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Paris, 28 avril 2018 —— Frédéric Norac.

Le retour d'Auber : Le Domino noir à l'Opéra-Comique

Brigitte de San Lucar (Antoinette Dennefeld), Angèle de Olivarès (Anne-Catherine Gillet), Horace de Massarena (Cyrille Dubois). Photographie © Vincent Pontet.

« Petite musique, grand musicien ». La formule de Rossini qui avait la dent dure, même en matière de compliment, vient inévitablement à l'esprit à l'écoute de ce Domino noir, opéra-comique en trois actes d'Auber sur un livret de Scribe qu'après Fra Diavolo en 2009 et La Muette de Portici en 2012, l'Opéra Comique vient de remettre à l'affiche après Liège en février dernier.

Une Invention mélodique certes pleine de charme, mais un peu courte, des ensembles brillamment construits, mais peu développés, et une certaine tendance à l'usage du vaudeville, comme le notait déjà Berlioz dans sa critique à la création en 1837, sont les atouts limités de cette partition et de son livret plein d'esprit, mais un peu avares de substance, notamment dans les aspects sentimentaux de l'œuvre auxquels on ne croit guère. Certes on s'amuse beaucoup, surtout à partir du deuxième acte. Cela pétille, surprend parfois et le rire est au rendez-vous, mais il ne reste pas grand-chose dans l'oreille à la sortie des deux heures quarante-cinq que dure ce mixte de théâtre de boulevard, de comédie-charge et d'une musique efficace, mais assez volatile.

Marie Lenormand (Jacinthe), Angèle de Olivarès (Anne-Catherine Gillet). Photographie © Vincent Pontet.

Les producteurs du spectacle (Valérie Lesort et Christian Hecq) ont joué la carte de la franche bouffonnerie pour mettre en scène cette histoire d'abbesse espagnole, sur le point de prononcer ses vœux et qui s'offre une escapade dans un bal masqué la nuit de Noël. Elle se retrouve dans la maison d'un libertin et rentre au petit matin au couvent pour finalement épouser, sur ordre de la Reine, le jeune attaché d'ambassade qui l'a poursuivie toute la nuit et dont elle est tombée amoureuse. Tout cela est parfaitement invraisemblable, farfelu en diable et ne choqua personne à la création en 1837, période bénie où, semble-t-il, on pouvait se moquer sans conséquence de la religion et des mœurs ecclésiastiques, gentiment il est vrai, car la morale au final est sauve malgré les nombreuses situations scabreuses que traverse l'héroïne.

Passé un premier acte d'exposition qui peine à décoller, et qui reste essentiellement théâtral, l'atmosphère se réchauffe avec les tableaux burlesques du 2e et du 3e acte, pleins de gags désopilants comme ce cochon de lait qui parle et chante ou ces nonnes en cornettes descendues des cintres pour sonner les matines.

Anne-Catherine Gilet dans le rôle d'Angèle de Olivares, conçu pour Laure Cinti-Damoreau, la créatrice des opéras français de Rossini, fait montre d'une belle maîtrise de la vocalise et d'une véritable sensibilité à ce qui est finalement l'héritage belcantiste de la musique française. En Horace de Massarena, Cyrille Dubois trouve un rôle à la mesure de son ténor lyrique léger à l'aigu rayonnant, éblouissant à tout instant par sa bravoure et virtuosité. Le troisième protagoniste est le chœur Accentus, remarquable sur le versant masculin et paillard comme sur le versant féminin et religieux. Les autres rôles ont peu à chanter sinon dans les ensembles et ont été traités sur le mode burlesque, de la Brigitte de San Lucar d'Annette Dennefeld au couple de serviteurs allumés, Gil et Jacinthe, incarnés savoureusement par Marie Lenormand et Laurent Kubla, en passant par le Comte Juliano de François Rougier. On mentionnera aussi la performance de Laurent Montel, dans son rôle entièrement parlé d'anglais ridicule peut-être un peu trop chargé.

Le Domino noir. Photographie © Vincent Pontet.

À la tête de l'orchestre philharmonique de Radio-France, Patrick Davin mène sur un bon rythme cette petite pochade boulevardière dont le ton déjanté bordure déjà les folies de l'opérette encore à naître et emporte haut la main les suffrages d'une salle conquise.

Prochaines représentations les 1er, 3 et 5 avril. Spectacle enregistré par France-Musique et diffusé le 15 avril à 20h.

Frédéric Norac
28 avril 2018

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles ➔ Répertoire erroné ? Stanislas de Barbeyrac aux « Lundis de l'Athénée »Opérette soviétique : Moscou Paradis d'après ChostakovitchPasticcio postmoderne : Et in Arcadia ego : création sur des musiques de Jean-Philippe RameauVaudeville Charles X : le comte Ory a l'Opéra-ComiqueUn demi-Messie : Händel par Jordi SavallRéglé comme du papier à musique : Le barbier de SévilleMystère sadomasochiste : la Passion selon Sade à l'Athénée-Louis-JouvetNotre Carmen d'après Bizet : une Carmen foutraque et déjantéeTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

 

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