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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte ——

Les œuvres pour piano seul de Franz liszt

Les paraphrases de Franz Liszt

Transcriptions : Johann Sebastian Bach, Hector Berlioz, Ludwig van Beethoven, Richard Wagner, Lieder ; paraphrases.

Voici l’autre grand chapitre, celui des paraphrases et autres « réminiscences » d’opéras, voire fantaisies, dans lequel Liszt s’est tout spécialement illustré. Mozart y est évidemment à l’honneur, mais les Italiens encore plus (Verdi, Donizetti, Bellini, Rossini), et ses choix ne s’arrêtent pas là puisqu’ils s’étendent à Gounod, Meyerbeer, Halévy et d’autres encore. Il s’agit le plus souvent d’airs d’opéras qu’il n’hésite pas à manipuler à sa guise. « Tout son art, dans ces pots-pourris, consiste à élire des motifs qui puissent résumer l’œuvre, à les juxtaposer (et parfois à les superposer), à les varier dans une incroyable richesse de figurations, et un formidable déploiement de virtuosité. »82

Il n’est pas surprenant que certaines de ces pages aient conservé une grande notoriété : « Liszt a souvent réussi à saisir l’ambiance de tel ou tel ouvrage, à transmettre ses symboles dramatiques, sans préjudice de la beauté mélodique, de la pureté belcantiste de certains d’entre eux. »83

Un exemple parmi d’autres de l’art déployé par le compositeur dans ces paraphrases nous est donné par Claude Rostand évoquant les Réminiscences de Lucia di Lammermoor : « Tout semble être de lui, et cependant pas une note, pas une harmonie, pas un accent ne sont de lui. Tout est transcrit fidèlement du sextuor du deuxième acte. Liszt n’a fait qu’enrichir les arabesques de l’accompagnement au lieu de conserver les monotones arpèges de Donizetti. Ces arabesques de triples croches sont coupées de trilles qui, à l’intérieur de la stricte harmonie de Donizetti, font naître une dissonance nouvelle qui suffit à modifier profondément le caractère du morceau et à lui donner une physionomie typiquement lisztienne. »84

Franz Liszt, paraphrase de Rigoletto de Giuseppe verdi, par Jorge Bolet, 1982.
Franz Liszt, Paraphrase d'Il Trovatore de Giuseppe Verdi (S 433), Miserere, par Claudio Arrau, 1972.
Franz Liszt, Paraphrase sur une valse extraite de Faust de Charles Gounod (S 407), par Jean-Yves Thibaudet.


Franz Liszt, Reminiscences de Norma, (S 394), par Jorge Bolet, 1993.


Franz Liszt, Reminiscences du sextuor final de « Lucia di Lammermoor », de Gaetano Donizetti (S 397), par Hegedűs Endre

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Franz Liszt, Réminiscences de « Don Juan » de Wolfgang Amadeus Mozart (S. 418), par Masaru Okada, enregistrement en public, concours van Cliburn 2001.


Franz Liszt, Réminiscences des « Huguenots », grande fantaisie sur des thèmes de l’opéra Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer, par Arnaldo Cohen, 1997.


Mentionnons encore, pour compléter ce survol des transcriptions et paraphrases de Liszt, ses fantaisies sur des œuvres diverses, de la grande fantaisie sur des motifs des « Soirées musicales » de Rossini aux valses-caprices « Soirées de Vienne » d’après Schubert.

Franz Liszt, Soirées musicales no 2 : « La regatta veneziana » de Gioachino Rossini (S 424, 2), par Jandó Jenő.


Franz Liszt, Soirées musicales no 9 : « La Danza, Tarantella Napolitana » de Gioachino Rossini (S 424,9) par Jandó Jenő.


Toute cette production peut paraître quelque peu désuète à une époque comme la nôtre où, avec tous les moyens de diffusion audio et vidéo modernes, les œuvres originales sont accessibles à tout un chacun jusqu’aux campagnes les plus reculées. Il serait cependant dommage de passer totalement à côté, et les pianistes sont bien là pour nous le rappeler : certes, on ne les verra guère programmer en concert les pures transcriptions d’œuvres de Bach et de Beethoven, mais les transcriptions de lieder, après avoir longtemps été un peu méprisées, sont souvent jouées en bis à la fin des concerts et appréciées du public ; quant aux paraphrases, pourtant genre « impur » par excellence, les interprètes ne dédaignent plus de les afficher carrément dans leurs programmes de récitals. S’il en est ainsi, c’est non seulement qu’ils sentent bien que ces pièces peuvent les mettre prodigieusement en valeur, c’est aussi qu’ils mesurent à quel point Liszt y met une adresse extraordinaire et y fait triompher insolemment son instinct formel.


Notes

82. Sacre Guy, La Musique de piano, Robert Laffont, Paris 1998, p. 1741.

83. Tranchefort François-René, Guide de la musique de piano et de clavecin, Fayard, Paris 1998 , p. 477.

84. Rostand Claude, Liszt, « Solfèges », Éditions du Seuil, Paris 1960, p. 112.

plume Michel Rusquet
23 avril 2021
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Vendredi 23 Avril, 2021 17:22