Michaël Sebaoun, 29 juillet 2026
Quatre pièces pour orchestre de Philippe Chamouard

Philippe Chamouard, Quatre pièces pour orchestre, Nürnberger Symphoniker sous la direction de Léo Warynsky. Indésens-Callioppe 2026 (IC 110).
Enregistré les 29-30 octobre 2025, Nürnberg.
Après trois œuvres concertantes d’importance avec Jean-Jacques Kantorow à la tête de l’Orchestre symphonique de Douai, le trompettiste Eric Aubier, le violoniste Svetlin Roussev et le bassoniste Giorgio Mandolesi (Indesens Calliope Records IC013), le compositeur français Philippe Chamouard (né en 1952) livre quatre pièces orchestrales, toujours chez Indesens.
L’esprit de la nuit se veut une illustration d’un des chapitres de La Montagne au bœuf de Meng Tzu. Ce chapitre énonce la doctrine du philosophe : « La nature humaine est foncièrement bonne, mais elle est souvent détruite par ses actions négatives. Par l’éducation et un mode de vie approprié, l’homme doit pouvoir se corriger pour retrouver la bonté qui est en lui », résume le compositeur.
Trois mouvements correspondent aux trois paragraphes. Le premier paragraphe expose la parabole de la montagne : les arbres sont détruits par les hommes, mais les pousses finissent par regermer, avant d’être à leurs tours mangées par les animaux. Chamouard ouvre son œuvre sur un immense crescendo orchestral tragique, puis un sombre motif de clarinette en arpège se développe, s’intensifie, pour échouer à la fin sur un paysage de désolation.
Le deuxième paragraphe applique la parabole à l’homme, « dont les actes quotidiens irréfléchis effacent l’amour qu’il porte. Cependant, l’Esprit de la nuit, telle une force silencieuse et magique, efface mystérieusement le mal en l’homme, mais les répétitions incessantes de ses égarements finissent par annuler ce miracle nocturne ». Cela donne lieu, comme parfois chez Chamouard, a des paysages irrationnels, surnaturels, motifs répétitifs troués d’explosions de cuivres, nuées de pizzicatos effrayés sous des harmonies tonales puissantes, descentes pianissimo de cordes, comme de lointains feux follets. Sans doute une des musiques les plus originales d’aujourd’hui.
Le troisième paragraphe est celui du triomphe de l’amour, si l’homme sait « faire preuve de volonté pour se maintenir sur un chemin de droiture ». Ce mouvement avait déjà été enregistré isolement (Orphée/Hortus), chant mahlérien ou intemporel, d’une grande beauté.
Créé par la kotoïste Mieko Miyazaki salle Gaveau à Paris en 2013, le Pavillon d’or, pour koto et orchestre, tend à réunir « le pentatonisme utilisé dans la musique japonaise ancienne et l’échelle des douze sons de la gamme occidentale ». La musique, lente, profonde, traduit des effets de lumière présents dans le roman de Mishima. Les éclairages harmoniques se succèdent, tantôt rayonnants, tantôt mystérieux, jusqu’à la cadence du koto, d’une paisible virtuosité.
Dans le prolongement de ces jeux de lumière s’inscrit Mandala, méditation lente conformément à l’élaboration d’un mandala, diagramme « peint ou tracé sur le sol avec des grains de riz ou des poudres colorées », éphémère par nature, essentiellement destiné à la méditation bouddhique. Du Chamouard dans toute sa splendeur ténébreuse, à laquelle succède Habanera, souvenir d’un spectacle de tango, dont ressurgirent, fortuitement et bien plus tard, des rythmes de habanera.
Superbe interprétation du chef d’orchestre Léo Warynski et du Nuremberg Phiharmonic Orchestra. Un nouveau disque essentiel du compositeur.
Michaël Sebaoun
29 juillet 2026.



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ISSN 2269-9910.

Mercredi 29 Juillet, 2026 3:44