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Paris, Opéra-Comique, 30 mars 2019 —— Frédéric Norac.

Ah qu’il est beau ! Qu’il est beau !... Le postillon de Lonjumeau

Michael Spyres (Chapelou), Franck Leguérinel (marquis de Corcy), chœur accentus. Photographie © Stefan Brion.

Peut-être pensiez-vous comme moi que le célèbre Postillion de Lonjumeau (sans « g », je vous prie) pouvait se résumer à sa fameuse ronde, cheval de bataille des ténors aigus qui nous en ont gardé la mémoire depuis sa quasi-disparition des scènes françaises en 1936. Détrompez-vous, il y a dans les treize numéros qui composent l’opéra-comique d’Adolphe Adam assez d’originalité et de trouvailles mélodiques pour expliquer pourquoi, au-delà de son célèbre contre-, l’œuvre a connu un tel succès. Des airs caractéristiques très bien troussés, des chœurs et des ensembles  raffinés, des duos et des trios remarquablement écrits (celui du troisième acte « Pendu » a déjà des accents à la Chabrier) et, dans l’ensemble, une tonalité et un humour qui semblent préfigurer un certain Offenbach, encore au berceau en 1836. Surtout, on trouve ici un sens de la continuité musicale qui se concrétise  notamment dans de beaux interludes et donne la mesure d’un compositeur à la plume facile et au sens théâtral aiguisé. Plus que bouffe, le ton reste essentiellement parodique et sans la moindre de trace de sentimentalisme. Et lorsque le compositeur évoque l’opéra du  xviiie siècle, c’est bien du belcanto à la française des années 1830, influencé par Rossini, qu’on entend et non de la déclamation lyrique.

Michael Spyres (Chapelou), Franck Leguérinel (marquis de Corcy). Photographie © Stefan Brion.

Michel Fau n’a pas cherché un quelconque réalisme pour mettre en scène l’invraisemblable scénario de Leuven et Brunswick qui nous raconte en trois actes comment un postillon abandonne son épouse le soir de ses noces pour devenir premier ténor de l’Académie royale de musique et la retrouve dix ans plus tard devenue riche et marquise et la ré-épouse. Il a installé ses personnages dans un univers de fantaisie ultra coloré où les costumes « d’époque » de Christian Lacroix répondent aux toiles peintes quasi abstraites d’Emmanuel Charles dans un luxe visuel dont le sommet est la représentation d’opéra au deuxième acte. Il a tout concentré sur le traitement des situations farfelues dans un registre burlesque, s’offrant bien sûr au passage une apparition en travesti dans le rôle de Rose la servante, et corsant d‘un petit effet comique le duo des retrouvailles de Chapelou et de Madeleine au troisième acte.

Michael Spyres (Chapelou), Florie Valiquette (Madeleine), chœur accentus. Photographie © Stefan Brion.

Poupin et réjoui, le postillon de Michael Spyres n’ignore aucune des armes du ténor d’opéra-comique et les utilise pour séduire le public médusé, de la demi-teinte au contre-ré en voix mixte en passant par l’ut héroïque de poitrine, ornant d’un trille inextinguible une ligne de chant d’une extraordinaire souplesse. Peut-être, la voix au médium large n’est-elle pas exactement celle du ténor léger de la tradition, mais il fait flèche de tout bois et se taille un triomphe mérité. Son français parfaitement articulé reste toutefois assez phonétique et s’il réussit à donner le change dans les dialogues où il roule les « r » comme le faisait la doublure française d’Oliver Hardy, il se prend un peu les pieds dans le texte des couplets de son grand air (trac de la première, sans doute) qu’il chante avec un humour consommé et un passage au registre aigu d’une facilité étonnante. Moins gâtée par la partition qui ne lui accorde qu’un air solo, Florie Valiquette a fort à faire pour exister face à lui. Son soprano facile et brillant domine haut la main une écriture vocale très ornée et sans doute ne lui manque-t-il qu’un supplément de personnalité vocale pour être à la hauteur de son partenaire. Franck Leguerinel en Marquis de Corcy — rôle essentiellement parlé — et Laurent Kubla en Biju assument les aspects vraiment bouffes de l’œuvre avec talent. Le baryton Julien Clément dans le rôle plus qu’épisodique de Bourdon trouve tout de même le moyen de se faire remarquer par une belle voix sonore et chaleureuse. Le chœur Accentus et l’orchestre de l’Opéra de Rouen sont impeccables et Sébastien Rouland dirige de façon fringante son attelage de musiciens et de chanteurs. Alors, ne ratez pas le coche ! En voiture pour l’Opéra-Comique… et fouette, cocher !

Prochaines représentations les 3, 5, 7 et 9 avril 19

Spectacle enregistré par France-Musique et diffusé le 28 avril à 20h

 

 

Frédéric Norac
30 mars 2019

 

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