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9 novembre 2023, Villefavard — Frédéric Norac

Violetta à la ferme (de Villefavard)

À la ferme

La Ferme de Villefavard est un centre culturel de rencontre (label 2022) installé en plein cœur du Haut Limousin, à une heure de route de Limoges. Si la structure est récente, elle a une longue histoire qui commence dans les premières années du xxesiècle avec la création d’une ferme modèle par Édouard Maury et sa femme Sophie Monnerat. Après l’arrêt de l’activité agricole, la ferme devient un lieu culturel dans les années 2000.

Elle accueille depuis de nombreuses manifestations, lectures, concerts, expositions dans un environnement préservé et des bâtiments (partiellement classés) qui ont gardé la trace de leur première fonction, avec au centre l’ancienne grange transformée en un superbe auditorium d’une centaine de places, la porcherie en loges d’artistes (sic) et les étables à vaches en espaces d’exposition.

L’équipe en place qui fait vivre ce lieu convivial et multiple travaille actuellement à en retracer l’histoire qui se confond avec celle de la famille du fondateur, un pasteur d’origine suisse dont les ultimes héritiers (le chef d’orchestre Jérôme Kaltenbach et son cousin l’architecte Gilles Ebersolt), encore propriétaires des lieux, ont eux-mêmes donné l’orientation culturelle lorsque la première activité a été abandonnée.

Désormais reprise par une association soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine, le département de la Haute-Vienne et la communauté de commune Haut-Limousin en Marche, la Ferme rayonne sur le département, développe et soutien des projets de création et a réussi à fidéliser un public qui se pressait nombreux pour une soirée « lyrique », présentée dans le cadre d’un cycle intitulé « Territoires de l’imaginaire ». 

Violetta et Alfredo revisités

En effet, comme lieu de résidence, la ferme accueillait cet automne un atelier de l’Académie de l’Opéra national de Bordeaux autour d’un projet intitulé : « La Traviata revisited» qui devrait aboutir en février prochain à une série de représentations d’une « Traviata » revue au plan dramaturgique et musical de façon radicale. Réduit à ses trois personnages principaux, Violetta, Alfredo et Giorgio Germont, l’opéra de Verdi a été repensé par le metteur en scène Eddy Garaudel et la compositrice Lise Borel. L’un et l’autre souhaitant replacer l’œuvre dans une perspective plus contemporaine, en actualisant le contexte de l’action, et en la théâtralisant par le recours aux dialogues parlés et par un arrangement pour quatre instrumentistes, piano, harpe, accordéon et percussions (notamment vibraphone), qui modifient en effet la physionomie de l’œuvre. Cet arrangement doit être susceptible de la rendre plus «actuelle » à un public « contemporain ».

Après une présentation du projet, animée par le maître des lieux, Sebastien Mahieuxe, suivait donc une première « représentation » du premier acte ou plus exactement des dernières scènes du premier acte, le duo d’Alfredo et de Violetta et le grand air qui le conclut. Les jeunes interprètes, la soprano Déborah Salazar de l’académie et le ténor italien Davide Tuscano, possèdent tous deux de superbes voix, elle grand soprano lyrico-spinto et lui ténor lyrique au timbre ensoleillé typiquement italien.

Déborah Salazar et Davide Tuscano. Photographie © Atelier Octogone.

Si l’instrumentation déconcerte quelque peu, notamment dans le « Sempre libera » où le chant et la musique semblent plus superposés qu’associés, elle a le mérite de renouveler la « tonalité » même de l’opéra de Verdi et de récupérer des éléments thématiques des parties non jouées dans l’arrangement de celles qui ont été conservées.

On peut se demander en revanche pourquoi au nom de l’équilibre théâtral, induit par la disparition du chœur et des péripéties qui précèdent ces deux scènes dans l’œuvre originale, on doit sacrifier toute la première partie du duo au profit d’un simple échange de répliques entre les protagonistes, surtout lorsque l’on dispose de chanteurs de cette trempe.

Face à ce type de démarche, visant à rendre accessible l’opéra à un public nouveau, se pose tout de même la question de savoir si le théâtre doit être au service de l’œuvre ou si la relation doit désormais être inversée. Elle dépasse bien sûr cette expérience et pose un véritable débat dans une période où la réduction des moyens conduit souvent les théâtres à proposer des adaptations qui dénaturent les œuvres du répertoire. Évidemment, il ne s’agit encore que de « premiers pas » et la proposition a encore plus de deux mois pour évoluer. En tous cas, le public de ce premier essai semble l’avoir apprécié et a largement participé au « bord de scène » qui permettait aux interprètes et aux deux « créateurs » d’expliquer leur démarche.

Rendez-vous est donc pris pour la générale de cette expérience le 2 février à l’Opéra national de Bordeaux.

plume_07 Frédéric Norac
2023
norac@musicologie.org

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Mercredi 15 Novembre, 2023 14:55