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Jean-Marc Warszawski, 28 juin 2026.

Le Coro Urubichá de Bolivie fait une incursion coloniale au Bachfest de Leipzig

Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographie © musicologie.org.Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographie © musicologie.org.

Le 20 juin dernier, à la Peterskirche de Leipzig, le Bachfest 2026, proposait sa cent-quatre-vingt-septième manifestation avec comme invité le Coro Urubichá de Bolivie, un chœur de chambre placé sous la direction de Mercedes Papu Aeguazu, un ensemble issu d’une importante institution de formation musicale, l’Instituto de Formación Artística Coro y Orquesta Urubichá. La partie vocale était renforcée par cinq solistes locaux : les sopranos Hanna Zumsande et Marie Luise Werneburg, Terry Wey (alto), Patrick Grahl (ténor), Tobias Bernt (basse). La partie instrumentale était assurée par le Collegium Musicum 23 de Leipzig, sous la direction de la violoniste Nadja Zwiener.

Le programme de ce concert a une petite histoire qui relie une messe de Giovanni Battista Bassani, Johann Sebastian Bach et la Bolivie, une relation qui incarne le thème de ce festival, « dialogue » et évoque aussi un autre grand thème passé de ce festival « we are a family ».

Giovanni Battista Bassani, maître de chapelle renommé en poste à Ferrare, publia en 1709 un recueil de six messes sous le titre d’Acroama missale, qui eut une certaine audience. Johann Sebastian Bach en possédait un exemplaire. Surtout, les jésuites participant à la colonisation de l’Amérique du Sud devaient aussi détenir ce recueil, car la troisième messe fut excellemment bien arrangée, vers 1730-1740, pour l’usage local en une Missa Encarnación, toujours conservée par deux copies en Bolivie, aux archives musicales de Chiquitos (Concepción) et aux archives de Moxos.

Cette messe ouvrait le programme, la messe en sol majeur de Bach, messe brève luthérienne réutilisant du matériel de ses cantates, le concluait. Entre les deux, le Gloria en majeur d’Antonio Vivaldi, qu’on rapproche souvent du style de Bach, assurait si on veut le pont entre Bassani et le Kantor que Leipzig fêtait au long de dix jours festivaliers.

Une gageure pour un ensemble vocal aussi réduit, un peu déséquilibré par un manque de personnel du côté des basses et desservi par l’imposant volume de la Peterskirche. Côté vestimentaire c’était fort sympathique, tout de blanc inspiré de la tradition qui nous pousse hors de l’eurocentrisme, les femmes, coiffées avec deux nattes serrées l’une d’un ruban jaune, l’autre d’un ruban vert, couleurs de l’étendard bolivien.

Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographie © musicologie.org.Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographie © musicologie.org.Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographies © musicologie.org.

La Missa Encarnación est dirons-nous d’esthétique poétique, destinée à l’évangélisation plus qu’au grand spectacle et ne contient aucun aria virtuose, pas même de récitatif. Il n’en est pas de même pour le Gloria de Vivaldi, qu’on entend en général avec un chœur puissant et glorieux alterné avec des parties solistes. Nous avons eu l’impression d’un effet puzzle, où le chœur et sa cheffe étaient quelque peu négligeables, Mercedes Papu Aeguazu sortant d’ailleurs de scène pour les parties solistes où le chœur n’était pas sollicité. Il nous reste de belles impressions du duo de sopranos (no 3, Laudamus te, benedictus te…), par Hanna Zumsande et Marie Luise Werneburg, et surtout le Qui sedes ad destram Patris (no 9) chanté par l’altiste Terry Wey.

La messe en sol majeur de Bach nous a rassuré par un magnifique Kyrie d’entrée, par le fait que la basse Tobias Bernt s’est jointe au chœur, par le très bel Agnus Dei (soprano et alto) auquel s’est enchaîné un tout aussi bel aria (ténor), Quoniam tu solus sanctus, tu solus Dominus, et le chœur final où tous les solistes se sont joints au chœur, balayant les interrogations et la gêne installées par le Gloria de Vivaldi, ajoutant au plaisir musical celui d’une belle image rappelant un thème passé du Bachfest : « We Are a Family ».

Après de longs applaudissements et un début de sortie du public, le Coro Urubicha et le Collegium Musicum 23 ont entamé un bis soigneusement préparé de deux chants traditionnels boliviens, qui ont soulevé l’enthousiasme et une ovation spontanée du public.

Le Coro Urubichá et le le Collegium Musicum 23 de Leipzig. Photographie © musicologie.org.

signature de Jean-Marc Warszawski
Jean-Marc Warszawski
28 juin 2026.

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