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2 décembre 2021 —— Alain Lambert.

L’Orchestre régional de Normandie dans l’incertitude à l’aube de ses 40 ans

L'orchestre régional de Normandie. Photographie © ORN.


Même France Musique en a parlé dans sa chronique matinale de lundi dernier. Un certain nombre d’indices font craindre la dissolution de l’ORN dans une fusion avec l’Orchestre de l’opéra de Rouen, si l’on en croit la presse régionale (Ouest France Caen et France 3 Normandie) qui a recueilli les témoignages des uns et des autres.

En effet, le 8 octobre, le conseil d’administration de l’ORN se déroule normalement, sans aucune annonce particulière. Puis peu après, le 16 novembre, les musiciens de l’ORN en répétition avec l’orchestre de Rouen, sans la présence de leur chef habituel ou de leur directeur, apprennent de la bouche du président de Région, accompagné du directeur de l’opéra, le projet d’unification des deux orchestres.

La direction de la communication de la présidence de Région, contactée, nous répond sur ces deux points : Le Président de Région a salué les musiciens des 2 orchestres réunis pour une répétition pour la qualité de leur collaboration engagée depuis 3 ans dans le cadre de plusieurs productions et a confirmé son ambition pour le rayonnement de la Musique en Normandie et sa diffusion sur l’ensemble du territoire au contact de tous les Normands. Il a également annoncé la réflexion qu’il souhaite engager en 2022 en vue de  la création d’un orchestre normand unique, mais souple et en mouvement. Il a souhaité sur cette démarche appliquer la même méthode que pour d’autres projets : associer à la réflexion dès le début les principaux intéressés : c’est une marque de respect pour les musiciens. Par ailleurs le Président de l’ORN ayant participé à plusieurs rendez-vous sur le sujet en compagnie de la DRAC il s’était engagé à informer lui-même le directeur, salarié de l’association, de cette annonce et du fait qu’il était invité à y participer. Et précise concernant le CA du 8 octobre : les ordres du jour des CA sont construits par le Président de l’association ; par ailleurs ce projet n’est pas vraiment nouveau et est en lien direct avec les projets déjà réalisés depuis 3 ans et conforme à la feuille de route de rapprochement des orchestres déjà validée en CA.

Interrogé par nous, l’ORN précise que des questions diverses peuvent toujours être ajoutées et évoquées au CA, quand bien même elles ne figurent pas à l’ordre du jour. De plus, on ne peut pas imaginer qu’un tel projet, qui a un impact évident sur le projet général de l’ORN, ne soit pas abordé en CA, dans une logique de concertation et de discussion avec l’ensemble des partenaires de l’ORN. Par ailleurs, le projet de fusion n’était pas en cours. Nous étions dans une logique de collaborations dans le cadre de la Plateforme Normandie Lyrique et Symphonique, à hauteur de 2 ou 3 projets artistiques par saison (environ 2 projets symphoniques et 1 projet lyrique par saison). L’idée était plutôt d’asseoir ces collaborations dans le cadre de cette Plateforme, mais jamais la perspective d’une fusion n’a été évoquée en CA ou ailleurs. Nous travaillons avec les partenaires institutionnels depuis plus d’un an, à la demande de la Région, sur une convention pluriannuelle d’objectifs. Un document légal qui met en perspective l’activité de l’orchestre sur les trois prochaines années (2021, 2022, 2023) et sur lequel, a contrario des autres partenaires de l’orchestre (dont l’État), la Région ne s’est jamais exprimée.

Le caractère asymétrique et imprévisible de l’annonce du 16 novembre a été un séisme pour les musiciens de l’ORN basé à Mondeville près de Caen. Et pour les élus.

Selon France 3 Normandie : En théorie, la Région voudrait qu’en 2022, l’année où l’orchestre régional de Normandie soufflera ses 40 bougies, soit une période de transition, où tout va être remis à plat, comme les statuts, afin de préparer la « fusion pour la saison 2023-2024 », précise Patrick Gomont, maire de Bayeux et vice-président de la Région en charge de la culture et du patrimoine. Qui ajoute dans le même article : on ne veut pas bouleverser le fonctionnement actuel. L’idée, c’est de garder les deux sites, celui de Mondeville et celui de Rouen, mais aussi de continuer à irriguer tout le territoire normand. Moi-même, je suis élu dans une petite ville sur un territoire où l’ORN se produit régulièrement et je vois l’engouement que ça représente. J’y suis très attaché, comme l’est le président Morin. Donc il n’y a pas d’inquiétude à avoir. De même, l’idée n’est pas de baisser le budget de fonctionnement et de faire des économies, soyons clairs. On vise l’excellence.

C’est-à-dire le label « Orchestre national en région ». Comme s’il fallait pour cela additionner les deux orchestres, 18 et 40 musiciens, alors que dans d’autres régions, des plus petits effectifs ont obtenu ce label.
Toujours sur France 3, le directeur de l’ORN Pierre-François Roussillon s’inquiète : nous proposons 364 concerts cette année. Techniquement, il va falloir qu’on m’explique comment peut-on poursuivre les activités de nos deux structures avec une seule et même entité. Il faut savoir, par exemple, que le temps de déplacement d’un musicien est compté comme temps de travail, comment fait-on, en termes d’amplitudes horaires ? Et sur le plan juridique, de quoi parle-t-on ? D’une fusion ? D’une absorption ? J’ai bien peur qu’à terme, tout cela nous conduise à la disparition d’une entité.

Nous connaissons à Musicologie.org le travail fait par l’ORN ici en Basse-Normandie et au-delà, depuis 40 ans, de vulgarisation et de création musicale [voir par exemple notre chronique sur le magnifique spectacle Alter Ego, bientôt repris ce mois-ci à Falaise et à la Renaissance de Mondeville], avec un petit effectif qui lui permet de jouer dans les écoles, les petites salles et les petits ou grands théâtres. Ce qui n’a rien à voir avec le travail de fosse de l’orchestre de Rouen ni avec les ambitions lyriques et symphoniques du futur orchestre national en région.

D’autre part, on sent à Caen qu’il existe, quoi qu’on dise, un pôle Rouen Paris inquiétant quand par exemple la collection « Peindre en Normandie » basée depuis 25 ans au Conseil régional à Caen, et ouverte à tous, tous les jours de l’année gratuitement, a été déplacée à Deauville en janvier dernier.

Bref de nombreuses questions qui demandent une vraie concertation.

Alain Lambert
2 décembre 2021
© musicologie.org


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bouquetin

Samedi 4 Décembre, 2021 15:18