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Grandes Écuries du Château de Versailles, 24 juin 2022 — Frédéric Norac.

Le Médecin malgré lui revu par Gounod et Nicolas Rigas

Le Médecin malgré lui. Photographie © Théâtre du Petit Monde.

Avec sa troupe du Théâtre du Petit Monde, Nicolas Rigas vient chaque année depuis dix ans honorer les mânes de Molière à l’occasion du « Mois » que lui consacre la ville de Versailles. Cette année, il a saisi avec beaucoup d’opportunité cette occasion pour se faire, à l’instar d’Arlequin, « serviteur de deux maîtres », en donnant Le Médecin malgré lui dans la version « opéra-comique », revue et mise en musique par Gounod en 1858. Une façon de rappeler que s’il est un comédien remarquable à l’énergie inépuisable (comme le prouve à tout moment sa performance dans le rôle-titre, d’une drôlerie irrésistible), il est également un excellent baryton.

Sa mise en scène sans afféterie joue à fond la carte de la farce avec un humour direct, et donne une vision intemporelle de la pièce de Molière, truffée de nombreuses allusions au monde contemporain, comme ce ballet des médecins, au finale de l’acte II, où toute la troupe apparait vêtue de blouses et de calots blancs. Si la scénographie se réduit à peu de choses dans ce théâtre de tréteaux, les costumes très réussis (dont il est également l’auteur) nous emmènent du côté du dix-neuvième siècle dans la tonalité de la partition musicale.

Le Médecin malgré lui. Photographie © Théâtre du Petit Monde.

Dans les conditions acoustiques de la cour des Grandes Écuries, malgré un dispositif d’amplification assez efficace, la musique, assumée par un petit ensemble, flûte, violon et accordéon, perd un peu de son impact, d’autant plus qu’à part lui-même, la remarquable Nourrice d’Antonine Bacquet et la Lucinde de Mylène Bourbeau, les autres comédiens ne sont que des chanteurs occasionnels, bien que Till Fechner soit un authentique baryton-basse, mais ici dans un rôle essentiellement parlé. Toutefois, tous sont suffisamment aguerris pour ne pas détonner dans les nombreux ensembles qui émaillent l’œuvre et, à quelques aigus tirés près, Martin Loizillon chante plutôt joliment les romances de l’amoureux Léandre. Tous, jusqu’à l’acrobatique Romain Cannone en passant par l’excellent Salvatore Ingoglia apportent leur petite contribution à ce spectacle très réussi.

L’ensemble se révèle un parfait exemple de théâtre populaire au meilleur sens du terme comme le prouvent les rires spontanés qui ne cessent de fuser à chaque nouvelle trouvaille de la mise en scène et un succès final sans partage qui voit tout le public debout pour applaudir, dès le deuxième rappel.

plume_07 Frédéric Norac
24 juin 2022


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