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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— La musique instrumentale de Beethoven à Schubert.

Les œuvres de Fernando Sor (1778-1839)

Ce Catalan occupe une place enviable, et combien justifiée, dans le monde spécifique de la guitare. Il fut lui-même une grande figure de la guitare, et fit une fort brillante carrière aussi bien comme pédagogue que comme instrumentiste virtuose. C’est à Londres et à Paris, où il devait finir ses jours, mais aussi à Moscou, qu’il gagna la célébrité après avoir été, comme son compatriote Goya, conduit à quitter son pays à la suite de la guerre d’indépendance espagnole. Mais, on a tendance à l’oublier, ce musicien formé à la fameuse école du monastère de Montserrat était également un compositeur de plein exercice : il écrivit ainsi dans les genres les plus divers, et un de ses ballets (Cendrillon) connut même un succès considérable à Paris. Mais tout cela, y compris ses petites pièces  pour piano (quadrilles et valses) qui firent les délices des salons londoniens dans les années 1815-1823, est aujourd’hui bien oublié au profit de son seul catalogue pour guitare.

L’œuvre pour guitare

Riche d’une soixantaine d’opus, elle offre aux guitaristes un vivier où ils peuvent puiser tout à loisir aussi bien pour exercer leur technique que pour enchanter leur auditoire. Dans ce très vaste catalogue où cohabitent pièces brèves et œuvres de plus longue haleine et où, étrangement, on ne trouve guère de traces d’hispanisme, les quelque cent-vingt études (ou « exercices » ou « leçons », car les appellations varient) tiennent depuis toujours une place de choix. Leur niveau d’inspiration et d’exigence les situe en effet très au-dessus des platitudes souvent rencontrées dans ce type de pièces, et nombre d’entre elles, notamment dans les cahiers opus 6, opus 29, opus 31 et opus 35, sont de parfaits chefs-d’œuvre dans leur facture de miniatures finement ciselées.

Fernando Sor, Études opus 6, par Turibio Santos (1969 et 1980).

no 6, en la majeur

et no 11, en mi mineur

 

Fernando Sor, Études opus 29, par Narciso Yepes

no 1, en si bémol majeur.

no 10, en mi bémol majeur.

no 11, en sol majeur.

Opus 35, no 21, en si majeur

 

Fernando Sor, Études opus 35, par Göran Söllscher

n° 17, en majeur

n° 22, en si mineur

À côté des études, on trouvera certes de nombreux morceaux (divertissements, menuets et autres pièces brèves) qui, le plus souvent, n’ont d’autre ambition que de fournir de charmantes musiques de salon, mais aussi des œuvres de plus grande portée, à commencer par les incursions du musicien dans la grande forme par excellence que constitue la sonate : ce sont d’abord l’Introduction et allegro en , opus 14 (« Gran solo »),

Fernando Sor, Introduction et allegro, en majeur, opus 14 (« Gran solo »), par Manuel Barrueco.

et la sonate en ut majeur, opus 15b (en un seul mouvement) ;

Fernando Sor, Sonate en ut majeur, opus 15b, par Göran Söllscher.

ce sont surtout ses deux grandes sonates opus 22 et opus 25, deux œuvres d’envergure dans lesquelles Sor montre pour le moins qu’outre le métier, il avait le souffle pour tenir la distance.

Fernando Sor, Sonate opus 25, « Grand Sonata no 2 » par Celedonio Romero^.

On pourra toutefois, comme de nombreux interprètes, leur préférer les œuvres où le musicien privilégie deux genres pour lesquels il semble avoir eu une réelle prédilection : la fantaisie et les variations (deux genres qui chez lui, vont souvent de pair). Parmi ses variations, on ne peut s’empêcher de mentionner son opus 15, où, après beaucoup d’autres, il s’amuse à broder sur le fameux thème des Folies d’Espagne, mais il y a  mieux ailleurs, comme dans ses tendrement mélancoliques variations sur Malbrough s’en va-t-en-guerre, opus 28

Fernando Sor, Introduction et variations sur « Malbrough s'en va-t-en guerre », opus 28, par Turibio Santos

et, plus encore, dans sa remarquable Introduction et variations, sur un thème de Mozart, opus 9, où il fait merveille sur un thème tiré de La Flûte enchantée.

Fernando Sor, Introduction et Variations, sur un thème de Mozart, opus 9, par Pepe Romero.

Quant à ses Fantaisies pour guitare seule (au nombre de treize), il faudrait presque tout citer de ces œuvres qui sont d’ailleurs souvent à l’honneur. Parmi elles, signalons le très poétique Souvenir d’une soirée à Berlin, opus 56,

Fernando Sor, Souvenir d’une soirée à Berlin, opus 56, par Adam Holzman.

la superbe Fantaisie et variations brillantes, opus 30, sur le thème de « La mère Michel »,

Fernando Sor, Fantaisie et variations brillantes, opus 30, par Julian Bream.

l’originale  Fantaisie sur un air favori écossais, opus 40, et surtout la Grande fantaisie élégiaque (á la mori de Madame Beslay), opus 59, un admirable « tombeau » où le musicien, de façon pudique mais très émouvante, s’abandonne longuement à sa peine.

Fernando Sor, Fantaisie élégiaque, opus 59, par Alexander-Sergei Ramirez.

Et, dans un genre voisin mais d’un tout autre esprit, on ne manquera pas non plus le très remarquable morceau de concert, opus 54.

Fernando Sor, Morceau de concert, opus 54, par Adam Holzman.


plumeMichel Rusquet
23 août 2020
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bouquetin

Dimanche 23 Août, 2020 2:16