musicologie

Nice, 27 février 2022 —— Jean-Luc Vannier.

Somptueux Mozart Concertante avec Aleksandra Kurzak et le Vienna (Morphing) Chamber Orchestra

Mozart Concertante, Aleksandra Kurzak, Yuuki Wong (violon), Péter Keserü (cor), Morphing Chamber Orchestra sous la direction de Tomasz Wabnic. Aparté 2021 (AP265).

Enregitré du 1er au 5 février 2021, Loraly Hall, Vienne.

Il « suffit » d’écouter deux airs de ce remarquable CD, mozartien dans l’âme, pour se convaincre des prodiges de la voix d’Aleksandra Kurzak : « Der Hölle Rache » extrait de Die Zauberflöte et « Ruhe sanft, mein holdes Leben » de Zaide (Francfort, 1876). Deux extrêmes, deux absolus pour une seule et même ligne de chant : le premier s’impose par l’aridité furieuse et désincarnée des aigus — éclatantes stricto sensu notes de fa — d’une mère qui menace sa fille de reniement tandis que le second, débordant d’une chaude sensualité, offre un — très — attachant menuet de l’héroïne tombée sous le charme de Gomatz, esclave endormi. Interprétation tout aussi admirable : la renonciation douloureuse à l’amour par Sifare « Lungi da te, mio bene » à l’acte II de Mitridate, re di Ponto (Milan, 1770), tout comme les graves stables « Veggo la morte, ver me avanzar », énoncés par Vitellia, dans son « Ecco il punto » juste avant l’aveu de sa culpabilité à Tito dans La clemenza di Tito (Prague, octobre 1791). L’amour toujours, entre les regrets de Fiordiligi « Ei parte…Per pietà » dans Cosi fan tutte (Vienne, 1790) et les languissantes mélancolies de Konstanze pensant à Belmonte « Welcher Kummer… » à l’acte II de Die Entführung aus dem Serail (Vienne, 1782). Un pur bonheur !

Ce n’est toutefois pas l’unique l’attrait de cet album publié chez Apartemusic : aux six enregistrements de la soprano succède la Symphonie concertante pour violon et alto en mi bémol majeur K. 364. Si cette œuvre est inspirée par la résidence de Mozart à Paris où cette forme « hybride qui mêle genre symphonique et concerto est très appréciée des Français », elle résulte aussi des influences de l’Ecole de Mannheim, regroupée autour de Johann Stamitz et qui a « su spiritualiser les matériaux musicaux » : la symphonie concertante devient « un concerto à solistes multiples mettant en valeur tels ou tels instruments en en faisant briller les ressources techniques par des alliances, des oppositions ou des dialogues » (Émile Vuillermoz, Histoire de la musique, Le livre de poche, n° 4805, 1973, p.167). Ainsi, les trois mouvements Allegro maestoso, Andante et le — célèbre — Presto donnent à entendre un dialogue subtil et équilibré mais non dénué de caractère ni de fantaisie entre le Konzertmeister (premier violon solo) Yuuki Wong et l’alto solo Tomasz Wabnic : dialogue soutenu par le Morphing Chamber Orchestra, phalange créée en 2006 par l’altiste Tomasz Wabnic mais renommée depuis Vienna Chamber Orchestra en raison de son élargissement à d’autres instrumentistes. La recommandation d’acquérir cet album est aussi superflue que le fait de prétendre ajouter du sucre sur du miel.

Nice, le 27 février 2022
Jean-Luc Vannier


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Dimanche 27 Février, 2022 21:05