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Paris, Bouffes du Nord, 17 janvier 2022 — Frédéric Norac.

Bel canto pianistique : Florent Albrecht, Marie Perbost, Chantal Santon-Jeffery

John Field, Nocturnes, Florent Albrecht pianoforte). Hortus 2021 (HORTUS 197)

Pénombre et lumières tamisées pour ce concert mis en espace autour du piano de Florent Albrecht et des nocturnes de John Field (1782-1837). La musique du compositeur irlandais n’est pas sans évoquer Chopin dont il est l’évident précurseur, mais comme l’écrit si bien l’interprète lui-même dans la notice du disque qu’il lui a consacré1 : « chez Chopin, l’interprète se trouve sur des chemins balisés frôlant des à-pics périlleux » tandis que celle de Field emprunte « des chemins de sous-bois… un peu labyrinthiques sous leur apparente simplicité ». Comme celle du Polonais, la musique de Field est pétrie de réminiscences mélodiques tout droit venues du monde de l’opéra, souvent insaisissables, mais qui donnent l’impression de bribes déjà entendues. Si elle paraît moins profonde, c’est qu’elle se situe plutôt dans un registre mélancolique dominé par les demies teintes. Elle ajoute à la ligne mélodique tout un réseau de diversions ornementales que fait valoir ce soir un magnifique instrument de 1844 à la sonorité argentine et le toucher délicat du pianiste.

Marie Perbost, Chantal Santon-Jeffery. Photographie © Théâtre des Bouffes du Nord.


En contrepoint de six de ces Nocturnes, le pianiste a eu l’heureuse idée de s’associer avec les deux voix de Marie Perbost et de Chantal Santon-Jeffery dans un répertoire qui réunit tous les grands noms du Romantisme des années 1830, de Liszt (« Es muss ein wunderbares sein », « Oh quand je dors » et « Pace non trovo ») à Carl-Maria von Weber, en passant par Schubert « Gretchen am Spinnrade », Rossini et Bellini (« L’abbandono »). La belle voix claire de Marie Perbost assume ici les parties les plus graves et s’unît avec bonheur avec celle plus sombre et plus dramatique de Chantal Santon-Jeffery, pour une rare cantate de Rossini de 1814 , Irene ed Egle (dont le dernier mouvement sera repris dans le trio du Barbier de Séville « Dolce nodo avventurato » en 1816) et le beau duo de Norma, « Mira o Norma », où Marie Perbost s’offre une brillante variation vers l’aigu dans la strette. Elles se retrouvent pour un très bref Duo no 2 « Trage Geliebter » de Weber et donneront en bis La regata veneziana des Soirées musicales de Rossini et El dedichado de Saint-Saëns en version française. Dans les mélodies et les lieder comme dans les duos, Florent Albrecht se révèle un accompagnateur sensible et expressif et la fusion est totale entre les voix et le piano, dans un continuum captivant et plein de charme.

1. Pour ce disque Florent Albrecht joue un pianoforte de Carlo di Meglio de 1826, vraiment contemporain du compositeur.

 

Frédéric Norac
22 décembre 2021


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