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Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 28 février —— Frédéric Norac.

Schubert rencontre Elfriede Jelinek : Un voyage d’hiver

WinterreiseUn voyage d'hiver. Photographie © Antoine Cirou.

Certes, on peut préférer la version originale, le piano et la voix nue, la musique de Schubert et les mots de Wilhelm Muller sans artifice. Mais la dramatisation qu’en propose la mise en scène de Christian Gangneron est comme une radiographie du célèbre cycle, en tout cas de douze des Lieder qui le composent, mis en résonance avec les textes d’Elfriede Jelinek, extraits de son propre Winterreise.

À la quête douloureuse du héros schubertien, à son errance sans but qui ne peut s’achever qu'avec la mort, répond le questionnement existentiel de l’auteure autrichienne. Sur un écran en fond de scène, les vidéos de Lionel Monier font virevolter les mots comme les flocons de neige de ce paysage hivernal où chemine l’étranger entre souvenir et désespoir et leur associent aussi quelques silhouettes et visages féminins. La voix de Noémie Waysfeld, légèrement voilée, au grave un peu fauve, chante dans un style inhabituel et avec beaucoup de sensibilité ces fascinants Lieder que l‘on connaît à travers des versions inoubliables et parvient à se les approprier, accompagnée par le piano de Guillaume de Chassy qui lui fait un chemin très sûr et brode autour d’eux, en guise de liaison, des improvisions regardant du côté de John Cage et du jazz. Elle sait se faire diseuse et comédienne pour une véritable incarnation du récit où se mêlent de façon quasi indistincte les deux textes, celui du poète et celui de la romancière,  et le pianiste la rejoint parfois sur le terrain glissant des mots avec un talent certain. Peut-être est-ce un peu trop long, au risque de perdre l’auditeur dans l’uniformité tragique du discours car, à la trouée près de « Frühlingstraum » (Rêve de printemps), l’intensité ne retombe jamais pendant l’heure dix de ce voyage au bout de soi. Au fond, l'itinéraire pourrait s’achever sur le suspens de l’avant-dernier Lied "das Wirtshaus" (L'auberge) où déjà tout est dit, sans passer de nouveau par le texte de Jelinek ni même par « der Leiermann » (le vielleux), et éviter cette image un peu trop mélodramatique de la chanteuse venant se blottir contre le pianiste tandis que la lumière décroît mais c'est là une minime réserve pour une proposition très réussie.

Représentations jusqu'au 7 mars

Frédéric Norac
28 février 2020

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