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19 novembre 2020 —— Frédéric Norac.

Les duos à trois de Dietrich Buxtehude

Dietrich Buxtehude, Sonate  a doi, violine & viola da gamba, con cembalo, opus 1 & 2, Les Timbres : Yoko Kawakubo (violon), Myriam Rignol (viole de gambe), Julien Wolfs (clavecin), Flora 2020 (2 CD ; FLORA 4320).

Enregistré en avril 2017, août 2017, avril 2018, à Bolland en Belgique.

Datées respectivement de 1694 (opus 1) et de 1696 (opus 2), ces 14 sonates « a due » — traduisez « sonates en trio » puisqu'elles unissent aux deux dessus, violon et viole de gambe, la basse continue du clavecin —, surprendront ceux qui imaginent Buxtehude comme un austère compositeur de chorals pour orgue et de cantates dont le seul mérite est d'annoncer l'œuvre futur de Jean-Sébastien Bach. Typiques du style dit « phantasticus », elles font se succéder une série de mouvements brefs — jusqu'à treize pour un format moyen de moins de dix minutes — dont la seule unité est donnée par l'harmonie et qui s'ingénient à surprendre l'auditeur par la liberté d'invention mélodique et d'étonnantes rupture de tons de l'un à l'autre. Marquées tout à la fois par l'influence de la musique italienne (Corelli) et celle des suites à la française, elles développent toutefois un style entièrement original qui ouvre la voie à la naissance d'une musique faisant la part belle à la virtuosité instrumentale.

Si l'écoute en continu peut laisser une impression de monotonie et de répétition, surtout dans les mouvements rapides où le caractère brillant du violon devient un peu envahissant, on aime particulièrement les passages où se noue un véritable dialogue entre les deux instruments et où la viole de gambe fait entendre son timbre chaud et profond comme dans la sixième sonate de l'opus 1 ou la deuxième de l'opus 2 parmi les plus longues et les plus inventives.

Si l'enregistrement des Timbres n'en est pas tout à fait la première intégrale, l'ensemble Arcangelo les avait déjà précédés dans l'opus 1 et quelques autres versions plus anciennes (dont celle de l'intégrale de la musique de chambre du compositeur parue chez Naxos), avaient déjà abordé l'intégrale, ils en offrent une version scintillante, inspirée et qui restitue bien l'esprit de « fantaisie » qui préside à cette musique labile, grisée de virtuosité, un peu insaisissable, mais qui atteint dans ses mouvements lents des moments de grâce pure. Au fond une musique idéale pour bercer ou réveiller d'un moment à l'autre votre mélancolie de confiné. La présentation du double compact s'orne d'une belle toile de Melchior de Hondecoeter, l'extravagant « Concert d'oiseaux ». Une belle trouvaille pour illustrer cette  fantaisie musicale baroque. Mais de qui peut bien être la partition (signée du nom du peintre) qui trône au milieu des volatiles et à quoi pourrait-elle bien ressembler s'ils la chantaient ?

 

Frédéric Norac
19 novembre 2020
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