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7 octobre 2021 —— Frédéric Norac.

Éloge du ténor baroque français

Jéliote : haute-contre de Rameau, Reinoud Van Mechelen, ensemble A Nocte Temporis, sous la direction de Reinoud Van Mechelen. Alpha 2021 (Alpha 753).

Enregistré en septembre en 2020 à Amuz (Anvers).

Second disque consacré par Reinoud Van Mechelen à l’histoire de la voix de haute-contre, après un premier dédié à Dumesny (interprète de Lully), celui-ci se propose de retracer la carrière du plus célèbre d’entre eux, Pierre de Jéliotte (ou Jelyotte, selon les sources), fameux créateur du rôle-titre de Platée et de nombreux autres opéras de Rameau (Dardanus, Castor et Pollux et Les Boréades) et de ses contemporains. Une remarquable longévité lui permit de tenir la scène de 1733 à 1765, passant des seconds plans aux premiers rôles en 1741 et se retirant à l’âge de 52 ans en pleine gloire. Le programme, composé chronologiquement, permet de découvrir de nombreuses raretés : Les fêtes grecques et romaines de Colin de Blamont, Scanderberg de Rebel et Francoeur, Nitetis de Charles-Louis Mion, Les Amours de Tempé de Dauvergne, Erosine de Berton et Ismène et Isménias de Laborde. Il permet aussi d’apprécier l’évolution du langage musical sur un peu plus d’un quart de siècle, d’Hippolyte et Aricie, premier opéra de Rameau en 1733 aux années 1760 puisqu’il s’achève sur deux airs des Boréades. On y trouve un air de Jéliote lui-même, composé pour Zélisca, une comédie de La Noue, et un répertoire plus connu, mais non moins rare, tels Scylla et Glaucus de Leclair ou Daphnis et Alcimadure, pastorale de Mondonville, sur un livret en langue d’oc qui nous rappelle que Jeliotte était originaire des Pyrénées. L’air d’inspiration populaire, « Poulido pastourelo », à la délicate teinte nostalgique, accompagné à la guitare baroque est un des moments les plus touchants de cet enregistrement.

Si l’articulation française du ténor flamand est impeccable, une pointe d’accent reste toutefois perceptible qu’il serait difficile de définir, mais qui est bien présente. Dans un style impeccable avec un timbre légèrement métallique qui favorise le registre aigu, le ténor interprète ce répertoire qu’il fréquente assidûment avec toute la délicatesse ou l’héroïsme voulus, selon les airs, des sons filés tenus très sûrs et des vocalises impeccables. L’expressivité du récitatif est admirable dans la scène extraite de Scanderberg, sa science de l’ornementation s’épanouit singulièrement dans « l’air des oiseaux » du Temple de la Gloire et le moelleux de la voix enchante dans un très bel air des Amours de Tempé que suivent une musette et deux rigaudons où l’ensemble A Nocte Temporis qu’il dirige brille de mille feux.

La variété et la rareté du programme, la qualité de l’ensemble instrumental, la maîtrise de l’interprète principal font de ce disque un remarquable outil pour la découverte du répertoire baroque et ainsi servi à la perfection un enchantement sur toute la durée d’un timing généreux de presque une heure vingt.

Frédéric Norac
7 octobre 2021


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Mercredi 6 Octobre, 2021 23:50