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 Théâtre des Champs-Élysées, 20 juin 2021 —— Frédéric Norac.

La Somnambule libérée de Rolando Villazon

La somanbule, Théâtre des Champs-Élysées, Pretty Yende. Photographie © Vincent Pontet.

Dès la scène d’ouverture, Rolando Villazon pose son postulat de départ. La Somnambule de Bellini est pour lui un être candide, porté par son instinct de vie, au milieu d’une communauté austère et prude qui réprime tout mouvement de joie et tout désir au nom d’une morale rigoriste. Si le metteur en scène évite habilement de nommer la religion dont elle relève, l’on devine une secte de type quaker aux costumes brun-gris et noirs et aux coiffes des femmes. L’action se déroule dans un lieu unique, une grande salle vide surmontée d’un paysage de hautes montagnes enneigées hanté par quelques sylphides qui sont comme l’âme dansante de l’héroïne. Dans ce lieu clos sur lui-même, malgré ses multiples portes, et où l’on accède par une échelle, tour à tour temple, salle d’auberge, chambre, se joue le destin d’Amina dont les crises de somnambulisme sont le symptôme de ce climat d’oppression auquel le rêve lui permet d’échapper et où se concrétisent ses pulsions inconscientes. Lorsqu’elle est convaincue d’avoir fauté, la secte la met au ban et, nonobstant la « fin heureuse » voulue par le librettiste, la réconciliation n’aura pas lieu. Amina et sa mère quitteront la communauté, laissant Elvino, le fiancé pusillanime, épouser Lisa, la fille légère et hypocrite.

La somanbule, Théâtre des Champs-Élysées, Alexander Tsymbaluk. Photographie © Vincent Pontet.

Visuellement très réussie et parfaitement en phase avec les arrière-plans du livret, n’était cette fin un peu volontariste et le traitement du personnage du Comte dont elle fait une sorte de camelot et de Don Juan au petit pied, la production offre à Pretty Yende, un écrin à la mesure de son talent. Si la soprano sud-africaine convainc avec une technique belcantiste éblouissante, des aigus cristallins, une grande aisance dans la vocalise, de subtiles demies teintes, et une grande finesse dans le récitatif, son phrasé dans le cantabile bellinien parait souvent un peu court et générique. Il lui manque ce rubato qui est l’essence même de cette musique et qui donnerait sa pleine dimension à son personnage qu’elle semble souvent jouer plus que ressentir. Francesco Demuro affronte avec probité la difficile tessiture d’Elvino. L’on souhaiterait un usage plus généreux de la voix mixte, plutôt que ces aigus en force, mais on doit reconnaître qu’il s’illustre particulièrement dans sa grande scène de l’acte II. Alexander Tsymbaluk offre une splendide basse noble au Comte Rodolfo, à la couleur un peu trop slave, mais d’une grande souplesse et d’une belle stature. La Lisa aux aigus un rien métalliques de Sandra Hamaoui constitue un pendant léger très réussi au rôle-titre, et la mise-en-scène fait de l’Alessio de Marc Scoffoni un personnage ambivalent moins anecdotique que de coutume. La solide Teresa d’Annunziata Vestri complète cette distribution parfaitement homogène. À la tête des excellents chœurs de Radio-France et d’un orchestre de chambre de Paris aux vents particulièrement affûtés, dans une disposition inhabituelle, le chef au milieu de l’orchestre, Riccardo Frizza donne une lecture absolument intégrale de la partition de Bellini, dont il restitue le caractère élégiaque et la délicate tonalité agreste sans jamais tomber dans la mièvrerie.

Prochaines représentations les 22, 24 et 26 juin.

Frédéric Norac
juin 2021


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Mardi 22 Juin, 2021 15:42