestre de chambre, dirigée par Julien Masmondet, est entouré d’un côté d’une batterie, d’une basse et d’une guitare, électriques, de l’autre de la console d’art visuel en temps réel d’Alexandra R, et au fond, surplombant l’orchestre, du matos de la DJ Tatyana Jane.
Le programme est consacré à Ravel. Il ne s’agit donc pas d’un concert de musique contemporaine au sens classique du terme, mais bien d’un concert de musique actuelle, et les nappes sonores plus ou moins bruyantes qui accueillent le public le confirment bien. J’avoue avoir mis les bouchons rouges fournis à l’entrée pour l’Ouverture, composée par le guitariste de l’orchestre Fabien Cali, comme les quatre autres interludes contemporains. La masse orchestrale est dense et forte, avec des échos connus, et un écran géant où bouge une silhouette syncopée.
Arrive le Boléro avec sa caisse claire hypnotique, et là, j’enlève les bouchons et ne les remettrai plus. L’arrangement choisi est une version jazz de 1929 de Roger Branga et Louis Salvado réarrangée par Bruno Gousset. Le banjo y participe au rythme entêtant. Le chef et les musiciens solistes apparaissent quelques instants sur l’écran entre des évocations d’une usine désaffectée aux machines estompées, souvenir de celle qui inspira le compositeur dans sa recherche rythmique. La musique est superbe, plus ramassée, plus intense si c’est possible.
Nouvel interlude qui voit se démultiplier la danseuse en bleu et rouge. Avant l’Étude en forme de Habarena en beau duo piano — sax soprano avec Philippe Hatat et Rémi Fox, en prélude aux Miroirs. Alborada del gracioso pour orchestre.
L’interlude suivant mêlant valse et fox-trot fait danser un étonnant mannequin désossé et numérique, pour introduire Ravel Dances, une suite adaptée de L’enfant et les sortilèges. La guitare y devient soliste et l’on a l’impression que Zappa zappe Ravel, comme dirait le guitariste Pierre Jean Gaucher. Un beau moment orchestral arrangé par Pascal Zavaro.
Après l’interlude, Eva Zavaro vient sur le devant de la scène pour interpréter le second mouvement de la sonate pour violon, titrée Blues, et dont elle a signé l’arrangement orchestral tout en finesse.
Avant Miroirs. Vallée des cloches avec sur l’écran le jeu du percussionniste et celui du corniste, les timbres ravéliens toujours bien mis en valeur.
Le final de Fabien Cali, Boléro Trip, fait intervenir la DJ dans un set ébouriffé, et peut être un peu longuet, où les musiciens deviennent raveurs pendant le duo free entre le sax Rémi Fox et le batteur Nicolas Fox. Les stroboscopes fonctionnent à fond et la boule à facettes scintille et s’éclate en rouge (pensez à prévenir les personnes sensibles pour les prochains concerts !).
Le temps que la DJ gagne l’étage et la rave party continue encore pour une heure dans les foyers.
Une expérience immersive de musique classique actuelle comme on n’en avait encore pas connue au théâtre de Caen, très réussie dans l’ensemble.
À retrouver à Anvers le 10 novembre.
Après un concert plus sage de clavecin, la prochaine soirée musicale du théâtre de Caen proposera une adaptation d’aujourd’hui par Valérie Lesort, pour tout public, de l’Orphée et Eurydice de Gluck avec marionnettes les 27 et 28 octobre.
Alain Lambert
Caen, 14 octobre 2026
© musicologie.org.



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Vendredi 16 Octobre, 2026 20:21