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Théâtre de Caen, 12 mai 2021 par Alain Lambert ——

Orfeo, de Monteverdi, par Paul Agnew et Les arts florissants : un opéra folk téléjoué

Orfeo, Théâtre de Caen, capture d'écran.

Le théâtre de Caen nous a donné à voir et entendre, pendant sa fermeture imposée, des vidéos dont l’Orphée et Eurydice de Gluck, joliment mis en scène par Aurélien Bory, et coproduit par le théâtre, mais enregistré ailleurs.

Aussi l’Orfeo créé et enregistré ici il y a quatre ans déjà. L'occasion pour redécouvrir cette belle version dépouillée, avec son cercle de pierres où seuls les jeux de lumière transforment le décor, diurne ou nocturne. Et où les costumes colorés façon Nicolas Poussin suffisent à transporter les chanteurs et musiciens 414 ans dans le passé. Et plus loin encore, dans ce mythe fondateur de notre humanité musicale, où la puissance mélodique d’Orphée, par le chant et la musique, va dépasser la mort et l’oubli.

On regrette toujours que la fin du livret initial de Striggio, pour des raisons de convenance, ait été modifiée en happy end, Appolon menant son fils au ciel dans un duo ultime pas vraiment convaincant. Pourquoi ne pas laisser les jalouses Ménades le démembrer, comme le raconte Ovide ? Heureusement, le final musical nous le fait oublier, dans une danse où chanteurs et musiciens se retrouvent sur terre au rythme des mains frappées, avant de se figer en scène pastorale, pendant que le rideau diaphane tombe sur eux.

Dans cette recréation, tout est réussi. Les musiciens et les chanteurs sont excellents, à commencer par Cyril Auvity et Hannah Morrison, Orphée et sa double muse. Ou Antonio Abete et Miriam Allan en hôtes des Enfers.  Sans oublier Léa Desandre  en messagère du malheur et dont la coupable détresse est forte et émouvante.

Dans la toccata d’ouverture, les trombones ne tonitruent pas comme une fanfare, mais introduisent en douceur à la fête qui va suivre. Ils seront bien sûr plus acérés quand viendra le temps de la tragédie. Les violons virevoltent, les luths dialoguent d’un bord à l’autre, les flûtes à bec et les cornets à bouquin ajoutent leurs timbres joyeux ou intrigants aux étapes du drame.

Les voix ne sont jamais outrées, mais conservent naturel et fraîcheur. Le chœur est superbe, jouant de toutes les nuances du madrigal dont Monterverdi est un virtuose — et Paul Agnew aussi — mêlant le passé musical récent aux innovations de l’opéra à venir, particulièrement dans les lamenti d’Orphée, et ceux de la messagère et d’Eurydice. Et la captation vidéo, fort respectueuse, met bien en valeur chanteurs et musiciens.

À voir jusqu’au 15 mai 20 h sur le site du théâtre de Caen, mais aussi sur Internet en indiquant L’Orfeo Monteverdi Arts florissants.

Alain Lambert
12 mai 2021
© musicologie.org


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