Alfred Caron — Collège des Bernardins, 19 mai 2026.
Mozart etcetera : portrait lyrique de Mozart en 10 opéras
La soprano Béa Droz. Photographie © D. R.
Décidément Julie Depardieu est en première ligne quand il s’agit de défendre et d’illustrer la musique classique. Après les époux Schumann qu’elle évoquait brillamment à Angers la semaine dernière, c’est à Mozart qu’elle consacre un concert-spectacle, Mais cette fois, à celui de récitante, elle ajoute le rôle de metteuse en scène. Son spectacle évoque en une dizaine d’airs et d’ensembles la carrière et la biographie du compositeur. Utilisant ici encore la correspondance, elle évite les clichés, notamment concernant les rapports de Wolfgang avec son père, mais procède tout de même à très grands traits. De Bastien et Bastienne à La Flûte enchantée, c’est une anthologie très variée qui est proposée.
Les airs n’illustrent pas toujours littéralement le propos de la correspondance. Ainsi « Dalla sua pace » de Don Giovanni intervient alors qu’est évoquée la maladie qui emportera Léopold et le grand duo de Sifare et Aspasie dans Mitridate devient par le jeu des deux interprètes un duo d’amour féminin. Globalement, cela marche plutôt bien sauf quand la récitante se trompe et annonce Mitridate alors que l’on entend Ascanio in Alba.
Les beaux costumes très dix-huitième de David Belugou semblent sortir tout droit d’un tableau de Fragonard et la scénographie légère laisse la place pour une direction d’acteurs très vivante.
La basse Alexandre Munsch et la soprano Caroline Gütensperger dans « Là ci darem la mano ». Photographie © D. R.
Les jeunes chanteurs qui défendent ce programme sont tous très prometteurs. La mezzo Céleste Ingrand pourra gagner en assise dans un grave que la tessiture d’Ascanio met à nu, mais elle est remarquablement à l’aise en Chérubin et donne le change en Idamante dans le trio d’Idomeneo. Le ténor Ulysse Timoteo hérite de parties très centrales dont il se sort plutôt bien, vu son jeune âge, et donne une belle interprétation du périlleux air de Don Ottavio. Le Figaro d’Alexandre Munsch est un peu trop déclamé, son Papageno ne correspond guère à son naturel et il trouve sa véritable vocalité que dans le duo de Don Giovanni « Là ci darem la mano », d’une grande musicalité, où avec un beau timbre de baryton-basse, il séduit la soprano Caroline Gütensperger, elle aussi excellente en Zerline qu’en Bastienne ou en Sifare. Mais la révélation de cette soirée reste incontestablement la soprano suisse Béa Droz, magnifique en Aspasie, comme en Sandrina de La Finta Giardiniera et totalement ébouriffante dans le second air de La Reine de la Nuit, « Die Hölle Rache », avec un suraigu inépuisable et une ligne de chant suprêmement contrôlée dans les deux autres airs.
Les sopranos Caroline Gütensperger et Béa Droz dans le duo de Sifare et Aspasie. Photographie © D. R.
À la tête de ses Paladins, Jérôme Corréas les soutient avec une direction aux tempi très soutenus qui conviennent à ces jeunes voix. Son excellent orchestre donne le meilleur de lui-même dans une acoustique qui favorise nettement plus les voix que les instruments, mais la fusion entre le plateau et la « fosse » reste tout de même excellente. La soirée s’achève sur une reprise du final des Nozze di Figaro qui valorise une dernière fois la qualité de l’ensemble et reçoit un accueil très chaleureux d’un public visiblement comblé. .


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Samedi 23 Mai, 2026 1:50