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22 mai 2018, Paris, Théâtre des Champs-Élysées —— Frédéric Norac.

Noir, c'est noir : Orfeo ed Euridice de Gluck

Orfeo, Théâtre des Champs-Élysées, mai 2018. Photographie © Vincent Pontet.

Le chœur qui vient enterrer la dépouille d’Eurydice dans la terre grise et aride de la Thrace ressemble à s’y méprendre à une communauté paysanne en grand deuil. Ce sont eux qui, enveloppés dans leur linceul et prisonniers d’un cercle de feu, incarneront les Furies infernales puis les Ombres heureuses dans le ballet du deuxième acte devenu ici une simple pantomime d’ombres chinoises. L’Amour lui-même, qu’il soit cet adolescent androgyne du premier acte ou cette jeune fille du dernier, sortie de la bouche de l’Enfer (la fosse d’Eurydice) apparaît tout de noir vêtu, bien que chacune de ses apparitions ramène une lumière d’espérance dorée sur le plateau.

Depuis sa Flûte enchantée de 2014, Robert Carsen a un faible pour les cimetières et il a transformé l’action théâtrale de Gluck en un drame naturaliste dont le protagoniste menace de se suicider et se jette régulièrement à terre pour exprimer son désespoir. Il en a pratiquement éliminé l’élément chorégraphique — il est vrai que dans cette version originale de 1762 il n’a pas encore toute l’importance qu’il prendra dans le remake parisien de 1774. Les aspects purement décoratifs ont disparu, comme la découverte émerveillée de l’Élysée par Orfeo au moment de son « Puro Ciel » dans lequel pourtant gazouillent les oiseaux, qui se passe toujours dans les mêmes ténèbres. Noir, c’est noir et le « lieto fine » malgré sa ronde et ses transports de joie n’a d’heureux que la musique.

Orfeo, Théâtre des Champs-Élysées, mai 2018 : Philippe Jarousky (Orfeo). Photographie © Vincent Pontet.

Diego Fasolis insuffle une belle vitalité à la partition avec des phrasés vivants, une agogique subtile et une vitalité qui dément un peu cette noirceur généralisée. Son ensemble des Barocchisti, n’étaient un hautbois asthmatique et nasillard et des trombones qui détonnent un peu (mais il s’agit peut-être d’expressivité baroque), se distingue par une belle palette de couleurs et une dynamique qui frôle parfois le cavalier comme dans l’ouverture menée tambour battant et dans une tonalité un peu âpre.

L’Orfeo de Philippe Jaroussky manque un peu de grave pour ce rôle écrit pour le castrat alto Guadagni, mais il le compense par une belle musicalité qui s’épanouit singulièrement dans le fameux « Che farò senza Euridice », chanté avec toute la délicatesse et la sobriété voulues. Le contre-ténor use avec discrétion des ornements et des cadences pour personnaliser son rôle, mais son Orfeo n’a guère d’ampleur, de chair et de variété. Patricia Petibon confond Eurydice et Lulu et surcharge son unique air d’effets expressionnistes déplacés qui mettent en évidence sans les compenser les limites d’une voix fabriquée, à l’extension limitée et avare de couleurs. L’Amour juvénile et sans mièvrerie d'Emoke Barath offre avec ses deux airs deux moments de pur bonheur vocal et de style irréprochable. Un peu lourd sans doute en raison de l’effectif, le chœur de Radio France qui devrait être le quatrième personnage fait son boulot sans jamais enchanter vraiment.

Orfeo, Théâtre des Champs-Élysées, mai 2018 : Philippe Jarousky (Orfeo) et Patricia Petibon (Eurydice). Photographie © Vincent Pontet.

Représentations jusqu'au 2 juin. Spectacle retransmis par France Musique le 10 juin

Frédéric Norac
22 mai 2018

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Michael Spyres : un ténor-phénomèneMélisande et (l'orchestre) Pelléas : Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs- ÉlyséesLes sortilèges d'Olivier Dhénin : L'enfant et les sortilèges de RavelSoirée des Mille et une nuits : Mârouf, savetier du CaireLes régents de la musique française : Musique pour la duchesse du Maine Le retour d'Auber : Le Domino noir à l'Opéra-ComiqueTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

 

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Samedi 26 Mai, 2018 0:00