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Captation du 19 janvier 2021 —— Frédéric Norac.

La Dame blanche à l’Opéra de Nice : un fantôme bien vivant

La Dame blanche, Opéra de Nice. Photographie : copie d'écran.

Décidément, La Dame blanche, ultime chef-d’œuvre de Boieldieu, semble en passe de revenir au répertoire. Il ne reste pas grand-chose de la production originale de Pauline Bureau pour l’Opéra Comique dans cette version semi-scénique qu’en propose l’Opéra de Nice Côte d’Azur sur sa chaîne YouTube et qui aurait dû en être la reprise. Pas de décor, un simple portant où les protagonistes iront chercher leurs costumes, quelques pièces de mobilier, deux danseurs acrobates en kilt. L’orchestre est sur la scène derrière les chanteurs, le chœur dans les loges, et dans l’espace libéré du proscenium l’action se joue a minima. Les dialogues soignés, les jeux de scène sobres, mais efficaces font toutefois sentir la présence d’une authentique metteuse en scène (Valérie Nègre) et suffisent à faire vivre l’histoire.

De la distribution de 2020 ne demeure que la Jenny de Sophie-Marin Degor qui possède son personnage sur le bout des doigts et lui insuffle une énergie réjouissante, s’offrant le luxe d’un pas de deux avec un des danseurs très réussi. Luca Lombardo incarne un Dickson bougon à souhait et Marie Kalinine une Marguerite sensible et touchante. Toute notre attention était évidemment tournée vers les deux héros de l’affaire. La jeune Amélie Robins possède une voix longue et brillante de colorature et rend pleinement justice aux exigences du rôle d’Anna, mais dans ce contexte simplifié ne peut à vrai dire pleinement « incarner » son personnage. Passé un air d’entrée un peu timide, desservi par un tempo trop rapide, le ténor franco-congolais Patrick Kabongo, se révèle pleinement, avec un sens de l’humour présent dans la moindre inflexion, donnant toute la mesure de sa musicalité et de sa technique dans un « Viens gentille Dame » dont il maîtrise toutes les chausse-trappes. Usant d’un instrument souple, il module à plaisir entre douceur et héroïsme, avec une ligne de chant de grande élégance. Laurent Kubla apporte à Gaveston un beau baryton très sonore, mais reste assez discret théâtralement. Il forme cependant un duo très réussi avec le Mac Irton de Mickael Guedj.

La Dame blanche, Opéra de Nice. Photographie : copie d'écran.

Bien que tournant le dos au plateau, Alexandra Cravera dirige avec efficacité un ensemble instrumental réduit, mais suffisant pour le volume de l’Opéra de Nice. Les chœurs manquent toutefois un peu d’unité, ce dont il faut accuser leur dispersion. Surtout, la prise de son inégale fluctue selon la position des chanteurs qui deviennent difficilement audibles dès qu’ils tournent le dos à la salle. Au final, quelques applaudissements se font entendre venant on ne sait d’où, ceux sans doute des fantômes de l’Opéra de Nice, réjouis par ce spectacle minimal, mais très vivant.

À visionner sur YouTube

Frédéric Norac
19 janvier 2021


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Dimanche 31 Janvier, 2021 23:07