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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— La musique instrumentale de Beethoven à Schubert.

L'œuvre instrumentale de Louis Spohr  (1784-1859)

Par rapport à quelques-uns de ses grands contemporains, Louis (ou Ludewig, Ludwig) Spohr eut la chance de vivre longtemps, de sorte que, tout en restant indéfectiblement attaché à la musique de Mozart ou du premier Beethoven, il fut sur le tard un des premiers défenseurs de Wagner dont il fit représenter successivement Le Vaisseau fantôme (1843) et Tannhaüser (1853). Violoniste avant tout, il se tailla une immense réputation de virtuose, mais s’imposa tout autant comme chef d’orchestre et comme compositeur, au cours d’une carrière bien remplie qui, en dehors de nombreuses tournées, dont les plus glorieuses furent sans doute celles qu’il fit en Angleterre, le vit occuper divers postes : d’abord attaché à la chapelle de sa ville natale (Brunswick), il dirigea celle de la cour de Gotha, puis prit la direction du théâtre An der Wien à Vienne où il composa son opéra Faust, passa deux ans à la tête de l’Opéra de Francfort et, en 1822, sur la recommandation de Weber, fut nommé maître de chapelle de la cour de Kassel, avec un contrat à vie qu’il allait honorer jusqu’à sa mise à la retraite deux ans avant sa mort.

Ce grand travailleur, qui oeuvra également comme pédagogue en s’illustrant par une Méthode de violon de haute réputation, et qui trouva même le temps d’écrire son autobiographie, disparut comblé d’honneurs en laissant derrière lui un catalogue important couvrant les domaines les plus divers, dont de nombreux Lieder, des oratorios et des opéras qui recèlent quelques innovations marquantes, ainsi qu’une vaste production instrumentale. Sauf en Angleterre, son œuvre allait vite sombrer dans l’oubli, et n’être par la suite que partiellement réhabilitée, dans un premier temps grâce aux efforts de Brahms et de Hans von Bülow, et plus récemment grâce à la curiosité de divers interprètes qui ont entrepris de remettre à l’honneur une partie de sa production instrumentale, dont quelques concertos et surtout un certain nombre d’œuvres de musique de chambre.

Œuvres de chambre

Du duo au nonet, Spohr a beaucoup donné à la musique de chambre, avec, fort logiquement pour le grand violoniste qu’il était, une prédilection pour les instruments à cordes. Dans cet ensemble copieux d’une petite centaine d’œuvres, on retient surtout aujourd’hui quelques partitions mettant en jeu entre cinq et neuf instrumentistes, parmi lesquelles les doubles quatuors à cordes dont le musicien s’était fait une spécialité. Il est vrai que, pour une bonne part, le meilleur de sa production se situe dans ces pages à large effectif, mais on aurait tort de passer trop vite sur ses autres œuvres de chambre (duos, trios, quatuors) qui, souvent, méritent mieux qu’un respect poli.

Œuvres en duo

Elles se partagent en trois spécialités, dont l’une, les œuvres pour violon et piano, ne présente qu’un intérêt anecdotique, alors que les deux autres, les sonates pour violon et harpe et les duos pour deux violons, bénéficient d’une certaine considération.

Au début de sa carrière (années 1805 à 1819), Spohr, qui avait épousé en premières noces une brillante harpiste, composa diverses œuvres pour violon et harpe, dont six sonates concertantes qui continuent de figurer en bonne place dans ce répertoire très spécifique. Ce sont en général des pages brillantes et séduisantes, surtout destinées à charmer un auditoire restreint dans l’intimité des salons, et qui comportent à l’occasion quelques clins d’œil en direction du public cultivé de l’époque, comme le pot-pourri sur des thèmes de La Flûte enchantée qui forme le final de la sonate en mi bémol majeur (opus 114).

Louis Spohr, Sonate pour harpe et violopn, en mi bémol majeur, opus 114, II. Andante, par Sophie Langdon (violon) et Hugh Webb (harpe).

 

Plus ambitieux, du moins pour certains d’entre eux, car on y rencontre des pages assez conventionnelles répondant sans doute à des objectifs didactiques, les quelque quinze duos pour deux violons que Spohr écrivit à divers stades de sa carrière appartiennent aux grands classiques de la littérature pour violon. Souvent très exigeantes techniquement, mais d’une grande élégance d’écriture, ces partitions s’inscrivent dans la descendance des duos pour violon et alto de Mozart. Dans ces œuvres, qui se partagent entre duos concertants et « grands duos », quelques opus s’imposent avec une particulière évidence, notamment les grands duos en mi bémol majeur et en mi majeur (opus 39) et les duos concertants en majeur et en sol mineur (opus 67), qui étaient d’ailleurs les préférés du compositeur. Les spécialistes accordent une mention toute spéciale à l’opus 39 en mi bémol majeur dont l’andante initial est écrit entièrement en doubles cordes aux deux instruments, rivalisant en richesse sonore avec un quatuor à cordes. Et parmi eux, il en est qui n’hésitent pas à dire que, par la richesse des procédés d’écriture, et parfois même par l’élévation de la pensée, les meilleurs de ces duos rivalisent avec ceux de Béla Bartók.

2. Louis Spohr, Grand Duo pour deux violons, en mi bémol majeur opus 39 no 2, I. Andante, par Peter Csaba et Vilmos Szabadi.

 

Louis Spohr, Duo concertant pour deux violons, en ré majeur, opus 67 n° 2, I. Allegro, II. Larghetto, III. Rondo, Vivace, par Itzhak Perlman et Pinchas Zukerman.

Trios avec piano

Volet assez méconnu de la production de chambre de Spohr, ses cinq trios concertants pour violon, violoncelle et piano (opus 119, 123, 124, 133 et 142), qui datent tous des années 1840, mériteraient sans doute un meilleur sort. « Dans ces pages de forme classique en quatre mouvements, et d’amples dimensions […], le compositeur dispense généreusement une inspiration mélodique particulièrement riche et heureuse, une variété d’écriture et une maîtrise de l’équilibre des timbres qui placent ces partitions parmi les meilleures du premier romantisme, aux côtés de celles de Mendelssohn, annonçant déjà à bien des égards les chefs-d’œuvre de Schumann et de Brahms. »1 D’aucuns pourront être surpris par la densité,presque excessive, de l’écriture du puissant trio en la mineur (opus 124), mais les mêmes reconnaîtront volontiers qu’en compensation, Spohr nous offre de beaux moments d’effusion dans certains mouvements lents comme l’andante à variations du même opus 124, l’adagio de l’opus 133 ou encore celui de l’opus 142.

Louis Spohr, Trios en la mineur opus 124 et en si bémol majeur opus 133, par le Beethoven Trio de Ravensburg.

 

Louis Spohr, Trio avec piano opus 133, III. Poco adagio, par le Neues Münchner Klaviertrio.

Quatuors à cordes

Avec la bagatelle de trente-cinq œuvres environ, sans compter les doubles quatuors qui seront évoqués plus loin, les quatuors à cordes représentent une part très significative de l’œuvre de chambre de Spohr, mais, à tort ou à raison, la postérité ne leur a accordè que peu de poids. Il est vrai qu’il leur était difficile de se faire une place entre ceux de Beethoven et ceux de Schubert. Il est vrai aussi qu’aux yeux des puristes de la musique de chambre, six d’entre eux, ceux que le musicien a appelés « Quatuors brillants », se condamnaient d’office à rester à l’arrière-scène puisqu’il s’agit en réalité de concertos de chambre écrits au bénéfice d’un premier violon érigé en vedette. Mais les autres ne parviennent guère plus à susciter l’engouement des interprètes et du public. Parmi les raisons évoquées, citons pèle-mèle la relative uniformité de ces partitions toutes écrites sur un même moule très classique, un certain manque de vitalité rythmique et de variété dans l’inspiration, un penchant souvent excessif (que Beethoven lui-même dénonçait) pour le chromatisme, et un déficit évident en terme d’intensité spirituelle et émotionnelle, reflet d’une personnalité paisible, bien peu concernée par les tourments romantiques qui agitaient nombre de ses contemporains. Cependant, derrière ce romantisme trop tempéré, comment ne pas reconnaître une écriture d’une rare perfection, en même temps qu’une inspiration mélodique riche et élégante ? En fait, nombre de ces pages se révèlent tout à fait attachantes, et si les tout premiers opus restent trop nettement tributaires des modèles de Haydn, de Mozart ou du Beethoven de l’opus 18 (au-delà duquel Spohr se refusera toujours de suivre le maître de Bonn…), on trouve par la suite, à partir des opus 27et 29 et a fortiori dans des œuvres plus tardives comme les opus 82 et 152, des traits de style et des climats nouveaux qui, ici et là, anticipent Schumann ou Brahms.

Louis Spohr, Quatuor en mi majeur opus 82 no 1, III. Scherzo, Allegro, par le Quatuor concertino philharmonique de Moscou.

 

Louis Spohr, Quatuor opus 29, no1, en mi bémol majeur, par le Quatuor Amati.

Doubles quatuors à cordes

Spohr qui, à diverses reprises, s’est laissé tenter par l’idée de faire dialoguer deux ensembles de même nature, a écrit quatre doubles quatuors, des œuvres qui sont bien plus que des octuors puisque le musicien s’y emploie à bien différencier les deux groupes d’instruments. Il ambitionnait de créer par là « un genre tout à fait nouveau d’œuvres instrumentales » et, s’il n’a pas fait école, force est de reconnaître qu’il a livré en l’espèce quelques-unes de ses oeuvres les plus réussies. On dira sans doute que, dans ses deux premières tentatives des années 1820, l’opus 65 en mineur et l’opus 77 en mi bémol majeur, il n’a qu’imparfaitement réalisé ses ambitions, mais cela n’enlève rien au pouvoir d’attraction de ces partitions, tout spécialement dans le cas de l’opus 65 dont l’allegro initial et le larghetto, notamment, restent dans la mémoire. C’est dans le quatrième et dernier, l’opus 136 en sol mineurde 1847, que Spohr réussira le mieux à trouver l’équilibre entre les deux groupes d’instruments, mais avec une inspiration parfois un peu courte, de sorte que c’est au précédent, l’opus 87 en mi mineur (1833), que vont la plupart des suffrages. Avec son adagio introductif qui se souvient de l’opus 18 no 6 de Beethoven, et son andante à variations qui fait parfois songer à Schubert, cette œuvre essentiellement lyrique et chantante, déjà remarquable par ses qualités d’écriture, se distingue par la variété de ses atmosphères, laissant même percer, fait rare chez Spohr, quelques soupçons de sentiment tragique.

Louis Spohr, Double quatuor en mineur opus 65, I. Allegro, par le Éder Quartet et le Kreuzberger Streichquartett

 

Louis Spohr, Double quatuor en mineur opus 65, III. Larghetto, par le Éder Quartet et le Kreuzberger Streichquartett.

 

Louis Spohr, Double quatuor en mi mineur, opus 87, par le Wiener Oktett.

Quintettes

Là encore, Spohr a nettement privilégié les instruments à cordes, mais, à deux reprises, il a fait appel au piano : une première fois, quintette en ut mineur (opus 52), en l’associant à un ensemble de vents (flûte, clarinette, cor et basson) dans une œuvre brillante, volubile et séduisante dont on retient surtout les splendides solos de cor de l’allegro initial ; et la seconde, en 1846, dans son quintette pour piano et cordes en mineur(opus 130), une partition sereine et charmeuse (comme tant d’autres chez ce musicien) qui toutefois ne brille pas par l’originalité de l’inspiration.

Louis spohr, Quintette avec piano en ut mineur, opus 52, I. Allegro moderato, par Walter Panhofer et le Wiener Oktett.

A côté de ces deux œuvres, et échelonnés sur plus de quarante ans (1813-1854), on a sept quintettes à cordes, tous écrits pour une formation à deux altos et un seul violoncelle : les opus 33 nos 1 et 2, respectivement en mi bémol majeuret en sol majeur, l’opus 69 en si mineur, l’opus 91 en la mineur, l’opus 106 en sol mineur, l’opus 129 en mi mineur et l’opus 144 en sol mineur. Que cette abondance de tonalités mineures ne trompe pas : mis à part le premier mouvement de l’opus 106 qui se distingue par une gravité de ton inhabituelle, reflet sans doute de l’affliction du musicien après la perte de sa première épouse et de sa fille, ces œuvres ne se départissent guère du style naturellement souriant et serein si caractéristique du compositeur. D’où l’impression d’avoir affaire à des partitions qui se ressemblent toutes profondément, et c’est bien dommage car, de la première à la dernière, ces pages se révèlent très séduisantes, d’une écriture toujours parfaitement contrôlée, et d’une élégance, d’une fluidité tout à fait exceptionnelles.

Louis Spohr, Quintette à cordes en la mineur, opus 91, no 4, par le New Haydn String Quartet.

 

12 Louis Spohr, Quintette à cordes en sol mineur opus 106, I. Allegro moderato, par le New Haydn String Quartet.

Autres œuvres de chambre

Voici, étalonnées du sextuor au nonet, quatre autres œuvres qui, à côté des doubles quatuors, ont largement contribué à perpétuer le nom de Spohr. La plus remarquable n’est d’ailleurs pas forcément la plus connue des quatre : il s’agit du splendide sextuor à cordes en ut majeur (opus 140), sous-titré « Au temps de la glorieuse révolution populaire ». C’est une partition tardive (1848) « d’une rare richesse d’écriture, dans laquelle Spohr ouvre une voie qu’exploreront après lui de grands maîtres romantiques (Dvořák, Tchaïkovski et Brahms) et post-romantiques (Reger, Schönberg, Korngold). Le raffinement de la forme, l’épanouissement de l’inspiration mélodique, l’intelligence de la construction, le bonheur automnal du lyrisme chaleureux qui l’innerve en font une page majeure de la fin du premier romantisme, dont on ne comprend guère l’oubli. »2

Louis Spohr, Sextuor à cordes en ut majeur opus 140, I. Allegro moderato, II. Larghetto, par Academy of St Martin-in-the-Fields Chamber Ensemble.

Plus tardif encore (1853), le septuor pour flûte, clarinette, cor, basson, violon, violoncelle et piano (opus 147) est avant tout une œuvre brillante et charmeuse qui témoigne une fois de plus des dons d’invention mélodique de Spohr, mais aussi, en vraie grandeur, de son goût pour les combinaisons de timbres les plus variées. Ces savoureux effets de timbre, le musicien les avait recherchés et cultivés, avec beaucoup de talent déjà, dans deux œuvres écrites sur commande dans les années 1813-1814. Il s’agit d’une part de son octuor pour violon, deux altos, violoncelle, clarinette, deux cors et contrebasse (opus 32), une partition où il met remarquablement en valeur les différents instruments tout en rendant hommage à l’opéra, tout cela avec une ingéniosité d’écriture dont Schubert fera son miel dix ans plus tard en écrivant son propre octuor. Et c’est d’autre part le fameux nonet pour violon, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, hautbois, clarinette, cor et basson (opus 31), où, conformément aux vœux du commanditaire, Spohr joue avec une grande habileté sur les oppositions des bois et des cordes.

Louis Spohr, Septuor opus 147, II. Pastorale, larghetto, par Pascal Rogé, Chantal Juillet, Christopher van Kampen et les London Winds.

 

Louis Spohr, Septuor opus 147, III. Scherzo : Vivace, par Pascal Rogé, Chantal Juillet, Christopher van Kampen et les London Winds.

 

Louis Spohr, Octuor opus 32, I. Adagio-Allegro, par le Wiener Oktett.

 

Louis Spohr, Nonet opus 31, IV. Finale, vivace, par l'Ensemble Wien-Berlin.

 

Œuvres concertantes

Dans ce registre, à l’image de son ami Weber, Spohr a eu le bon goût de s’intéresser à la clarinette, et, par ailleurs, a fait œuvre originale à travers un étonnant concerto pour quatuor à cordes. Mais, assez naturellement, c’est le violon, associé parfois à un autre instrument comme la harpe, qui s’est taillé la part du lion dans la trentaine d’œuvres qui constituent sa production en ce domaine.

Concertos pour violon

Ecrits à tous les stades de sa brillante carrière de concertiste, c’est-à-dire sur plus de quarante ans, les Concertos pour violonde Spohr sont au nombre de dix-huit, parmi lesquels quelques concertinosvisant à l’évidence la facilité d’emploi. Dans ce vaste catalogue, seul le huitième – l’opus 47 en la mineurintitulé Gesangsszene ou In modo d’una scena cantante -, qu’il écrivit en 1816 pour une tournée en Italie, s’est réellement maintenu au répertoire. Ce Concerto « est révélateur non seulement de l’art de Spohr, mais aussi de la sensibilité d’une époque : dramatiques et lyriques à la fois, nettement influencés par les tendances majeures de l’opéra français, italien et allemand, ses trois mouvements s’enchaînent avec virtuosité à la façon des scènes dramatiques vocales, - tel le célèbre « Ah ! perfido » de Beethoven. »3  On peut certes céder avec bonheur aux sortilèges de ce violoniste chanteur, mais tout autant regretter que cette œuvre rejette dans une ombre épaisse bien d’autres pages de ce même catalogue, car, à défaut d’une franche originalité, si ce n’est dans les rythmes qui caractérisent certains finales, on y retrouve en abondance cette subtile alliance d’élégance, de lyrisme paisible et de brillante virtuosité qui fait souvent le charme du compositeur.

Louis Spohr, Concerto pour violon no 8 en la mineur opus 47, I. Recitative, allegro molto, par Hilary Hahn et l'Orchestre symphonique de la radio suèdoise, sous la direction de Eiji Oue.

 

Louis Spohr, Concerto pour violon no 9, en mineur, opus 55 par Christiane Edinger et l'orchestre symphonique de la Radio slovaque, sous la direcition Franck Cramer.

 

Louis Spohr, Concerto no 11 en sol majeur opus 70, par Simone Lamsma et la Sinfonia Finlandia Jyväskylä, sous la direction de Patrick Gallois.

Autres œuvres concertantes

Outre l’expérimentation audacieuse que constituait son concerto pour quatuor de 1845, Spohr a laissé plusieurs symphonies concertantes, dont deux œuvres fort charmantes pour violon et harpe qui sont parfois reprises de nos jours dans une exécution avec flûte et harpe afin de trouver un complément au fameux concerto de Mozart. On a par ailleurs deux symphonies concertantes pour deux violons, et une autre pour violon et violoncelle, des œuvres d’une écriture impeccable mais dont on n’attendra pas plus que le plaisir du moment.

Louis Spohr, Symphonie concertante pour violon et harpe, no 2, en mi mineur I. Adagio molto, Allegro vivace, par Christoph Poppen, Ursula Holliger et l'English Chamber Orchestra, sous la direction de Heinz Holliger.

Plus marquants sont les quatre Concertos pour clarinette (opus 26 en ut mineur, opus 57 en mi bémol majeur, WoO 19 en fa mineur et WoO 20 en mi mineur) que Spohr écrivit à la demande d’un virtuose de la cour de Sonderhausen entre 1808 et 1828. Ces pages intermédiaires entre le sublime du Concertode Mozart et la virtuosité quelque peu extérieure de Weber représentent en effet une pure délectation musicale. Déjà animé d’une forte curiosité naturelle envers toutes les possibilités instrumentales de son époque, le musicien s’était déclaré grandement inspiré par le jeu de ce grand virtuose et notamment par la palette de sonorités qu’il tirait de son instrument. D’où ces pages effectivement inspirées, élégantes et racées, tantôt brillantes et spirituelles, tantôt habitées d’accents rêveurs ourlés de poésie mélancolique, des pages qui, sans nourrir d’autre prétention que le pur plaisir, mettent superbement en valeur les sonorités fruitées et ambrées de l’instrument soliste.

Louis Spohr, Concerto pour clarinette no 2, en mi bémol majeur, opus 57, I. Allegro, II. Adagio, III. Rondo alla polacca, par Paul Meyer (clarinette), et l'Orchestre de Chambre de Lausanne.

 

Louis Spohr, Concerto pour clarinette WoO 19, no 3, en fa mineur, I. Allegro moderato, II. Adagio, III. Vivace non troppo, par Paul Meyer (clarinette), et l'Orchestre de Chambre de Lausanne.

Œuvres symphoniques

Il y a bien peu à dire des dix symphoniesqui, de 1811 aux années 1850, jalonnent la carrière de Spohr, et pour cause : à part peut-être la Symphonie n°3 en ut mineur, elles semblent avoir largement sombré dans l’oubli. Or, par son équilibre formel, par la richesse de son orchestration, par la fraîcheur de son climat délicatement romantique, voire par la qualité de son inspiration dans son chaleureux Larghetto, cette troisième symphonie est une œuvre très réussie qui donne envie d’en connaître davantage. Par chance, le disque vient aujourd’hui satisfaire notre curiosité.

Louis Spohr, Symphonie no 2, en mineur, opus 49 par, Orchestre symphonique de Singapour.

 

Louis Spohr, Symphonie no 3 en ut mineur opus 78, Orchestre national de Slovaquie, sous la diorection d'Alfred Walter.

 

Louis Spohr, Symphonie no 5, opus 102, en ut mineur, Orchestre national de Slovaquie, sous la diorection d'Alfred Walter.

À l’occasion, on complètera utilement ce petit tableau du Spohr symphoniste en allant découvrir quelques-unes des ouvertures qu’il écrivit pour ses opéras, dans la première moitié de sa carrière (Alruna, Faust, Jessonda, Macbeth, Der Alchymist…), des pages qui confirment bien le brio orchestral du compositeur et nous révèlent parfois un tempérament assez ardent qu’on n’attendait pas sous sa plume.

Louis Spohr, Ouverture de Jessonda, L'orchestre philharmonique national de Hambuirg, sous la direction de Gerd Albrecht

 

Louis Spohr, Ouverture de Der Alchymist, Staatsorchester Braunschweig, sous la direction de Christian Frohlich.

 

plumeMichel Rusquet
26 janvier 2020

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Notes

1. Hulot Jean-Claude, dans « Diapason » (425), avril 1996.

2. Idem, (392), avril 1993.

3. Parouty Michel, dans Tranchefort François-René (dir.),   « Guide de la musique symphonique », Fayard, Paris 2002, p. 730-731.


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