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28 novembre 2020 —— Frédéric Norac.

Le Ravel naturel et subtil de Victor Sicard

Ravel, Mélodies, Victor Sicard (baryton), Anna Cardona (piano), Don Quichotte à Dulcinée ; Deux mélodies hébraïques ; Chansons madécasses ; Cinq Chants populaires ; Cinq mélodies populaires grecques ; Les Histoires naturelles ; Ronsard à son âme ; Sur l'herbe. Lamusica 2020 (LMU 020).

On associe plus spontanément le nom de Victor Sicard aux rôles de basses-tailles de l’opéra baroque français qu’à la mélodie française du tournant du vingtième siècle. Aussi notre curiosité était-elle particulièrement aiguisée de découvrir comment cet interprète talentueux allait s’approprier un répertoire dans lequel les références ne manquent pas, ce qui le rend particulièrement exigeant. Le baryton l'aborde avec une voix longue et brillante de couleur typiquement  « française », plus légère que ce à quoi la tradition nous a habitués, mais avec un raffinement musical et expressif qui se cache sous une sensation de parfait naturel. S’il n’a pas tout à fait la profondeur vocale de certains de ses aînés dans la « Chanson romanesque » de Don Quichotte à Dulcinée qui ouvre son programme, son expressivité y supplée largement et la « Chanson épique », vibrante d’émotion contenue, touche profondément. Quant à la « Chanson à boire », elle a rarement été interprétée avec une telle fougue et son sens du théâtre emporte l’auditeur et confère au personnage une étonnante juvénilité.

Le petit miracle se poursuit avec les Deux Chansons hébraïques dont le « Kaddish » et ses mélismes bénéficient d’une voix souple rompue au chant orné et d’une réelle implication dans la religiosité du texte. Avec les Chansons Madécasses, assez rarement confiées à une voix masculine, c’est toute la modernité de Ravel, l’audace d’une écriture vocale entre déclamation et lyrisme, que le chanteur nous restitue avec de puissants contrastes entre la douceur hypnotique de « Nahandove » et de « Il est doux » et la violence sauvage qui parcourt « Aoua ».

Il peut compter sur un trio remarquable — Aurélien Pascal au violoncelle et Mathilde Calderini à la flûte, associés au piano d'Anna Cardona — pour créer le climat qui nous emmène au cœur de la forêt primaire, lui offrant un écrin nocturne et mystérieux. Des Chants populaires pleins de fraîcheur aux couleurs variées sans trop insister le caractère folklorique, des Mélodies grecques ciselées comme autant de délicates miniatures, des Histoires naturelles où le chanteur sait révéler sous l'ironie et l'apparente trivialité du propos, une véritable réflexion existentielle, suivis de Ronsard à son âme et de Sur l'herbe, complètent cet enregistrement. Le piano subtil, éloquent et nerveux d'Anna Cardona joue à parts égales avec le chanteur dans la réussite d'un programme richement enluminé et très séduisant qui nous révèle un Ravel mélodiste et ses multiples facettes.

 

 

Frédéric Norac
28 novembre 2020
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Samedi 28 Novembre, 2020 1:05